Un "flic" modèle sur le banc des prévenus ?
Marc a traversé une mauvaise passe mais il a fait un "reset" dans sa vie. Cela suffira-t-il ?
- Publié le 15-09-2024 à 09h59

Pas le temps de rêvasser dans la salle des pas perdus. L'audience commence pile poil à l'heure. Après les inévitables reports, un avocat renommé du barreau montois se présente. On se frotte les mains, ce billet va vite être plié. Que nenni, il vient plaider un crêpage de chignon (au sens littéral du terme) et s'en excuse presque vis-à-vis de la présidente. Une "banale" affaire de jalousie. Reste que ledit crêpage a dû être violent, la plaignante ayant subi un décollement du cuir chevelu sur 20 cm2, c'est précis. On aurait pu – presque – en rire si la victime n'avait pas fondu en larmes au moment de préciser son ressenti : "Je l'ai mal vécu, je sortais d'un divorce compliqué, les faits se sont déroulés devant mon fils. À l'école – elle est institutrice dans le primaire, NdlR –, les enfants me demandaient pourquoi je portais un bonnet. J'ai voulu aller au bout des choses en portant plainte." Séquence émotion.
Une compagne toxique
Entrons dans le vif du sujet. Un avocat réputé du barreau bruxellois s'est déplacé en province. Certainement pas pour rien, se dit-on.
En effet, son client est policier de profession. Marc (*) a traversé une mauvaise passe. Il s'est entiché de Laurence (*), toxicomane à ses heures perdues et ouvrables.
Les collègues de Marc avaient dans le collimateur trois dealers et au recensement des écoutes téléphoniques, le GSM de Marc a "matché", pas qu'une fois. à la décharge de celui-ci, ce n'était pas sa voix mais celle de Laurence : "Les téléphones de la maison étaient tous à mon nom. Je n'ai jamais pris de drogue, je ne suis pas pour ça", affirme-t-il d'un ton davantage policier que policé. Effectivement, ses SMS démontreront qu'il encourageait sa compagne de l'époque à "décrocher". Genre : "Je veux bien t'épauler mais si tu continues à consommer, tu risques de me perdre."
Le hic pour Marc, c'est une analyse capillaire qui présentait des résidus importants de cocaïne. "Je suis un gros fumeur et, sans le savoir, je mettais mes cigarettes roulées dans la boîte où ma compagne de l'époque avait de temps en temps stocké sa 'marchandise'." Un argument digne d'un coureur cycliste. Très imprudent, ce policier. A minima.
Laurence est présente sans l'être vraiment. "À la cool", elle n'est pas représentée et pour sa défense elle prétend qu'elle ne consomme plus. La présidente ne peut que présumer de sa bonne fois car aucun document ne vient étayer cette thèse. Soit.
Pour le ministère public, le dossier de Laurence n'est pas très compliqué. Elle est en aveux. Il réclame 3 mois, assorti d'un sursis probatoire.
"Le cas de Monsieur est plus complexe. Je demande de prendre en compte le rapport d'expertise. Les cigarettes contaminées à la cocaïne, ça ne tient pas la route." La procureure du Roi réclame une peine identique pour Marc.
"Il a reçu un message d'encouragement de la part d'un haut gradé de la police."
"Pour rendre service"
Ce dernier n'est pas encore tiré d'affaire puisqu'il a sur le dos un dossier de violation du secret professionnel, lié à la période infractionnelle du dossier précédent. En gros, il s'est servi des bases de données de la police (plaques d'immatriculation, adresses,…) pour rendre des "services" à des tiers.
Le ministère public reconnaît que ce n'était pas dans l'intention de nuire "mais que l'on doit attendre d'un policier un comportement exemplaire." À ce titre, il réclame une peine d'un an avec sursis.
Au PS carolo on aurait dit : "On a toujours fait comme ça !". Et c'est vrai, mais les temps changent.
Pour l'avocat de Marc, le dossier "stups" n'est pas bien épais. L'analyse des cheveux ? "J'ai joint un médecin légiste. Celui-ci m'a affirmé que la contamination était possible. Cent cigarettes contaminées représentent une dose de cocaïne. Mon client prenait donc l'équivalent d'une dose tous les cinq jours et donc potentiellement une septantaine sur la période infractionnelle. Le rapport est passé directement à la conclusion. Il n'y a pas eu de contre-expertise, je plaide le doute." Et comme le doute doit bénéficier à l'accusé…
En ce qui concerne la violation du secret professionnel, le conseil ne se démonte pas : "Qui dit hacking interne, dit sanction interne et dans ce cadre, mon client a été puni par sa hiérarchie. Son salaire a été gelé pendant deux ans et il a été muté. Dans ce nouveau poste, il donne entière satisfaction. Juste avant l'audience, il a reçu un message d'encouragement de la part d'un haut gradé de la police."
"Je suis stupéfait d'entendre une réquisition d'un an pour avoir consulté une banque de données. Dans ma carrière, j'ai représenté beaucoup de policiers et c'était monnaie courante. Je ne dis pas que c'est bien mais il fut un temps ou des lieux où régnait un certain laxisme. Cela a changé, tant mieux. Mon client a traversé une mauvaise passe avec sa précédente compagne, il a refait sa vie, il est jeune papa, il a déjà subi une sanction en interne, je demande la suspension simple du prononcé."
Marc aura le dernier mot : "C'est une période de ma vie où j'ai essayé de sortir Madame de la drogue. Mais je me dis : 'Avant d'aider les autres, il faut s'aider soi-même'."
Jugement le 10 octobre.
(*) Prénom d'emprunt.
