"L'épreuve judiciaire que l'on vit depuis un an est en train de nous étouffer", déplorent les parents de Thomas, 19 ans, inculpé pour meurtre
Jusqu'ici, ils se sont abstenus de toute déclaration publique. Aujourd'hui, ils sortent du silence dans "La Libre".

- Publié le 04-03-2025 à 07h03
- Mis à jour le 04-03-2025 à 07h07

Depuis exactement un an, Thomas B. (19 ans) est en détention préventive à la prison de Mons pour le meurtre de Julien Grégoire, enseignant du collège Saint Stanislas. Le professeur a été poignardé la nuit du 24 au 25 février 2024. À la fin d'une soirée alcoolisée, le quadragénaire avait ramené Thomas, un de ses anciens élèves, chez lui. Que s'est-il passé dans le huis clos de son appartement ? La victime n'est plus là pour témoigner, mais selon l'étudiant, il y a eu des gestes inappropriés de la part de son ancien professeur. Thomas évoque une tentative de viol.
Le prévenu a conscience des actes graves qu'il a commis
Jusqu'ici, ses parents se sont abstenus de toute déclaration publique. "Nous avons fait le choix de ne pas nous exprimer, préférant rester les plus discrets possible. Principalement par respect pour la famille. On s'imaginait qu'ils ignoraient peut-être tout des déviances du professeur", nous confient-ils. Ensuite par peur de faire du tort à leur fils, car l'instruction était en cours. "Il a tout à fait conscience des faits très graves qu'il a commis. Il ne les conteste pas."
Ils décident aujourd'hui de sortir du silence. "On avait pleinement confiance en la justice. Mais l'épreuve judiciaire qu'on vit depuis un an est en train de nous étouffer. Il se passe des choses aberrantes."
Les parents de Thomas ne comprennent pas pourquoi le parquet s'obstine à vouloir garder leur fils en prison. À deux reprises, la chambre du conseil a pourtant accepté, à la demande de son avocat, Me Frank Discepoli, que la détention préventive se poursuive à domicile, sous surveillance électronique. À deux reprises, le parquet a fait appel de cette décision et la chambre des mises en accusation a suivi son réquisitoire. Le jeune homme, qui n'a pas encore été jugé, est toujours détenu.
Le même scénario se reproduit chaque fois
Les six premiers mois, "même si c'était très dur à vivre", les parents admettaient que Thomas reste incarcéré. Les enquêteurs devaient faire leur travail ; il y avait des points à éclaircir et des étapes judiciaires à franchir.
En juillet 2024, après la reconstitution, ils ont déjà "cru très fort" à une libération sous bracelet. "Notre enfant n'a aucun antécédent. Aucun ! Il n'a jamais été violent physiquement. Il n'a jamais eu la moindre retenue à l'école, alors qu'il n'a pas peur de dire ce qu'il pense. On pensait qu'au cours de l'enquête, ils allaient percevoir cela, qu'ils allaient se rendre compte que la situation qu'il a vécue lui a complètement échappé", expliquent-ils. Mais les juges habituels ont été remplacés deux fois de suite. En novembre 2024, quand toute l'équipe de départ s'est enfin retrouvée en chambre du conseil, Thomas a obtenu la libération sous bracelet. Le parquet a fait appel et la chambre des mises a suivi. Le même scénario s'est reproduit début février 2025. Le jeune homme est donc reparti pour deux mois de détention.
"On l'a jeté en prison, sans aucun soin"
Les parents ne voient pas pourquoi une détention à domicile constituerait un danger. "Le traumatisme que notre fils a subi nécessite un suivi thérapeutique, réagissent-ils. On a dû se démener pour trouver nous-mêmes une psychologue, qui va le voir régulièrement, et un psychiatre, qui le suivra à sa sortie. Si on nous avait dit : 'Il sera vu pendant six mois par un psy et on évaluera ensuite s'il constitue un danger', intellectuellement, on aurait pu le comprendre. Mais ça ne se passe pas comme ça ! En prison, il n'a eu droit à absolument rien. On l'a jeté là, sans aucun soin. On le considère juste comme un criminel, sans tenir compte du fait qu'à la base, il a aussi subi un traumatisme. Il n'y a que nous qui avons mis en place un mécanisme pour l'aider."
"Ne se disent-ils pas qu'il est très dangereux de le laisser là ?"
Pour la famille, ce qui importe aujourd'hui, c'est que le prévenu soit en sécurité, puisse se soigner et préparer correctement son procès et son avenir. " Ne se disent-ils pas qu'il est très dangereux de laisser un jeune comme ça dans un environnement carcéral où toutes sortes de détenus sont mélangés ? Il n'a pas d'antécédent, mais on n'en tient pas compte. En faisant comme ça, on considère presque qu'il serait irrécupérable parce qu'il a commis un fait très grave. Thomas vit depuis un an dans un environnement où la violence est omniprésente. Il côtoie des toxicomanes, des trafiquants, des voyous et de grands criminels… Heureusement qu'il garde la tête froide et qu'il arrive à faire la part des choses."
Pour les parents, l'incompréhension est totale face au fonctionnement "particulièrement déroutant" de la justice. "Je suis très surpris que trois magistrats qui siègent le matin en chambre des mises sur un dossier qui fait 4 000 à 5 000 pages arrivent à statuer l'après-midi. C'est impossible de consulter ce dossier en deux heures ! s'indigne le père. Si, sans connaître Thomas, on s'appuie juste sur le réquisitoire, qui le décrit comme quelqu'un d'agressif et de violent, alors, forcément, on ne le libère pas. On a l'impression que ça ne s'arrêtera jamais. Pourquoi serait-ce différent à la prochaine demande, en avril ?"
"Le parquet reste figé sur les faits de départ"
L'homme se dit "révolté" par ce qui se trouve dans ce réquisitoire. "On n'y reconnaît pas notre fils. Le parquet a monté en épingle le moindre épisode de sa vie d'adolescent pour chercher quelque chose de négatif. Il n'y a aucun nouvel élément le concernant. On a l'impression que le procureur reste figé sur les faits de départ sans tenir compte des circonstances. Comme s'il n'y avait pas eu d'enquête. Les actes commis par Thomas sont très graves – la question n'est pas là. Mais pourquoi en est-il arrivé là ? Ce qui ressort du dossier, c'est qu'il n'avait aucun mobile. Il s'est donc forcément passé quelque chose cette nuit-là. On ne peut pas le nier. Ce que dit notre fils depuis le premier jour est à présent confirmé par des témoignages évoquant des comportements déplacés du professeur depuis une quinzaine d'années, même s'il n'y a pas eu de plaintes. Mais il n'y a aucune réflexion sur ce sujet. Cela nous choque."
Contacté pour une réaction, le parquet de Mons n'a pas souhaité faire de commentaire sur ce dossier.