La Wallonie veut avoir son mot à dire dans la gestion du trafic par Waze : "Nos routes se dégradent fortement"
Les itinéraires proposés par le navigateur Waze (Google) en cas de travaux sur des axes autoroutiers causent des nuisances pour les riverains et use les voiries. La Région wallonne réagit.

- Publié le 26-02-2026 à 06h38

À Seneffe, les riverains subissent les conséquences des travaux sur l'autoroute E19/A7 à Nivelles. Guidés par des navigateurs comme Waze et autres Google Maps, les automobilistes sont dirigés vers un itinéraire de déviation qui les conduit vers la petite commune wallonne. "Plus de 150 poids lourds par jour traversaient le petit patelin de Petit-Roeulx-lez-Nivelles", explique Nicolas Dujardin, échevin de la Mobilité. Le mandataire Défi affirme que certains chauffeurs utilisent des GPS adaptés aux voitures et non aux poids lourds. "Au-delà des nuisances pour les riverains, nos routes se dégradent fortement. On va avoir un impact financier pour réparer structurellement notre réseau", déplore-t-il.
Un navigateur déroutant
La commune de Seneffe est confrontée à un phénomène connu : "l'effet Waze". L'application de navigation, qui revendique plus de 140 millions d'utilisateurs à travers le monde – dont 1,8 million en Belgique -, promet de proposer l'itinéraire le plus rapide, comme le font la plupart des services de navigation sur Internet. Mais la particularité de Waze tient dans son approche sans détour : pour faire gagner quelques précieuses minutes – parfois à peine perceptibles -, l'application n'hésite pas à dévier les automobilistes vers des voiries secondaires, à les faire traverser des quartiers résidentiels, des petites communes ou des villages habituellement épargnés par le trafic de transit.
Le phénomène est si bien documenté que l'UCLouvain y consacre ce jeudi une étude dans sa revue Regards Économiques. Le professeur d'économie à la Louvain School of Management de l'UCLouvain, Paul Belleflamme, affirme ainsi que les applications de navigation peuvent effectivement avoir des conséquences déroutantes. "Lorsque la base d'utilisateurs est restreinte, les navigateurs jouent correctement leur rôle. Ils détournent discrètement une partie limitée des conducteurs pour contourner les points de congestion, réduisant ainsi les embouteillages tant pour les utilisateurs de l'application que pour ceux qui restent sur l'itinéraire initial. Toutefois, à mesure que l'adoption de ces solutions se généralise, de nombreux conducteurs reçoivent la même recommandation, ce qui risque de déplacer les embouteillages vers les voies parallèles ou les rues locales situées sur l'itinéraire alternatif recommandé", explique-t-il, décrivant la situation à laquelle est confrontée la commune de Seneffe.
Depuis septembre, l'échevin de la mobilité reçoit ainsi un nombre important de plaintes d'habitants de l'entité qui dénoncent le flux incessant de véhicules, la vitesse et les risques que prennent leurs conducteurs. "L'impact de ces applications de navigation est très important. En cas de travaux, elles proposent des itinéraires rapides, sans tenir compte de la configuration des voiries, ce qui fait prendre des risques aux automobilistes", assène-t-il.
Une situation qui l'a contraint à prendre des mesures très locales. "On a mis en place des sens uniques sur certaines rues, par exemple." Par ailleurs, les poids lourds ont été interdits à la circulation dans le petit village de Petit-Roeulx-lez-Nivelles. Une décision drastique mais nécessaire, estime l'échevin de la Mobilité, qui ajoute que la marge de manœuvre des communes "reste assez réduite".
La gouvernance de la mobilité actuelle exige un dialogue direct avec les intermédiaires numériques qui influencent, à grande échelle, le choix des itinéraires."
Mettre Google autour de la table
Pour résoudre ce problème structurel, Paul Belleflamme, l'auteur de l'étude "Cela vaut-il vraiment le détour ? Les conséquences déroutantes des navigateurs", estime qu'il faut mettre en place une collaboration accrue entre navigateurs et autorités publiques. "La gouvernance de la mobilité actuelle exige un dialogue direct avec les intermédiaires numériques qui influencent, à grande échelle, le choix des itinéraires. Cela pourrait impliquer la prise en compte des contraintes imposées par les autorités publiques, le plafonnement des flux transitant par des axes sensibles, ou encore l'optimisation du trafic selon des indicateurs systémiques et transparents qui concilient efficacité, équité et impact environnemental".
La Région wallonne, avec son Centre Perex qui assure la surveillance du trafic en récoltant et traitant des informations en temps réel, s'est déjà engagée sur cette voie. En janvier, quand la commune de Seneffe a appris que les travaux allaient être prolongés de plusieurs mois, "on a tapé du poing sur la table de la Région en exigeant un certain nombre de mesures", se souvient Nicolas Dujardin. Les réponses ne se sont pas fait attendre. Un monitoring des flux a été mis en place et de nouveaux radars ont été installés tandis que la commune a intensifié sa communication avec le Centre Perex, lui signalant les difficultés et les perturbations auxquelles elle fait face. "L'idée est que ces signalements permettent de mieux diriger les applications de navigation avec lesquelles le Centre Perex est en contact. Mais l'impact est marginal", regrette-t-il.
Face à cela, la Région confirme le lancement d'une procédure officielle. Les différents exploitants routiers au niveau européen ont ainsi décidé d'adresser une lettre commune à Google, qui gère Waze, avec la volonté d'entamer des discussions pour résoudre ce problème structurel. "Cela s'est fait il y a quelques jours. On est vraiment au début de la procédure. L'objectif est de pouvoir mettre Google autour de la table", explique Sarah Pierre, porte-parole du SPW Mobilité et Infrastructures. Des pistes de collaboration pourraient être trouvées. In fine, la Région veut pouvoir suggérer aux applications de navigation les meilleurs itinéraires alternatifs lorsqu'une perturbation intervient sur la route.
