L'ombre du régime iranien plane sur les attaques visant les intérêts juifs en Europe
Une nouvelle attaque, revendiquée par le mystérieux "Mouvement islamique des croyants vertueux", a touché le quartier juif d'Anvers dans la nuit de lundi à mardi. Une voiture a été incendiée.

- Publié le 24-03-2026 à 15h05
- Mis à jour le 25-03-2026 à 12h13

Le 9 mars, un engin artisanal explose devant la synagogue rue Léon Frédéricq à Liège. Quelques jours plus tard, une attaque similaire touche Rotterdam. Le 14 mars, une école juive est prise pour cible à Amsterdam. Dans la nuit de dimanche à lundi, dans le nord-ouest de Londres, quatre ambulances appartenant à l'association bénévole Jewish Community Ambulance sont incendiées.
Et, ce lundi soir, à 23 h 38, des individus ont mis le feu à une voiture, rue Appelmans, au cœur du quartier juif d'Anvers. Deux suspects mineurs, originaires de la cité portuaire, ont été arrêtés et seront déférés devant le juge de la jeunesse. Au vu des premiers éléments de l'enquête, le juge d'instruction a été saisi pour incendie criminel nocturne et participation aux activités d'un groupe terroriste.
Contrairement à l'enquête sur la synagogue de Liège, le dossier anversois n'a, pour le moment, pas encore été fédéralisé.
Derrière chacune de ces attaques : un mode opératoire similaire. Explications.

Un mystérieux groupuscule
Toutes ces actions ont été menées de nuit, discrètement, sans faire de blessés à ce stade. Leur cible : les intérêts ou les symboles liés à la communauté juive.
Ces attentats ont tous été revendiqués par un groupe jusque-là inconnu se présentant sous le nom de "Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya" (HAYI), traduisible par "Mouvement islamique des croyants vertueux".
Leurs revendications prennent la forme de ces courtes vidéos, vraisemblablement filmées avec un téléphone portable. Elles montrent des images de l'attaque et un court texte en arabe, accompagné d'un logo dont l'iconographie rappelle celle du Hezbollah, le mouvement politico-militaire chiite libanais. Laissant supposer une potentielle influence du régime iranien.
À ce stade, aucune preuve ne permet toutefois de démontrer une implication directe de l'Iran.

Néanmoins, "les circonstances entourant ces attaques, notamment la présence suspecte d'informations en ligne, y compris la diffusion via des comptes étroitement liés à l'écosystème des Gardiens de la révolution, laisse fortement penser à une action soutenue par l'Iran", indique le Centre international de lutte contre le terrorisme (ICCT), un groupe de réflexion indépendant, dans une analyse publiée ce lundi.
Ce ne serait pas une première. En 2018, un couple de terroristes d'origine iranienne avait été arrêté à Woluwe-Saint-Pierre en possession d'une bombe destinée à exploser lors d'un rassemblement d'opposants au régime de Téhéran à Villepinte (France). Un diplomate iranien, Assadolah Assadi, avait fourni le TATP.
Un "réseau d'influenceurs pro-iraniens"
L'ICCT a analysé en détail les vidéos de revendication. Ressort de cette enquête fouillée qu'aucune trace du groupe HAYI n'existe "ni en ligne, ni hors ligne", avant le 9 mars, date de l'explosion de Liège.
Ce jour-là, un message de l'HAYI annonçant "le début de ses opérations militaires contre les intérêts américains et israéliens dans le monde entier" circule sur une chaîne Telegram apparemment liée à la milice irakienne pro-iranienne Liwa Zulfiqar.

L'attaque de Liège ne sera revendiquée que le 11 mars. Dans les jours suivants, un schéma récurrent se dessine, selon l'ICCT : "À chaque fois, quatre chaînes Telegram arabophones, comptant chacune plusieurs centaines de milliers d'abonnés, jouent un rôle central".
Ces contenus sont ensuite massivement relayés sur X (ex-Twitter), notamment grâce à un "vaste réseau d'influenceurs pro-iraniens". Des canaux de diffusion proche de la propagande des Gardiens de la révolution et de l'axe de la résistance iranienne relaient également les images.
Un attentat qui n'a jamais eu lieu
Une question reste en suspens : Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya constitue-t-il une vraie organisation terroriste structurée ou un écran de fumée manié par de petites mains, destiné à masquer l'implication éventuelle d'un acteur étatique comme l'Iran ? Plusieurs éléments sèment le doute sur le professionnalisme de l'HAYI. Comme l'a récemment souligné pour La Libre l'islamologue et chercheur en terrorisme à l'ULB, Mohamed Fahmi, les vidéos des attaques comportent de grossières erreurs.
Ainsi, dans le cas de Liège : des lettres ont été inversées dans un mot, la manière de filmer semble peu professionnelle, tandis que le communiqué faisant appel au djihad, fait référence aux missiles iraniens mais se trompe sur leur dénomination chiffrée exacte.

Autre élément troublant relevé par le Centre international de lutte contre le terrorisme : l'HAYI a revendiqué une attaque en Grèce… qui ne semble jamais avoir eu lieu. "Si l'analyse de géolocalisation a confirmé l'authenticité de cinq attentats en Belgique, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, elle suggère que l'attentat présumé en Grèce relève probablement de la désinformation", indique le Centre international de lutte contre le terrorisme.
Tout porte à croire qu'il s'agit d'acteurs locaux recrutés pour exécuter ces attaques. La police des Pays-Bas a arrêté quatre jeunes suspects, âgés entre 17 et 19 ans. Des individus probablement "recrutés" pour commettre l'attaque de Rotterdam, selon les mots du ministre néerlandais de la Justice David van Weel. Soit une main-d'œuvre facilement manipulable et jetable.
Comme le précise l'ICCT : "Les jeunes, plus sensibles aux promesses de gains faciles et rapides et moins aptes à évaluer pleinement les conséquences de leurs actes, constituent un vivier de recrutement essentiel pour les acteurs de ces menaces hybrides."