Procès Black Eagle: jusqu'à 9 ans de prison pour les "barons de la cocaïne"
Épilogue du procès "Black Eagle", une méga filière albanaise aux ramifications mondiales.

- Publié le 27-06-2024 à 20h29

Une trentaine de condamnations pour un total de près de 150 ans de prison : les peines prononcées jeudi au procès "Black Eagle", avec sur les bancs des prévenus des membres de plusieurs organisations criminelles partageant connaissances et moyens pour acheminer la cocaïne en Europe au départ de l'Amérique du Sud sont inférieures aux peines requises par la procureure fédérale.
La magistrate avait ainsi requis des peines de 20 ans de prison, à l'encontre d'Alfredo Hamzai, 52 ans et Indrit Kulaj, 34 ans, deux hommes de nationalité albanaise considérés comme les dirigeants de ces organisations criminelles. Le tribunal a été bien en deçà, leur infligeant 9 ans de prison ainsi que – comme pour la plupart des condamnés – une amende de 8 000 euros.
Cette filière de cocaïne albanophone, où l'on retrouve quelques Colombiens, est une des plus importantes démantelée en Belgique. Le tribunal a ainsi estimé qu'elle avait acheminé en Europe, principalement par voie maritime, un total de 9 tonnes de cocaïne, ce qui représente des ventes en gros au départ de la Belgique pour un total de 234 millions d'euros, soit 26 000 euros le kilo. Les bénéfices engrangés devaient être faramineux quand l'on sait que la cocaïne a pu être achetée en Amérique du Sud à 4 500 euros le kilo.
Les prémices de l'enquête remontent au 30 septembre 2020 lorsque, dans un dossier distinct, des box de garage sont perquisitionnés à Evere (Bruxelles). On y retrouve notamment des produits chimiques en lien avec la préparation de la cocaïne. L'enquête s'enrichit grâce au craquage des cryptophones Sky ECC.
Une prise record
La principale prise est effectuée le 3 juin 2021 : les douanes saisissent 6,689 kg de cocaïne dans un conteneur de bananes à Anvers. Seuls 449 kg étaient destinés à l'organisation jugée à Bruxelles. Le solde était destiné à d'autres organisations criminelles.
Pour mener à bien ce trafic, à côté des dirigeants, l'organisation criminelle disposait d'hommes qui remplissaient des tâches bien précises : gestion des entrepôts, gestion de la "main-d'œuvre". Il y avait des "observateurs", qui surveillaient les quais des ports, des "extracteurs", qui retiraient la cocaïne des conteneurs quand elle était cachée dans des sacs.
À cette fin, ces hommes pouvaient utiliser des canots pneumatiques qui, dans les ports d'Anvers et de Gand, allaient à la rencontre des bateaux. Des hommes-grenouilles, munis de sacs étanches, retiraient la cocaïne. De grandes échelles étaient parfois utilisées pour parvenir à des conteneurs parfois empilés sur quatre étages. Ces conteneurs étaient parfois suivis grâce à des balises GPS dans l'attente du moment le plus propice pour retirer la drogue. Le travail de ces "extracteurs" était parfois facilité par des complicités internes dans les ports.
À côté de cette voie maritime, il y avait la voie des airs. Des jets privés ont été utilisés, notamment au départ du Surinam. Ce n'était pas le seul point de départ de la cocaïne : des cargaisons sont parties du Paraguay, de l'Équateur, de l'Uruguay, de la Bolivie et du Brésil.
Les enquêteurs ont pu établir que la cocaïne a voyagé par valise diplomatique au départ du Paraguay. Le diplomate, en poste à Bruxelles, réclamait 10 000 euros par transport.
À chacun son rôle
En Belgique, il y avait aussi des "fournisseurs", qui mettaient à disposition des locaux, des véhicules ou des canots. Il y avait des "chimistes" qui lavaient, conditionnaient ou confectionnent les pains de cocaïne. Ces chimistes colombiens, installés en Belgique, avaient des connaissances techniques particulières : ils réussissaient à retirer la cocaïne qui avait été mêlée à des denrées (charbon, ciment ou encore pulpe de fruit) pour échapper à la détection. C'est aussi eux qui reconditionnaient la cocaïne en pains, généralement d'un kilo, qui seront tamponnés avec des sigles : Volvo, Rolex, Puma, Tommy Hilfiger ou… le drapeau israélien.
Il y avait encore des "transporteurs" et des "livreurs" qui amenaient la cocaïne en Allemagne, en Espagne, en Italie ou aux Pays-Bas principalement. Et, en bout de course, il y avait les "blanchisseurs" des gains générés par cette activité criminelle.