Une victime de l'attentat du 16 octobre se livre : "Il faut se reconstruire, mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression de n'être ni vivant, ni mort"
Le chauffeur de taxi qui transportait les victimes, le soir des faits, s'est livré un an après.

- Publié le 16-10-2024 à 20h20

Le 16 octobre 2023, Bruxelles était touchée par un attentat terroriste. Quatre personnes ont été ciblées par Abdesalem Lassoued, un homme qui revendiquera, plus tard, être un "soldat de Dieu" agissant pour Daesh. Ses cibles étaient des supporters de football qui se rendaient au stade Roi Baudouin pour le match Belgique-Suède, prévu ce soir-là. Deux personnes seront tuées, deux autres blessées. Les victimes avaient été visées alors qu'elles étaient installées dans un taxi en direction du stade de foot.
Un an près le drame, le chauffeur de taxi est toujours en état de choc. Le temps est passé, mais Mehdi (prénom d'emprunt) n'arrive toujours pas à s'exprimer normalement. "Ce sont les effets du choc post-traumatique", intervient son épouse, Houda (prénom d'emprunt). Cette dernière le soutient pour répondre aux journalistes invités lors d'un moment presse organisé dans la foulée de la cérémonie de commémorations, ce mercredi matin.
Ému, mais également en colère, le couple se bat pour que Mehdi soit officiellement reconnu en tant que victime. Un statut qui lui a été refusé, pour des raisons administratives jugées incompréhensibles. Et peu humaines.
Une loi votée "trop tard"
"Je repense encore tous les jours à cette soirée, entame Mehdi, aux bords des larmes. Je discutais avec les supporters et comme j'ai vécu quelques années en Scandinavie, j'essayais de me débrouiller dans leur langue. On évoquait le match de foot qu'ils allaient voir, on papotait et on plaisantait. Puis subitement, on a vu un homme armé tirer dans notre direction. Je me suis tourné vers eux et j'ai dit 'Quelque chose se passe, on doit fuir'. La suite, vous la connaissez."
"On évoquait le match de foot qu'ils allaient voir, on papotait et on plaisantait. Puis subitement, on a vu un homme armé tirer dans notre direction. Je me suis tourné vers eux et j'ai 'quelque chose se passe, on doit fuir'. La suite, vous la connaissez."
Deux personnes sont touchées, une troisième prendra effectivement la fuite. Mais Abdesalem Lassoued suivra sa victime pour l'abattre froidement. "Je culpabilise encore aujourd'hui, poursuit Mehdi. Il faut se reconstruire, mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression de n'être ni vivant, ni mort. Une victime qui n'est pas totalement reconnue comme tel ne pourra jamais se reconstruire."
Bien qu'il ait été officiellement reconnu en obtenant le statut de solidarité nationale, Mehdi n'a en effet bénéficié d'aucun soutien financier. C'est le combat qu'il mène aujourd'hui. "Les lacunes juridiques à l'époque de l'attentat ont empêché toute compensation, précise Gaetan Meuleman, de Life for Brussels, une association d'aide aux victimes d'attentats. Cette injustice ne résulte pas d'un manquement de la part des assurances, mais bien d'un vide législatif qui, à ce moment-là, ne permettait pas une indemnisation adéquate pour de tels actes."
"Mon mari se demande parfois s'il n'aurait pas dû mourir pour pouvoir être dignement reconnu. Voilà où nous en sommes".
La loi en la matière a été adoptée en 2024 et ses effets ne sont pas rétroactifs. "Conséquence : mon mari ne coche pas les bonnes cases et nous survivons – avec nos trois enfants – avec des indemnités de la mutuelle, poursuit Houda. Nous avons l'impression d'avoir été abandonnés par l'État belge. Un an après, on espère qu'on n'oubliera pas les victimes, toutes les victimes. Mon mari se demande parfois s'il n'aurait pas dû mourir pour pouvoir être dignement reconnu. Voilà où nous en sommes."
Et Mehdi de conclure : "Mon futur est incertain, mais je veux me battre."