"Et on devrait vous croire sur parole ? ": quand le trafic de stupéfiants devient une addiction
Déjà condamné à deux reprises pour trafic de stups, Nicolas a récidivé.
- Publié le 15-02-2026 à 10h33

Une Mercedes qui se soustrait à un contrôle de police, une course-poursuite qui s'engage, les fuyards qui percutent la clôture d'un château et qui prennent la poudre d'escampette… On se croirait dans un polar français des années 1970 estampillé "Gaumont". Le prévenu principal dans cette affaire qui date de 2024 n'ira pas loin. Il faut dire que Nicolas (*) n'a physiquement rien d'un Usain Bolt même si, dans sa course, il aura le temps de se séparer de la cocaïne en sa possession. Substance qu'il dira avoir reçue en "cadeau".
Bref, on reproche à Nicolas d'être à l'origine d'un trafic de stupéfiants et, dans ce cadre, d'être en association avec Mathieu (*), pas encore 22 ans. Nicolas conteste l'activité de lucre, il reconnaît juste de la "dépanne entre amis". Les montants perçus et la fréquence des transactions tendent à démontrer le contraire. Nicolas à intérêt à minimiser son implication étant donné qu'il a déjà été condamné à deux reprises pour des faits similaires. La première fois, en 2018, il a écopé d'une peine de travail et, en 2023, il a été condamné à trois ans de prison mais a bénéficié d'un sursis probatoire. Si la justice a été relativement clémente avec lui jusqu'à présent, Nicolas ne semble pas avoir fait son examen de conscience, ou alors de manière très superficielle. À l'heure actuelle, il travaille dans le bâtiment et dit ne plus consommer. "Et on devrait vous croire sur parole ?", s'interroge la présidente.
"Livraison dans toute la Belgique"
Le deuxième larron, Mathieu, dit avoir "tout stoppé" et travaille dans la boucherie familiale.
Le ministère public revient sur les faits. Lors de son interpellation, Nicolas était en possession de cannabis, de cocaïne et d'une somme de 1880 euros en liquide. Lors de la perquisition à son domicile, les policiers trouveront, entre autres, un kit de conditionnement du cannabis et des armes prohibées. L'analyse de la téléphonie mettra en lumière un trafic au libellé pour le moins explicite : "Livraison dans toute la Belgique." Les contacts récurrents mettent les enquêteurs sur la piste de Mathieu. Lors de la perquisition réalisée au domicile de ce dernier, ils tomberont même sur un client "venu acheter 20 grammes de cannabis". Pour la procureure, il y a association de malfaiteurs dans le cadre de la vente de produits stupéfiants, les prévenus se partageant des renseignements sur une messagerie Snapchat. Selon elle, les faits sont établis, elle réclame 13 200 euros et 37 mois de prison pour Nicolas et une somme de 11 200 euros assortis de deux ans de prison pour Mathieu.
L'avocat de Nicolas reconnaît que ce dernier joue gros étant donné ses deux condamnations précédentes. Il conteste cependant l'association de malfaiteurs : "Dans ce dossier, il est seul. Ils ont des contacts parce qu'ils se connaissent, c'est tout." La détention d'armes prohibées : "Elles appartiennent à son grand-père." Bref, d'un trafic à l'échelle "de toute la Belgique", il ne faudrait y voir pour la défense que de "la vente entre des personnes qui se connaissent". Et le conseil de mettre en lumière ce qui ressemble à une remise en question de la part de son client : "Si, auparavant, il se complaisait dans une sorte d'oisiveté nocive, au bout de sept mois de préventive, il a repris sa vie en main. Ses rapports sont favorables, il a déménagé en France, travaille en intérim et a trouvé une compagne qui l'éloigne de son ancien mode de vie." "En pratique, est-il indispensable de le remettre en prison pour y subir un déclassement social ?", s'interroge l'avocat de Nicolas qui verrait la prolongation pour la peine de son sursis probatoire comme "une épée de Damoclès" au-dessus de la tête de son client. Quant aux 13 200 euros réclamés, l'avocat ne comprend pas le calcul : "On n'a quasi rien retrouvé lors des perquisitions et ce n'est pas la fréquence objective des ventes qui permet de justifier un tel montant."
L'avocat de Mathieu va plaider la jeunesse de son client et l'absence d'antécédents. Il ne nie pas la vente de cannabis, mais conteste la période infractionnelle qui justifierait les 11 200 euros réclamés. "Mon client reconnaît avoir vendu exclusivement du cannabis. Il conteste la vente de cocaïne tout comme l'association de malfaiteurs. Il y a certes des contacts, mais pas suffisamment d'éléments pour permettre la circonstance d'association de malfaiteurs. Aucun client interrogé n'a déclaré : 'Quand je n'arrivais pas à contacter l'un, je contactais l'autre…'"
Une perche tendue
Tout comme son compère, Mathieu ne consomme plus et travaille dans la boucherie familiale. Dans le but de ne pas briser cette "bonne dynamique", l'avocat de la défense demande à titre principal la suspension simple du prononcé, à titre subsidiaire une suspension probatoire et à titre infiniment subsidiaire, un sursis probatoire.
- "Et une peine de travail ?", interroge la présidente.
Mathieu marmonne quelques bribes de mots mais la réponse ne semble pas trop positive.
- "Compte tenu de ses horaires, ce serait compliqué", résume l'avocat, un peu gêné aux entournures.
On devine qu'une perche avait été tendue par la magistrate mais pas saisie par le prévenu.
Tandis que le ministère public justifie les montants réclamés par de savants calculs, Mathieu et son avocat tiennent un conciliabule qui débouche sur un rétropédalage : "Mon client accepte une peine de travail, il s'organisera au niveau de ses horaires." Voilà qui semble plus raisonnable.
Jugement le 3 mars.
(*) Prénoms d'emprunt.
