Combien coûterait la gratuité des bus à Charleroi, que pourrait réclamer le PTB ?

- Publié le 18-10-2018 à 06h51
- Mis à jour le 18-10-2018 à 09h50

Une des propositions portées par le PTB pour monter dans une majorité communale concerne la gratuité du transport en commun.
À Charleroi, notamment, la délégation qui rencontrera Paul Magnette (PS) pourrait évoquer cette piste. Pour le bourgmestre carolo, ce genre de proposition est impayable.
Dans La Libre du 22 septembre 2018, le porte-parole du parti au niveau national détaillait brièvement la proposition. "Pourquoi Dunkerque, une ville industriellement sinistrée de 200 000 habitants comme Charleroi, sait le faire ? Il faut dire à l'opinion que la Wallonie finance déjà 80 % du prix du ticket de bus. Le débat porte sur le financement des 20 % restants. Avec la gratuité, on diminuerait les frais. Les machines, les contrôles, etc. À Hasselt, ils ont arrêté parce que la droite l'a décidé". Si on cherche à vérifier la véracité des propos de Raoul Hedebouw, que constate-t-on ?
1. Le bus gratuit à Dunkerque
La ville de Dunkerque propose la gratuité totale de son service de bus depuis le 1er septembre 2018, après une expérience pilote de trois ans. Durant cette période, le bus était gratuit seulement le week-end. La comparaison est raisonnable quant à la taille de la ville.
Dunkerque compte plus de 200 000 habitants, comme Charleroi. Signalons que le service de bus à Dunkerque dépend entièrement de la municipalité, contrairement à ce qui se passe en Wallonie (Tec) où il est géré au niveau régional (par l'OTW, Office de transport de Wallonie). Un quotidien français expliquait récemment que le budget total du service de bus coûtait annuellement 45 millions d'euros et qu'avant la gratuité, l'usager payait réellement 10 % du ticket.
Le reste étant financé par la collectivité. Il fallait donc trouver 4,5 millions d'euros chaque année pour financer la gratuité des transports publics à Dunkerque.
Pour ce faire, le maire, Patrice Vergriete, a renoncé à un projet de salle de sport de 10 000 places voulu par son prédécesseur. Il a déplacé différents moyens financiers et, surtout, il a levé une nouvelle taxe qui touche les entreprises. Elle rapporte 7 millions d'euros par an. Depuis la mise en place de la gratuité, on constaterait une baisse de 60 % des incivilités dans les bus de Dunkerque.
La volonté de la municipalité est de doubler à terme le nombre d'usagers. Actuellement, 5 % de la population utilise les transports en commun. Le maire de la ville, qui avait promis cette gratuité durant sa campagne électorale, entend, par cette initiative, redonner du pouvoir d'achat à ses concitoyens, les attirer vers les commerces du centre-ville, diminuer l'exclusion sociale et réduire la pollution liée aux nombreuses voitures qui circulent dans sa ville.
2. Le prix du ticket
Lorsque Raoul Hedebouw affirme que seuls 20 % du prix du ticket devront être financés par la Ville de Charleroi pour garantir des bus gratuits, il est un peu en deçà de la réalité. Renseignements pris auprès de l'OTW - qui chapeaute les différentes sociétés de transport Tec - on apprend que le financement nécessaire serait de 27 % du prix actuel du billet.
Pour financer le bus gratuit à Charleroi, en se basant sur les chiffres fournis par l'OTW et qui concernent l'ensemble du territoire wallon, on peut considérer qu'un montant de 8,5 millions par an serait nécessaire. Pour l'ensemble de la Wallonie, le chiffre total est de 59 millions d'euros par an, soit 39 euros par ménage.
3. Le bus gratuit à Hasselt
Entre 1997 et 2013, la Ville de Hasselt (Limbourg) a, sous l'impulsion de Steve Stevaert (SP.A), rendu les bus gratuits. En 2013, la majorité SP.A-CD&V (et pas des partis de droite, comme le prétend Raoul Hedebouw) a décidé de supprimer la gratuité, sauf pour les jeunes, les seniors et les personnes handicapées. La raison ? Le coût de l'opération qui allait en s'accroissant.
4. L'avis de l'OTW
À l'OTW, Stéphane Thiery, directeur de la communication et du marketing, ne croit pas à cette solution : "Partout en Europe où une telle mesure a été prise, cela s'est soldé par un échec. Et je dois dire que revenir en arrière n'est jamais simple. Par ailleurs, on voit aussi que le rapport entre l'usager et l'opérateur change lorsque le bus devient gratuit. Enfin, techniquement, il y aurait certaines contraintes, nous devrions, par exemple, mettre en place une nouvelle manière de surveiller le flux. Enfin, la situation à Charleroi est particulière puisqu'il y a aussi un métro", explique-t-il.