Menace d'attentat au Botanique: pourquoi le jeune terroriste tchétchène "au profil très inquiétant" a pu bénéficier d'un large sursis
Abdul-Kerim, enfermé dans la djihadosphère, avait recruté et incité à commettre un attentat.

- Publié le 08-05-2025 à 21h48

C'est un jeune, poursuivi dans un dossier de terrorisme, "au profil très inquiétant", comme l'a rappelé dans son jugement le tribunal correctionnel de Bruxelles. Il montrait une "fascination pour la décapitation".
La juge a néanmoins été clémente, lui infligeant 5 ans de prison avec sursis probatoire au-delà de 2 ans et une amende de 40 000 euros avec sursis. Cette clémence s'explique notamment par le fait que le tribunal n'a retenu que le recrutement et l'incitation à commettre un attentat. La juge n'a pas estimé qu'il avait commis des actes préparatoires en vue d'un attentat.
Sous réserve d'appel du parquet fédéral qui avait requis 7 ans de prison, Abdul-Kerim, détenu préventivement depuis plus d'un an, devrait rapidement quitter la prison.
L'alerte avait été donnée par la Sûreté de l'État le 1er mars 2024 : des mineurs projetaient un attentat contre la salle de spectacle du Botanique à Bruxelles. Le parquet fédéral n'avait pas hésité : deux jours plus tard, trois mineurs étaient interpellés. Dans un dossier connexe, quatre autres jeunes étaient interpellés le même jour. C'étaient trois mineurs et un jeune homme d'à peine 18 ans.
Le dossier est emblématique de la menace terroriste. Un tiers de ceux qui fomentent des attentats ont moins de 18 ans.
C'étaient là deux dossiers emblématiques de la menace terroriste à laquelle fait face notre pays. Entre 2022 et 2024, presque un tiers des personnes qui ont fomenté des projets d'attentats avaient moins de 18 ans.
Le dossier du Botanique est toujours à l'instruction à Gand. Seul le majeur du dossier connexe a été renvoyé en correctionnelle à Bruxelles.
Un parcours difficile
Abdul-Kerim G. a connu un parcours complexe. Né en Tchétchénie, il est arrivé en France en 2012 avec son père, qui a été expulsé en 2021 vers la Russie, car Paris le considérait comme une "menace grave pour la sûreté de l'État".
En Belgique, Abdul-Kerim s'est établi à Chaudfontaine avec sa belle-mère et les enfants de cette dernière. En octobre 2023, il a commencé sa scolarité à Namur, mais il était tout à fait isolé, étant "H24 sur mon téléphone". Trois mois plus tard, il était renvoyé tant – obnubilé par l'islam, vu son racolage djihadiste incessant et ses remarques continues sur les tenues des jeunes filles – il était craint.
Sur ses réseaux sociaux ou messageries cryptées, il était question d'achat d'armes, de projets d'attentats. Abdul-Kerim avait acquiescé par un "Pourquoi pas ?", quand on lui demandait s'il participerait à un attentat.
"Je suis monté dans un train et il était difficile de descendre. Le train s'arrêtait, mais les portes ne s'ouvraient pas. Les seuls qui ont réussi à me faire descendre, ce sont les policiers", avait-il expliqué.