Le patron a-t-il tué son ouvrier ?
Les assises de Bruxelles se penchent dès jeudi sur un dossier atypique.

- Publié le 18-06-2025 à 20h33
- Mis à jour le 18-06-2025 à 22h12

Un garde-chasse avait donné l'alerte. Le 6 juin 2022, peu avant midi, cet homme circulant en voiture sur la N40 au milieu des bois à Libin avait aperçu sur la chaussée ce qu'il pensait être une carcasse d'animal. Après s'être approché, il a constaté qu'il s'agissait d'un pantalon et d'ossements vraisemblablement humains.
Des fouilles, menées dans les bois aux alentours avec des chiens spécialisés dans la détection de cadavres, ont permis de découvrir d'autres parties du corps. L'absence de nombreuses pièces osseuses était le fait d'une dispersion réalisée par l'intervention d'animaux prédateurs. L'examen du crâne a montré un important traumatisme conséquent provoqué par un objet de nature contondante. Selon l'expert, ces lésions sont vraisemblablement de nature ante mortem.
La victime a pu être identifiée grâce à la carte de transports publics Mobib trouvée dans la poche de son pantalon. Adam Walendzik était un ouvrier du bâtiment polonais âgé de 44 ans domicilié à Ganshoren. Son ex-compagne, avec qui il était en contact téléphonique quasi quotidien, avait signalé sa disparition à la police le 28 février 2022. Elle avait expliqué qu'il n'avait plus donné signe de vie depuis deux semaines.
Des analyses de téléphonie
L'analyse du numéro de téléphone d'Adam Walendzik a montré que la dernière activité était une consommation de data le 17 février 2022 vers 7 h 40. Le numéro bornait alors à Hoeilaart. Ce numéro n'a jamais accroché un pylône proche du lieu de la découverte du cadavre en province de Luxembourg.
Sur la base de l'analyse des correspondants téléphoniques d'Adam Walendzik, les enquêteurs ont identifié cinq de ses employeurs potentiels, tous polonais. Ils ont alors effectué des vérifications relatives aux déplacements des véhicules enregistrés au nom de ces personnes et de leurs entreprises entre le 17 février et le 1er mars.
Se fondant sur les relevés effectués par les caméras ANPR, ils ont pu déterminer qu'une camionnette de la société T.B., pour qui la victime avait travaillé, avait effectué le 18 février un rapide trajet aller-retour vers les Ardennes au départ de la région bruxelloise. À 06 h 58, le véhicule a été filmé sur l'E411 à Namur en direction des Ardennes. À 08 h 26, il est localisé à La Bruyère en direction de Bruxelles.
L'accusé n'a pu donner d'explications convaincantes sur un trajet vers Libin où le corps de la victime a été retrouvé.
L'examen du téléphone du patron de T.B., Tomasz Trocki a montré qu'il a borné près de Libin ce même 18 février 2022. Cet homme aujourd'hui âgé de 57 ans habite en outre à Hoeilaert, non loin du pylône où le téléphone de la victime a borné pour la dernière fois.
Les explications de Tomasz Trocki sur son trajet vers les Ardennes ainsi que son dernier contact avec la victime n'ont pas convaincu. Le juge d'instruction a inculpé Tomasz Trocki de meurtre le 28 juin 2023. Tomasz Trocki, qui est détenu depuis lors, a toujours nié avoir tué Adam Walendzik. Son procès débute jeudi devant la cour d'assises de Bruxelles devant laquelle il sera défendu par Me Jonathan De Taye et Me Guillaume Lys.