La justice belge suspend sa décision dans le procès de l'ancien bras droit financier de Kabila
Emmanuel Adrupiako, l'ex-directeur financier de l'ancien président congolais, Joseph Kabila, est poursuivi pour "participation à une organisation criminelle" et "blanchiment d'argent". Le tribunal correctionnel de Bruxelles devait se prononcer ce mercredi.

- Publié le 28-01-2026 à 14h41
- Mis à jour le 28-01-2026 à 16h09

Le procès du 'grand argentier' de Joseph Kabila est temporairement mis sur pause. Ce mercredi, la 69e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé une surséance à statuer, reportant sa décision dans ce vaste dossier financier. En cause : la proximité de l'affaire avec l'instruction Semlex, impliquant également des hauts responsables congolais.
"Connexions politiques sensibles"
Dans ce dossier, issu d'une citation directe du parquet fédéral, Emmanuel Adrupiako et un couple de résidents belges, Xhevat A. et Sadije R., sont poursuivis pour "blanchiment d'argent" et "participation à une organisation criminelle".
Entre 2015 et 2017, les deux conjoints auraient présumément acheté plusieurs biens immobiliers avec de l'argent public congolais détourné. Il est notamment question d'un appartement à Zaventem acquis pour la bagatelle de 814 000 euros, mais aussi d'une villa à Uccle et d'une autre à Braine-l'Alleud, dans le Brabant wallon.
Selon un rapport de la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF), l'un des époux ne dispose pourtant que d'un revenu avoisinant les 68 000 euros. L'organe anti-blanchiment fait également état "d'opérations suspectes de plus de 16 millions d'euros" et de "connexions politiques sensibles".
Les fonds utilisés pour acquérir ces biens auraient été obtenus auprès d'Emmanuel Adrupiako, ex-directeur financier de Joseph Kabila, ancien président de la République démocratique du Congo (RDC). Le parquet fédéral a requis des peines de trois à cinq ans de prison.
Des connexions avec Semlex ?
Le nom d'Emmanuel Adrupiako se retrouve également au cœur de l'enquête Semlex, du nom de cette entreprise uccloise spécialisée dans la production de passeports. En 2015, la firme avait empoché un juteux contrat avec la RDC. Lors des négociations entre l'État congolais et la société belge, le prix de ces documents de voyage s'était envolé d'une vingtaine de dollars à 185 dollars. Soit l'un des passeports les plus chers au monde.
Un article de l'agence Reuters avait dévoilé que sur chaque exemplaire vendu, 60 dollars étaient versés à LRPS Ltd, une entreprise enregistrée aux Émirats arabes unis. L'actionnaire de cette société écran serait Makie Makolo Wangoi, une membre de la famille de Joseph Kabila. En 2017, le parquet fédéral belge a ouvert une enquête pour "corruption". L'instruction est toujours en cours.
Les dossiers Semlex et Adrupiako ne sont pour l'instant pas joints. Une telle décision risquerait en effet de transformer l'affaire en un véritable dossier "mammouth". Néanmoins, au vu de la "complémentarité" entre les deux affaires, le président du tribunal a prononcé une surséance à statuer. Une audience relais a été fixée au 21 avril prochain.