Theo Francken: "Ce n'est pas normal sur le plan démocratique que je ne sois pas ministre"
Pour Theo Francken, le CD&V "sera la 5e roue du carrosse" d'un gouvernement "sans légitimité démocratique".

- Publié le 10-09-2020 à 08h42
- Mis à jour le 10-09-2020 à 10h28

La N-VA ne montera vraisemblablement pas au gouvernement fédéral. Theo Francken ne sera pas ministre. Nous avons rencontré l'ex-secrétaire d'État à la Migration à Durbuy, où il a ses habitudes. Le n°2 officieux de la N-VA entend mener la vie dure au gouvernement Vivaldi.
La formation du gouvernement, bien que compliquée, devrait aller au bout cette fois.
"Il n'y a pas encore de gouvernement… Mais c'est une erreur historique de ne pas faire un accord PS/N-VA, sur le socio-économique, la migration et la sécurité, mais aussi le communautaire. Je l'ai dit pendant 14 mois. On nous a diabolisés. Finalement, M. Magnette a compris qu'il était nécessaire de faire cet accord et a fait un grand pas en avant."
Qu'y avait-il dans cet accord ?
"On protégeait l'économie et les entrepreneurs, avec une baisse d'impôts. Mais sans nier le signal social du 26 mai 2019, surtout côté francophone."
Et ça se matérialisait comment ?
"L'augmentation de la pension pour les carrières complètes à 1.500 €, via l'enveloppe bien-être."
Qu'aviez-vous obtenu sur le plan communautaire ?
"Une défédéralisation de la santé, de la justice, de la police. Pour rendre l'appareil plus efficace pour le futur. On parle des neuf ministres de la Santé. Mais en Flandre, il n'y en a que deux : Maggie De Block et Wouter Beke. Les autres, c'est côté francophone. Vous devez résoudre vos problèmes."
Qu'est-ce qui vous a manqué pour cet accord ?
"M. Prévot a été très clair. C'est la famille libérale qui a fait capoter le deal. Egbert Lachaert est devenu président de l'Open VLD en faisant campagne contre le gouvernement arc-en-ciel. Là, il va probablement être le père de ce gouvernement. Quelle ironie… Un virage pareil, on ne voit cela qu'en Ardennes !"
Cela a bloqué sur le communautaire.
"Et sur les postes. Il n'y aurait eu qu'un ministre VLD, ce n'était pas assez pour eux. Ici encore, on parle postes, postes, postes… Pour savoir si Wilmès sera Première ministre ou non. On parle peu du fond."
Avant l'échec des négociations PS-N-VA, Bart De Wever a humilié le MR dans une déclaration, soit le seul parti favorable jusque-là à la N-VA. Une erreur ?
"Bart De Wever est un homme d'État. Il a tout fait pour avoir un accord. Il n'y a rien à lui reprocher."
La N-VA martèle que le gouvernement Vivaldi est mauvais pour la Flandre. Pourquoi ?
"Nous sommes dans une énorme crise sanitaire qui nous a conduits à une crise économique qui ne cesse de s'aggraver. Il sera nécessaire d'avoir une légitimité démocratique côté flamand, où se trouve le gros de l'économie. On est sur une pente glissante. Il y a un gros problème de légitimité démocratique."
Le gouvernement Michel était minoritaire côté francophone. Il y avait aussi un problème de légitimité démocratique.
"Oui. Mais il y avait déjà une minorité flamande sous Di Rupo. C'est la 3e fois. Ce pays aura été gouverné sans majorité flamande pendant 12 des 16 dernières années. La N-VA a gagné en 2014, et le MR a perdu en 2019. En Flandre, on dit : un âne ne se cogne pas deux fois à la même pierre."
Pourquoi cela ne pourrait-il pas fonctionner, concrètement ?
"Il faut prendre des mesures nécessaires et difficiles sur le budget, pour notre économie. Sans légitimité démocratique en Flandre, ce sera invendable. Je vois déjà que Georges-Louis Bouchez se bagarre sur Twitter avec les préformateurs pour savoir s'il faut faire des réunions online ou non. Même ça, c'est un point de divergence… Pensez que pendant 4 ans ça va coller entre le PS, Ecolo, une gauche quasi communiste et les libéraux… La colle entre ces sept partis va être le 'positivisme'. Mon Dieu, quel originalité! Je crains que ce soit une colle trop faible dans cette situation. Ce n'est d'ailleurs pas de la colle, c'est une couche de vernis. Il est préférable d'avoir de nouvelles élections qu'un tel gouvernement qui nie totalement les résultats des scrutins en Flandre. Les Flamands ont donné un signal de droite et ils reçoivent un gouvernement de gauche. Mais je suis très positif pour le futur, pour 2024 (prochaines élections.) On mènera une opposition intelligente."
Le CD&V se tire-t-il une balle dans le pied ?
"Ils seront la 5e roue du carrosse. Il y aura 7 partis, 7 vice-Premiers ministres au Kern. C'était déjà hyper difficile à 4. Qu'ont-ils à gagner ?."
Vous ne serez pas ministre. C'est un regret ?
"C'est ma 20e année à la rue de La Loi. Ce n'est pas normal sur le plan démocratique que je ne sois pas ministre. Je suis le député qui a le plus de voix sur les 150 que compte la Chambre.."