Élections communales: pour jouer dans la cour des grands, Écolo devra conquérir les villes

- Publié le 19-09-2018 à 07h02
- Mis à jour le 21-09-2018 à 21h06

Il y a un an, Écolo organisait son université d'été en ville. À Liège. Il s'agissait d'un symbole : c'est dans la Cité ardente que la formation politique avait franchi un cap en montant pour la première fois de son histoire dans une majorité locale (de 1983 à 1988). C'était aux côtés des socialistes. Trente ans après la fin de cette expérience, les verts veulent profiter des élections locales d'octobre pour participer à la gestion des grandes villes. Et ils ne masquent pas leur objectif. Depuis 2006, ils siègent au collège communal à Namur mais ils ont de plus vastes appétits. À Bruxelles, par exemple, Benoît Hellings, député fédéral et tête de liste Écolo, a fait connaître au grand public sa volonté de devenir bourgmestre.
Le pouvoir et sa conquête
Pour Écolo, c'est une question de stratégie, de plan à long terme. Il faut poursuivre la métamorphose de l'ancien "parti des marguerites" (copyright Olivier Deleuze) en un appareil efficace destiné à conquérir le pouvoir et à le garder. Marquer de leur empreinte la gestion de grandes villes donnerait aux écologistes une image de gestionnaires sérieux. Ils ont d'ailleurs foi en leur capacité à changer les choses quand ils sont à la manœuvre. "Y a-t-il une ville en Wallonie qui a été autant transformée en termes urbanistiques, en termes d'aménagement du territoire, que Namur ? Cette ville a enfin une vision pour son territoire", claironnait dans La Libre le coprésident d'Écolo, Patrick Dupriez.
L'effet de notoriété
Voilà pour les questions d'image. Mais la participation aux exécutifs dans les grands centres urbains permettrait également à Écolo de faire émerger une série de personnalités politiques qui deviendraient alors autant de locomotives en vue des échéances électorales futures. "Lors des élections, il y a ce que l'on appelle l'effet de notoriété, décode un mandataire écologiste. Quand vous êtes bourgmestre, vous partez toujours avec quelques longueurs d'avance sur vos concurrents. Nous, on n'a pas ce type de personnages. Les campagnes sont donc toujours plus difficiles."
À ce sujet, une pratique politique qu'Écolo s'impose pourrait lui rendre la tâche plus complexe : le décumul des mandats. "Chez Écolo, on n'a pas de députés-bourgmestres, constate la même source. Le député-bourgmestre est la figure structurante du PS, par exemple. L'effet de notoriété de la fonction locale renforce celui de la fonction de parlementaire et vice-versa. Mais, voilà, on ne veut pas jouer à cela et on assume."
Écolo a du mal à sortir de ce paradoxe : les règles éthiques strictes qui ont cours en interne ne servent pas toujours l'envie décomplexée de réussite électorale. "Nous avons de l'ambition pour notre parti et nous ne nous satisferons jamais d'un score à 8 %", avait pourtant clamé Zakia Khattabi le jour même de sa nomination à la présidence du parti aux côtés de Patrick Dupriez (le 22 mars 2015).
Réussir le second tour
Malgré ce déficit en "machines" électorales, les sondages actuels sont bons. La percée tant attendue par les verts dans les agglomérations pourrait advenir le 14 octobre. Encore faudra-t-il réussir le second tour du scrutin, c'est-à-dire la phase de négociation avec les autres formations et la constitution d'alliances locales. À Écolo, on craint que PS et MR aient déjà cadenassé les grandes villes (et les provinces) par des préaccords de coalition à deux. À Liège et à Bruxelles, en particulier. "PS et MR ont un intérêt direct à éliminer à l'avance les partis pivot comme Écolo ou le CDH qui peuvent faire pencher les majorités vers l'un ou l'autre. En nouant des préaccords entre eux, les socialistes et les libéraux assurent tout simplement leurs positions respectives", s'inquiète un écologiste.
Écolo, le retour ?
Encore un enjeu pour Écolo aux élections locales, purement interne cette fois : la pertinence de la ligne proposée par la coprésidence, en place depuis bientôt quatre ans, sera également évaluée. Recentrage sur les thèmes fondamentaux (environnement, gouvernance), discours plus offensif dans les médias, ouverture aux classes populaires en fuyant les postures trop intellectualisantes… "Écolo est de retour", avait prophétisé Patrick Dupriez lors de sa désignation comme coprésident. Rendez-vous le 14 octobre prochain pour vérifier s'il avait vu juste.