Youssef, dealer à l'insu de son plein gré ?
Ce jeune sans-papiers dit ne pas avoir eu d'autre issue que la vente de drogue.

- Publié le 04-08-2024 à 10h19

"Les absents ont toujours tort" : s'il y a bien un lieu où ce proverbe s'applique, c'est devant un tribunal correctionnel. Le prévenu, qui ne se présente pas à son procès n'est pas éligible à une peine avec sursis. C'est directement du ferme et, généralement une peine plus lourde que s'il s'était présenté devant le juge correctionnel.
Youssef l'a appris à ses dépens. Il y a une quinzaine de jours, il a été contrôlé à la gare du Midi à Bruxelles alors qu'il débarquait d'un train venant de Barcelone. Les policiers ont constaté qu'il avait été condamné en mars par défaut à trois ans de prison dans un dossier de stupéfiants. Il a été incarcéré à la prison de Haren, d'où il a fait opposition pour être rejugé en sa présence.
Dix personnes étaient impliquées dans ce vaste dossier centré sur la place de Bethléem, à Saint-Gilles, un des hauts lieux – et de longue date – du trafic de stupéfiants à Bruxelles. La bande avait été démantelée en juillet 2023. Des inculpés avaient été placés sous mandat d'arrêt. Ce ne fut pas le cas de Youssef, qui était sans titre de séjour valable et, à qui, dit-il, les policiers avaient dit de retourner en Espagne où il avait des attaches lâches.
De profonds regrets
Devant le tribunal, Youssef se confond en excuses. Ce jeune homme, aujourd'hui âgé de 23 ans, dit être conscient de la gravité des faits. "Je regrette profondément", dit-il, traduit par une interprète. Et d'expliquer qu'il n'avait pas de famille en Belgique, pas de papiers, pas de travail et pas d'argent. Il était obligé, dit-il, vu sa situation précaire.
La juge s'étonne de la longue période infractionnelle : de février 2022 à juillet 2023. "Je n'ai travaillé qu'un mois. J'étais obligé. La marchandise ne m'appartenait pas. J'étais battu si je n'avais pas assez travaillé", dit-il, invoquant d'abord la précarité et ensuite l'obligation sous la menace.
Il y a un hic. Youssef doit également répondre de blanchiment, tout d'abord de 9 000 euros. À l'entendre, d'autres jeunes devaient envoyer l'argent à leur famille. Ils ne connaissaient pas la technique et il l'a fait pour eux. Il y eut un deuxième transfert, de près de 8 000 euros. Selon Youssef, c'est une autre personne qui l'a fait en usurpant son nom.
Pour l'avocat de Youssef, "c'est l'arrestation qui lui permet de sortir de l'engrenage".
Interrogé sur sa situation actuelle, Youssef explique qu'il a des papiers en règle pour l'Espagne et qu'il est venu à Bruxelles pour travailler dans la construction, son domaine de compétence. Il a alors été arrêté à Bruxelles-Midi.
Une arrestation surprise
"Quand, après son interpellation, on lui a dit qu'il était préférable qu'il retourne en Espagne, il pensait que cela n'irait pas plus loin. Il ne s'attendait pas à devoir comparaître devant un tribunal", justifie Me Loïc Vandenhende, l'avocat de Youssef.
Et d'indiquer que Youssef a eu l'impression, vu sa précarité, qu'il n'avait d'autre solution que de vendre du cannabis. "C'est l'arrestation qui lui permet de sortir de l'engrenage", dit-il. Il ne voit pas de risque de récidive et deux ans maximum avec un sursis total.
Mais Youssef n'a pas de papier à présenter, justifiant son droit de séjour en Espagne. "Tout est à la prison", répond-il à la juge. Ils doivent se trouver dans ce qu'on appelle les "prohibés", soit tous les objets qu'il a dû remettre lors de son incarcération et auquel il n'a pu avoir accès avant sa comparution.
Invitée à requérir, la procureure doute quelque peu du profil de Youssef. Elle relève ainsi qu'il a été interpellé dans l'immeuble où étaient stockées la drogue et les armes. Et que, lorsqu'il tentait de se soustraire à son interpellation, il a jeté un sac avec 156 grammes d'herbe, 71 grammes de résine et de l'argent. Et que l'on a saisi 91 grammes sur lui. "Il dit qu'il était là un peu par hasard. Avec de telles quantités, ce n'est pas n'importe qui", relève-t-elle. Jugement le 14 août.