Au procès Falzone, le coup de force de l'avocat Jean-Philippe Mayence
Dans un premier temps, les faits avaient été envisagés comme un homicide involontaire dans le cadre d'un accident de circulation. Le dossier a depuis connu une évolution importante.
- Publié le 21-05-2026 à 08h50
- Mis à jour le 21-05-2026 à 08h53
Le procès des assises réserve souvent ses coups de théâtre pour les derniers instants d'audience. Mercredi soir, alors que les débats semblaient toucher à leur terme, Me Jean-Philippe Mayence, avocat de plusieurs parties civiles, a relancé l'affaire en demandant à la cour et au jury de se prononcer sur une question essentielle : celle de la préméditation dans la mort du gille Frédéric D'Andrea.
Jusqu'ici, le dossier s'articulait autour d'un meurtre. Mais si la cour devait retenir l'existence d'une préméditation, la qualification pénale basculerait vers l'assassinat, infraction punie en Belgique de la réclusion criminelle à perpétuité. Une évolution majeure qui modifierait profondément la lecture judiciaire des faits.
L'avocat a d'abord rappelé qu'il n'interviendra pas dans le débat sur la peine éventuelle à infliger aux accusés si ceux-ci sont déclarés coupables. Cette phase du procès appartient au ministère public et aux avocats de la défense. Son intervention visait uniquement la qualification des faits soumis au jury.
Le temps de réflexion de Paolo Falzone
Au cœur de son raisonnement : le laps de temps qui s'est écoulé après la collision entre le véhicule conduit par Paolo Falzone et le cortège carnavalesque de la rue des Canadiens. Selon Me Mayence, l'accusé aurait disposé d'un temps suffisant pour prendre conscience de la situation et réfléchir aux conséquences de ses actes.

Les débats ont rappelé que Paolo Falzone a continué à rouler plusieurs secondes à une vitesse estimée à environ 25 km/h alors que Frédéric D'Andrea se trouvait sur le capot du véhicule. Deux autres personnes étaient également coincées dans l'habitacle : la couturière Fifa et Salvatore Impériale.
Pour l'avocat des parties civiles, l'élément déterminant réside dans la suite des événements : après avoir ralenti, le conducteur aurait choisi de redémarrer et d'accélérer au moment où le gille glissait du capot, avant de lui rouler dessus.
C'est précisément cette succession d'actions qui nourrit aujourd'hui la thèse de la préméditation. En droit pénal belge, celle-ci ne suppose pas nécessairement une préparation longue ou minutieuse. La jurisprudence considère qu'il suffit qu'un auteur ait eu le temps de réfléchir à son acte, même durant un très court instant, avant de passer à l'exécution. Toute la difficulté réside donc dans l'appréciation de cette frontière ténue entre la réaction instinctive, la panique ou la perte de contrôle, et la décision consciente de donner la mort.
Débat juridique
Cette question est d'autant plus centrale que le dossier a connu une évolution importante depuis le début de l'enquête. Dans un premier temps, les faits avaient été envisagés comme un homicide involontaire dans le cadre d'un accident de circulation. Ce n'est qu'ultérieurement que le juge d'instruction avait retenu la qualification de meurtre pour la mort de Frédéric D'Andrea.
En demandant désormais au jury de se prononcer sur un possible assassinat, les parties civiles franchissent une étape supplémentaire. La cour devra décider si, dans ces quelques secondes au cœur du drame, Paolo Falzone a simplement perdu le contrôle de la situation ou s'il a, au contraire, posé un acte réfléchi engageant sa responsabilité criminelle au plus haut degré.
Si Paolo Falzone s'était arrêté, ce dossier aurait peut-être été plaidé devant le tribunal de police comme un accident de la route. Des magistrats professionnels, qui ont lu le dossier et vu les images ont estimé qu'il s'agissait d'un acte criminel. Le débat juridique sera intéressant…