Les discussions entre le PS et la N-VA ont fait bouger les lignes chez les socialistes
Les discussions entre PS et NV-A cet été sont allées loin. Au PS, certains considèrent désormais qu'on est peut-être passé à côté d'un bon accord.

- Publié le 04-09-2020 à 06h30
- Mis à jour le 04-09-2020 à 17h44

L'intense rapprochement de cet été entre le PS et la N-VA était-il sincère ? Était-ce, comme certains l'affirment, un exercice factice visant à démontrer au CD&V qu'un accord entre les deux était impossible ou bien une tentative sincère d'aboutir à la formation d'un gouvernement fédéral ? Renseignements pris, on a envie d'écrire, les deux, mon général. Pour être plus précis, la première impulsion ne s'est pas faite sans arrière-pensée concernant la seconde et au final, la direction du PS a vu son avis évoluer.
Coincé par ses exclusives de campagne électorale, le président du PS Paul Magnette a pris un risque en acceptant une mission conjointe avec Bart De Wever, son homologue de la N-VA. Il était hanté par le traitement réservé à l'ancien président du MR, Charles Michel qui après avoir déclaré que la N-VA avait des "relents racistes", avait accepté d'embarquer à bord de la suédoise comme seul parti francophone en 2014 et, une fois Premier ministre, avait dû déclarer qu'il s'était trompé sur les nationalistes.
Cet été, Paul Magnette et ceux qui l'ont entouré durant les tractations ont eu la confirmation de ce qu'ils savaient déjà : Bart de Wever est une pointure intellectuelle. Mais l'homme fort des nationalistes est aussi un expert en phrases assassines. On se souviendra de sa déclaration après la première tentative de Magnette de mettre en place un arc-en-ciel : "Il faudra beaucoup de dentifrice flamand pour se laver la bouche."
Voyant l'opportunité d'enfin parvenir à accélérer le tempo autonomiste en discutant enfin sérieusement avec le PS, Bart De Wever était sans doute prêt à se montrer généreux et à céder plusieurs choses essentielles pour les francophones. On évoque par exemple une révision de la clé de répartition des moyens financiers de la SNCB aujourd'hui favorable à la Flandre.
Mais pour les socialistes, négocier avec la N-VA s'apparentait à marcher sur le fil du rasoir. Accepter le principe d'une réforme institutionnelle solide en échange de mesures économiques et sociales fortes, sans pour autant donner le sentiment d'avoir mis sur pied un confédéralisme désavantageux pour le sud du pays était un exercice difficile. Avec cette idée lancinante que c'était peut-être le dernier bon moment pour arriver à obtenir de larges concessions flamandes.
Une chambre constituante
Avec aussi cette certitude que pour réformer l'État belge, il faut que la Chambre soit constituante, ce qu'elle est mais aucun article permettant une grande réforme de l'état n'a été ouvert à révision à la fin de la précédente législature. Au PS, on se disait même que s'engager dans la voie d'une réforme institutionnelle qui ne pourrait vraiment advenir qu'après des élections incertaines et des discussions bien préparées avec un projet francophone était plutôt sécurisant. Parce qu'en échange, les mesures socio-économiques qui seraient prises le seraient immédiatement.
Cette petite musique trotte encore dans la tête de certains dirigeants socialistes. D'autant plus que lors de la première tentative de s'unir à la N-VA, en début de crise Covid, la base socialiste s'était manifestée avec fureur. Magnette avait reculé. Lors de la seconde, nous dit-on, elle s'est nettement moins manifestée. Précisons quand même que c'était les vacances.
Pas facile de négocier avec l'Open VLD
Le PS est-il en train, d'opérer une mue ? Disons que les limites internes du parti sont en train de bouger. Sans doute pas jusqu'au point de prôner une scission du pays à la tchécoslovaque. Mais elles bougent. Et si l'opposition à une alliance avec les nationalistes flamands reste forte chez les socialistes bruxellois et certains Liégeois, l'état-major du PS sait que discuter avec l'Open VLD sera sans doute plus âpre qu'avec la N-VA quand il faudra aborder les grands dossiers socio-économiques.
La raison, par contre, qui empêche les plus régionalistes des socialistes de croire à une ambitieuse réforme de l'État qui les contenterait autant que les nationalistes flamands réside dans le positionnement du MR. Alors que par le passé, quelques libéraux criaient haut et fort qu'ils étaient régionalistes, depuis l'accession à la présidence du parti de Georges-Louis Bouchez, l'heure est plutôt aux déclarations d'amour belgicaines. Et il faut bien admettre aussi que dissensions apparues ces dernières semaines entre les libéraux francophones et la N-VA n'arrangent rien.