Geen commentaar: la Belgique à 4 régions a ses adeptes en Flandre

- Publié le 26-12-2020 à 18h54

André Alen a été ce qu'on peut appeler un serviteur de l'État. Un serviteur de l'État CVP surtout - l'histoire politique de la Belgique a montré que c'était loin d'être incompatible. C'était aussi une sommité en droit public. C'est d'ailleurs toujours une sommité en droit public. Mais il ne mettra désormais plus son savoir juridique au service de l'État. Ayant atteint l'âge de 70 ans, André Alen ne peut plus siéger à la Cour constitutionnelle, où il a été nommé en 2001 et dont il était le président néerlandophone. Comme il avait déjà atteint, en 2015, l'éméritat à l'Université de Gand et à celle de Louvain, où il a enseigné, il ne se montrera plus très souvent sur la scène médiatique.
Il ne s'y est de toute façon jamais exposé très souvent. André Alen, c'est plutôt un homme de l'ombre. Il rejoint le CVP - qui deviendra le CD&V en 2001 - dès 1974. Il est tout de suite bombardé expert en réforme institutionnelle. En 1978, il devient secrétaire du Cepess, le puissant service d'études du parti social-chrétien. Mais il est rapidement aspiré dans le tourbillon du travail de cabinet. Il travaillera tout à tour pour le Premier ministre Wilfried Martens, le Premier ministre Mark Eyskens, le ministre des Réformes institutionnelles Jean-Luc Dehaene, puis encore pour le Premier Wilfried Martens. Il a marqué de son empreinte la deuxième puis la troisième réforme de l'État - celle qui a fait émerger la Région bruxelloise des limbes d'où on pensait qu'elle ne sortirait jamais.
C'est aussi à André Alen que la Belgique doit la solution juridique qui a permis, en avril 1990, au roi Baudouin de refuser de signer la loi dépénalisant l'avortement tout en évitant une crise de régime.
Cet homme qui a suivi de près les mutations successives de l'État, qui y a même contribué étroitement, semble s'être libéré face aux journalistes de Knack qui ont réalisé son interview de sortie de charge.
Dans cet entretien, il a reconnu que la structure de l'État qu'il a contribué à édifier ne fonctionne plus. "Un acteur de premier plan m'a avoué qu'il n'y avait pas, en Belgique, plus de 10 personnes qui comprennent comment les compétences des soins de santé ont été réparties."
La Belgique à 4 entités
Mais le plus surprenant était encore à venir. Pour lui, l'architecture qui permettra de rendre au système institutionnel belge une meilleure lisibilité, c'est la Belgique à 4 composantes : Flandre, Wallonie, Bruxelles et cantons de l'Est. Que ce modèle ait été vanté il y a quelques jours par le président du PS, Paul Magnette, cela n'est guère surprenant. Qu'il le soit par un constitutionnaliste flamand, de surcroît fidèle du CD&V, cela l'est nettement plus - Johan Vande Lanotte, constitutionnaliste lui aussi, le prône depuis 10 ans, mais il est socialiste.
Les démocrates-chrétiens flamands - tout comme la N-VA - sont en effet attachés à l'idée que les Bruxellois doivent choisir de lier leur destin à la Communauté flamande ou à son homologue francophone. Ce qui permettrait aux deux grandes communautés du pays de garder un pied dans la capitale belge. Pour André Alen, ce modèle qu'il a probablement porté au cours d'innombrables négociations est la source même de la complexité de l'architecture institutionnelle belge. Ce point de vue, jusqu'à il y a peu iconoclaste en Flandre, serait-il en train de faire son chemin au nord du pays ? Cette question va se poser durablement jusqu'en 2024, date annoncée de la prochaine grande réforme de l'État.