Diriger un trafic de drogue de sa cellule, comme Mohamed Amra ? "En Belgique aussi, c'est possible. Il y a eu des cas"
Même en prison, l'évadé du fourgon, Mohamed Amra, dit "La Mouche", réussissait, à l'aide d'une GSM, à garder la tête de son réseau criminel spécialisé dans le trafic stupéfiant. Il y a eu des cas similaires en Belgique : "Les GSM, les visites, le recrutement de détenus qui vont sortir… sont autant de possibilités", explique un criminologue.
- Publié le 23-05-2024 à 17h27
- Mis à jour le 23-05-2024 à 17h28

Mohammed Amra, dit "La Mouche", est toujours recherché après son évasion le 14 mai 2024. Ce jour-là, une voiture-bélier s'écrase sur le convoi, et des individus en sortent pour tirer immédiatement sur les forces de l'ordre à l'aide d'armes de guerre.
Même en prison, Amra réussissait à garder la tête de son réseau criminel spécialisé dans le trafic stupéfiant en Normandie et à Marseille. Il se faisait livrer des téléphones dans sa cellule afin de garder le contrôle et pouvoir donner des directives à ses sous-fifres. Pour le ravitailler en téléphones, cartes SIM, cartes bancaires et stupéfiants, ses complices à l'extérieur de la prison jetaient des petits colis discrets au-dessus des barrières.
"Dis-leur qu'ils mettent les mains en l'air, fouillez toute la maison, fouille d'abord, fouille !"
L'enquête du Parisien et de La Voix du Nord révèle des enregistrements de sa cellule qui prouvent que Mohamed Amra dirigeait ses subordonnés. Lors d'un vol de cargaisons de drogues à un clan rival, on peut l'entendre dire : "Dis-leur qu'ils mettent les mains en l'air, fouillez toute la maison, fouille d'abord, fouille, fouille, fouille. Mets la vidéo !"
Selon Le Parisien, lors d'une autre opération pour récupérer un sac d'armes, Amra, en visioconférence depuis sa cellule, guidait ses complices à travers les contrôles de gendarmerie : "Je vais te guider parce qu'il y a un barrage ! Les gendarmes sont au rond-point ! Non, reviens au stop ! Prends à droite !"
Des cas similaires, en Belgique, il y en a eu aussi. Par exemple, il y a plusieurs années, un détenu organisait un trafic de drogue depuis la prison de Louvain. Il aura bénéficié de la complicité à l'extérieur de trois personnes. L'un des complices s'était évadé de la prison d'Ypres, mais rendait visite malgré tout à Louvain. Le détenu se connectait aussi à un ordinateur dans sa cellule pour entrer en contact avec le monde extérieur afin d'organiser ses activités illicites. Le complice évadé a été interpellé.
Le détenu de Louvain a alors recruté un nouveau complice qui rendait visite et se chargeait de l'achat et du trafic de drogue à l'extérieur. Au final, trois suspects ont été arrêtés.
"Un GSM, c'est petit, c'est facile de le cacher dans un matelas. C'est aussi facile de les jeter de l'extérieur par-dessus les murs."
"Évidemment que c'est aussi possible d'organiser un trafic de drogue à partir d'une prison belge. C'est compliqué d'endiguer ce type de mécanique", commente Vincent Seron, criminologue à l'ULG, spécialisé notamment dans questions carcérales. "Même si les GSM sont interdits, les détenus s'en procurent facilement. Certaines prisons belges ont des brouilleurs d'ondes mais c'est très onéreux." Pour des raisons de sécurité que nous comprenons, l'Administration pénitentiaire ne souhaite pas communiquer sur le nombre d'établissements "brouillés"."
"Les fouilles sont renforcées pour les profils à risque ou en cas d'indices parvenus, mais, les effectifs ne me permettent de fouiller régulièrement toutes les cellules. Et puis un GSM, c'est petit, c'est facile de le cacher dans un matelas. C'est aussi facile de les jeter de l'extérieur par-dessus les murs de certaines prisons sans que les caméras ne captent quoi que ce soit. C'est du reste souvent comme cela que les détenus s'en procurent. Et c'est d'autant plus facile si la prison est à proximité d'une route, en ville."
Le téléphone n'est toutefois pas la seule technique. "Le détenu peut recruter en prison parmi ses compères. "C'est ainsi qu'une permission de sortie d'un codétenu peut permettre de transmettre des indications. Par ailleurs, les visites de la famille, de proches, de connaissances sont aussi des opportunités pour faire passer des messages vers l'extérieur", ajoute le criminologue.
Pour les membres de la famille, il suffit de se présenter à l'accueil. Pour les proches et les connaissances, il faut remplir un formulaire de demande de visite afin que le directeur autorise.