Thibaut Georgin, un novice du rail à la présidence de la SNCB
Écolo a choisi un profil de gestionnaire avec cet ancien directeur de bpost. Il entrera en fonction à la fin du mois d'avril.
- Publié le 26-03-2021 à 16h12
- Mis à jour le 27-03-2021 à 07h28

Le nom du prochain capitaine de la SNCB est désormais connu. Après de longues tractations, Écolo avait décroché la présidence du conseil d'administration de l'entreprise ferroviaire. Restait alors à déterminer qui allait occuper la fonction. Au terme d'une évaluation en interne, c'est le Bruxellois Thibaut Georgin (53 ans) qui a décroché le poste. Son nom ne vous évoquera sans doute rien, et c'est normal. L'homme n'a jamais exercé de mandat politique ou de fonction à forte exposition.
Déjà une expérience d'administrateur
Diplômé de Solvay, il a entamé sa carrière dans le privé chez le géant Unilever, avant de rejoindre l'entreprise bpost, alors en pleine transformation de son actionnariat. Depuis 2005, il travaille dans un cabinet de consultance en management d'entreprises. On le retrouve également à la présidence du CA de Brugel, l'autorité de régulation pour les marchés de l'électricité et du gaz en Région de Bruxelles-Capitale. Auparavant, il siégeait au Conseil d'administration de la Société publique de la gestion de l'eau (SPGE). Le futur président se profile davantage en gestionnaire d'entreprise, plutôt qu'en expert du rail.
À dire vrai, Thibaut Georgin n'a aucune expérience dans le secteur ferroviaire. "Mes compétences du passé ne sont pas sectorielles. Je pense que ma plus-value se situe davantage dans la vision que je peux apporter. Ce qui m'intéresse, c'est le changement de paradigme. Et on voit qu'aujourd'hui, nous sommes clairement dans un moment de transition. De nombreux modèles d'entreprises ne sont pas compatibles avec nos ambitions environnementales. L'optimisation, la gestion financière, la vision à court terme, cela peut fonctionner un temps. Mais on se retrouve toujours, à un moment, face au mur", avance-t-il.
Dire non au ministre de tutelle
Les chantiers sont nombreux pour la SNCB, et les dossiers brûlants ne manquent pas. Récemment, l'annonce de la fermeture de quarante-quatre guichets de gare avait rompu un temps les relations entre la CEO Sophie Dutordoir et le ministre de tutelle Georges Gilkinet (Écolo). La décision avait été prise par le Conseil d'administration, mais le ministre avait tenté de faire pression pour que les administrateurs reviennent sur leur décision. En vain. Georges Gilkinet avait indiqué qu'à l'époque de la décision, il n'y avait pas d'administrateur écolo autour de la table. La donne sera désormais bien différente avec l'accession de Thibaut Georgin à ce poste de choix. Au point de devenir le prolongement du cabinet ? "Je n'ai jamais été président pour un ministre. Je pourrais très clairement dire non à Georges Gilkinet si la décision ne va pas dans le sens de la bonne gestion de l'entreprise. Je ne suis pas là pour presser le bouton ou pour relayer la position du cabinet. Maintenant, il est clair que je partage certaines vues avec le ministre de tutelle et c'est précisément pour cette vision que j'ai été sélectionné par le parti au terme du processus.", répond-il.

L'argument avancé pour motiver cette fermeture des guichets est la digitalisation nécessaire de l'entreprise ferroviaire. Les guichets seront remplacés par des automates dans les gares, mais plusieurs mesures d'accompagnement seront mises en place. De nombreux voyageurs s'étaient montrés inquiets face à la perte du contact humain. Le nouveau capitaine préfère parler de transformations, inéluctables. "Est-ce plus agréable d'avoir un guichet traditionnel, ou plutôt d'assurer une présence humaine avec un petit magasin ou le local d'une ASBL, où l'on pourrait par ailleurs trouver de l'aide pour acheter un ticket ? Il faut se poser la question du point de vue de l'utilisateur. L'enjeu est-il la quantité, ou plutôt la qualité ? Le digital est un outil qui doit rendre les choses plus accessibles, éventuellement pour gagner de la productivité et dégager les moyens pour les investir dans plus de trains. Mais la digitalisation n'est pas une fin en soi."
Le momentum pour la transition
Les ambitions pour le rail sont énormes, mais le secteur coûte cher. La crise sanitaire qui se prolonge creuse encore le manque à gagner pour l'entreprise ferroviaire. Malgré ce contexte morose, l'homme se veut confiant. "Il y a déjà eu des compensations accordées par le gouvernement pour enjamber le précipice. Mais on voit surtout que l'Europe a envie de réhabiliter le train. Le plan de relance européen va nous donner des moyens d'investir dans le rail. Cela représente un boulevard à saisir pour la SNCB. Nous devons traduire cela avec des investissements vers une offre qui fait sens sur le plan écologique, mais aussi sur le lien que cela peut créer dans la population."
Parmi les dossiers qui vont ponctuer les six années de son mandat, on retrouve le fameux contrat de gestion attendu depuis dix ans. L'échéance est maintenue à 2022, conformément à l'accord de gouvernement.
Autre engagement pris par l'exécutif et qui sera mis en œuvre, la mise en place de tests de privatisation sur deux lignes (l'une en Flandre, l'autre en Wallonie). Même si la SNCB a vu son exclusivité sur le rail belge prolongée pour les dix années à venir, Thibaut Georgin voit d'un bon œil ces projets pilotes. "J'ai connu dans ma carrière des entreprises 100 % privées, d'autres 100 % publiques, et des entreprises en transition. La corrélation entre bonne gestion et privatisaton ne me convainc pas. Mais ce genre de tests peut conduire l'entreprise à démontrer qu'elle est capable de délivrer un service de qualité."
Thibaut Georgin prendra ses fonctions à la fin du mois d'avril, quand les treize autres administrateurs seront désignés. Un mois pour potasser ses dossiers et composer avec les aléas de la crise sanitaire qui affecte durement la SNCB. Mais le futur capitaine tâchera d'en tirer du positif . "Je pense que, dans dix ans, on regardera 2021 en se disant que c'est précisément à ce moment-là qu'on est entré au XXIe siè cle."