Marc Romainville défend le Pacte d'excellence: "Plus un tronc commun est long, plus le niveau général est élevé"
Professeur en pédagogie à l'université de Namur, et grand artisan du Pacte, Marc Romainville donne la réplique aux propos avancés par Wouter Duyck et Laurent Henquet, qui estiment que la situation en Wallonie va empirer à la suite de la réforme.
- Publié le 25-04-2018 à 20h16
- Mis à jour le 26-04-2018 à 13h20

Professeur en pédagogie à l'université de Namur, et grand artisan du Pacte, Marc Romainville donne la réplique aux propos avancés par Wouter Duyck et Laurent Henquet.
Pour vous, le tronc commun risque-t-il de freiner le développement cognitif des élèves ?
Non. En termes d'égalité d'abord, il y a un consensus important de la littérature et des recherches internationales pour dire que plus la formation commune est longue, plus les inégalités sociales face à l'école sont faibles. Le Pacte devrait donc permettre de gagner en égalité sociale. La deuxième question est de savoir si ce gain en termes d'égalité ne va pas se réaliser au détriment du développement cognitif des enfants. C'est l'éternelle crainte d'une baisse du niveau. Sur ce point, il y a un peu plus de discussions, mais la tendance générale des résultats est plutôt de répondre par la négative : plus la formation commune est longue, plus le niveau général est élevé. On le voit entre autres quand on analyse les résultats Pisa ou les systèmes scolaires en Pologne ou en Irlande du Nord. Mais il est vrai que, souvent, ce sont les moins favorisés qui profitent le plus de cette avancée, et que le groupe des "plus forts" stagne ou progresse peu. Néanmoins, si l'on a, à terme, une école plus juste, globalement plus efficace, et surtout où les moins performants ont progressé, alors je signe des deux mains.
Mais quelles sont les conditions pour qu'un tronc commun soit efficace ?
Sur ce point, ils ont raison de dire qu'il y en a. Parmi ces conditions, il faut éviter une hétérogénéité des classes trop importante en début de scolarité. L'enseignement maternel doit donc être largement fréquenté, et le Pacte fait en sorte que ce soit le cas. Une autre condition est que des moments de prise en charge des difficultés soient prévus. Le Pacte assure un minimum de deux heures. Ce n'est pas la panacée, mais cela existe. Une nouvelle formation des profs est nécessaire aussi.
Faut-il généraliser des tests cognitifs sur lesquels appuyer l'orientation des élèves ?
C'est une idée farfelue. Quand un petit de 11 ans s'exprime ou se projette dans l'avenir, il le fait évidemment à partir de ce qu'il connaît. Avec de tels tests, on va favoriser une prédétermination sociale qui sera épouvantable. Laissons aux petits l'occasion de se tester dans différentes choses et, sur cette base, laissons-les choisir l'orientation qui leur conviendra le mieux.
Pour Wouter Duyck, la réussite scolaire ne dépend qu'à 15 % de l'origine socio-économique de l'élève, et dépend davantage de sa motivation. Le suivez-vous ?
Des études de l'ULiège montrent que, chez nous, l'origine sociale joue fortement sur les parcours scolaires. Le chiffre de 15 % ne me semble pas réaliste. Par ailleurs, il a raison de dire que l'ambition qu'un prof a pour ses élèves influe beaucoup. Mais essayer que les profs puissent avoir de l'ambition pour tous les élèves, c'est ce que souhaite le Pacte avec le tronc commun.