Un parking flambant neuf interpelle en périphérie bruxelloise: il a été installé pour une gare vouée à disparaître
À côté de la gare de Linkebeek, un nouveau parking a été construit. Or cette gare est appelée à disparaître, sacrifiée sur l'autel du RER Bruxelles-Nivelles. Explications.

- Publié le 22-12-2025 à 20h17
- Mis à jour le 22-12-2025 à 22h36

Un espace flambant neuf, pour un total de 87 places. À la frontière d'Uccle et de Linkebeek, un nouveau parking a récemment été inauguré à côté de la gare de Linkebeek. Une gare qui pour rappel est… menacée de suppression.
Pour débloquer l'inextricable dossier du RER sur la ligne Bruxelles-Nivelles, un "compromis" a pour rappel été scellé entre les autorités linkebeekoises et Infrabel. La commune brabançonne s'opposait de longue date à une mise à quatre voies totale de l'infrastructure ferroviaire, jugée dévastatrice pour l'environnement. Le deal propose de conserver un tronçon linkebeekois à deux voies. Mais en contrepartie, la gare de Linkebeek doit disparaître, fusionnée avec la gare uccloise de Moensberg. S'il demeure encore incertain en raison d'un recours, l'accord a été accepté par le conseil communal linkebeekois et présenté fin septembre par le ministre Jean-Luc Crucke (Les Engagés).

Projet de longue date
Pourquoi dès lors créer un parking pour une gare vouée à la disparition ? À Uccle, on rappelle que ces travaux ont été lancés avant la décision de Linkebeek. En outre, les autorités assurent que ce parking sera de toute façon utilisé.
"Ce parking sera utile. Il est situé à l'arrêt de bus [37] et servira au quartier. En outre, la gare ne fermera pas demain dans l'immédiat", pointe Thibaud Wyngaard (Ecolo), échevin des Travaux publics, qui évoque une utilité également pour la gare de Moensberg, située à moins d'un kilomètre de là.
Dans le cadre du compromis d'Infrabel, il est en effet question de créer un cheminement pour usagers faibles entre la gare de Linkebeek et celle de Moensberg. "L'objectif est de connecter le parking à la gare du Moensberg via un cheminement cyclo-piéton sécurisé", assure l'échevin Jonathan Biermann (MR).
Au total, les investissements de la commune sont assez "limités", au regard d'autres projets d'infrastructures publiques. Il est question d'environ 100 000 €, pour le parking et les trottoirs des abords. Actuellement, le stationnement y est gratuit.
Pour rappel, il est prévu d'achever cette ligne RER entre Bruxelles et Nivelles, via Uccle, pour 2034, "au plus tôt". Pour l'anecdote, lors du lancement du projet RER en 2003, la "convention" interrégionale stipulait : "L'objectif est que l'offre RER soit entièrement opérationnelle au plus tard pour fin 2012."

Plus de 13 ans après cette échéance révolue, les permis doivent encore être obtenus pour la partie linkebeekoise. En revanche, du côté de Rhode-Saint-Genèse, Infrabel avance déjà. Un permis a été récemment obtenu et des travaux devraient être lancés l'an prochain. La partie entre Braine-Alliance et Nivelles devrait quant à elle être terminée à l'horizon 2029.
Éléments de contexte sur la saga du RER bruxellois
Véritable dossier maudit de la politique belge, le RER consiste, pour rappel, en l'amélioration de la desserte ferroviaire de Bruxelles et sa périphérie. Pour cela, un système à quatre voies est nécessaire afin que les trains rapides puissent dépasser les trains locaux. En 2003, une "convention" a enfin été signée entre le Fédéral et les Régions pour mettre en place ce Réseau express régional (RER). À cette époque, la date de 2012 était évoquée pour la fin des travaux.
À cette heure, l'aboutissement global du projet est évoqué pour 2034, "au plus tôt." Pour la partie "nord" du RER, à savoir les lignes vers les villes flamandes, les travaux sont considérés comme achevés. Mais c'est sur les lignes vers la Wallonie que le projet connaît quantité de retards. La ligne vers Ottignies ne sera achevée que fin 2026. Pour la ligne L124, qui vient de Charleroi en passant par Nivelles, Waterloo et Linkebeek, ce sera "au plus tôt" 2034. En cause notamment : le blocage de Linkebeek. Depuis des années, les autorités locales s'opposent à la mise à quatre voies, évoquant des effets dévastateurs sur l'environnement et le paysage. En 2010, Linkebeek avait obtenu l'annulation du permis de mise à quatre voies. Quatorze ans plus tard, en 2024, de nouveaux recours étaient introduits : un par la commune, un autre par un groupe de riverains, et, enfin, un dernier introduit à titre personnel par le président Défi du CPAS linkebeekois.
En mars 2025, une piste de compromis, permettant de conserver une partie du tronçon à deux voies mais nécessitant la suppression de la gare de Linkebeek, a été acceptée par la commune. Un vote reconfirmé, de justesse, en septembre.
À la suite de ce vote, le recours des riverains a été levé. Mais il en reste donc toujours un, celui du président du CPAS de Linkebeek mais, visiblement, moins "menaçant" que les deux autres déjà levés, selon une source proche du dossier.