Crèche de l'ULB : "Mon client n'a jamais touché d'enfants. C'était de l'ordre du fantasme"
Dernière journée d'audience pour l'affaire de la crèche Solbosch de l'Université libre de Bruxelles (ULB).

- Publié le 17-03-2026 à 17h38
- Mis à jour le 17-03-2026 à 17h54

"Mon client a été constant : il n'a rien fait. Il n'a jamais touché les enfants. C'était de l'ordre du fantasme". Ces explications, Me Amrani les martèle face aux juges. Tant bien que mal, il tente de défendre son client, Abdel, poursuivi pour le viol d'un nourrisson, l'atteinte à l'intégrité sexuelle de trois bébés, ainsi que pour la production, la détention et la diffusion d'images et de vidéos à caractère pédopornographique.
Aux côtés du prévenu, Claire, son ex-compagne âgée d'une vingtaine d'années seulement. Puéricultrice à la crèche de l'ULB à l'époque des faits, elle aurait aidé le quadragénaire à rentrer au sein de l'établissement. Ensemble, ils auraient abusé sexuellement d'enfants.
"Rectifier le tir"
La cible de la longue plaidoirie de Me Amrani ? Claire. Uniquement Claire. "Depuis le départ, elle accable mon client. Je me dois de rectifier le tir", tonne-t-il. Pendant une heure et demie, l'avocat charge l'ancienne puéricultrice. En laissant soigneusement de côté la personnalité "froide" et "distante" d'Abdel. En n'évoquant qu'à demi-mot les nombreuses images et vidéos pédopornographiques retrouvées dans son téléphone.
L'avocat de la défense attaque la co-prévenue qui, selon lui, se pose "en victime". Il fustige ses versions changeantes, ses propos erratiques, ses oublis, "ses pleurs faciles". Et indique que celle qui a "voué sa vie" à s'occuper des plus petits "sait pertinemment qu'on ne touche pas aux enfants".
L'avocat bat en brèche la thèse de l'emprise d'Abdel. "Claire est tout sauf la proie facile pour laquelle elle essaye de se faire passer. Elle a depuis le départ orienté l'enquête avec ses aveux", ajoute-t-il.
Lors de sa première audition, la jeune femme avait avoué les abus sexuels. Avant de les rétracter systématiquement lors des trois interrogatoires suivants.
"Ce qu'Abdel a déclaré est bien plus proche de la réalité", assure l'avocat. Dans le prétoire, sa plaidoirie irrite le public venu en nombre. Des râles, des soupirs et parfois quelques protestations ponctuent les arguments de la défense.
C'est un monstre à deux têtes. Si vous demandez seize ans pour Abdel, elle doit aussi avoir seize ans.
Un manque de preuves ?
Selon son conseil, rien ne prouve qu'Abdel a franchi les portes de la crèche et a commis des abus sexuels. "La plupart des puéricultrices ne l'ont pas vu entrer dans la crèche", avance-t-il. Seules deux employées déclarent l'avoir aperçu entre 2020 et 2022" au sein de l'établissement. Souvent les bras chargés de nourriture provenant du fast-food où il travaillait comme manager.
Abdel et Claire contestent les charges retenues contre eux, à l'exception de la détention et de la diffusion d'images à caractère pédopornographique.
Le procureur du Roi a requis seize ans de détention à l'encontre du prévenu et dix ans de prison assortis de cinq ans de mise à disposition contre la jeune femme.
Or, pour Me Amrani, les responsabilités des deux prévenus sont équivalentes, voire elles s'alourdissent dans le cas de Claire. "Celle qui doit dire non, c'est la puéricultrice. Elle est la garante des enfants." Et de conclure à l'adresse du procureur du Roi : "C'est un monstre à deux têtes. Si vous demandez seize ans pour Abdel, elle doit aussi avoir seize ans." Jugement le 28 avril.