Élu local et fonctionnaire, un cumul presque sport national dans certaines communes wallonnes (CARTES)
Dans les communes qui gravitent autour des anciens bassins industriels (Liège, Mons et Charleroi), la fonction publique fournit nombre d'élus locaux.

- Publié le 13-06-2021 à 17h34
- Mis à jour le 14-06-2021 à 07h20

Lorsque l'on s'intéresse de près à un(e) élu(e), le premier réflexe est de se précipiter sur le site Cumuleo.be, qui reprend et traite les déclarations de mandats de tous ceux qui, dans le pays, sont contraints par cette obligation légale.
Chaque année, lorsque la déclaration est publiée de manière officielle par la Cour des comptes, la presse écrite se livre à un exercice visant à mettre en évidence les champions du cumul (rémunéré ou non). Cette transparence a permis, au fil des ans, de constater une baisse significative du nombre de mandats par personne, même s'il reste encore quelques spécialistes en la matière. Dans ces listes de mandats, on retrouve aussi les professions des élus, lorsqu'ils ou elles en exercent encore une.
"Saint-Nicolas est socialiste"
Récemment, la RTBF diffusait un documentaire de notre confrère David Leloup, intitulé Saint-Nicolas est socialiste. On y assiste à la lutte âpre de deux conseillers communaux d'opposition face à la machine électorale socialiste locale. On apprend aussi que la candidate bourgmestre pour le PS, Valérie Maes, qui gagnera l'élection en 2018 et prendra donc le maïorat, est également secrétaire dans une intercommunale de la région, la Finimo.
Dans le film, il apparaît que, au moment où débute la campagne électorale, Valérie Maes est en congé maladie. Pourtant, preuve à l'appui, l'un des conseillers communaux démontre que, le premier jour où elle est sous certificat médical, la candidate participe à un souper dans le cadre de la campagne. De là à dire qu'elle abuse de sa position dans un organisme public pour mener campagne, il y a un pas que nous n'oserons pas franchir, mais la question se pose. Dans le film, jamais la future bourgmestre n'a pu justifier clairement cette situation.
Consanguinité politique
Nous nous sommes donc demandé quelles étaient les occupations professionnelles des bourgmestres et échevins en Wallonie. En aucun cas il ne s'agit de réaliser une étude scientifique.
L'analyse porte sur les communes ceinturant les trois grandes villes au cœur d'anciens bassins industriels (Liège, Charleroi et Mons). Des communes où, à l'instar de Saint-Nicolas, la domination politique du PS est ancienne et encore très présente, même si le parti n'y est plus forcément en majorité absolue. À titre de comparaison, l'analyse porte aussi sur les communes de ces sous-régions dirigées par d'autres majorités.
Le constat est sans appel. Dans la plupart des communes sondées, un grand nombre de bourgmestres et d'échevins ont été ou sont encore employés dans le secteur public. L'idée n'est pas d'interdire à des élus locaux de travailler ou d'avoir travaillé dans le secteur public. Mais cette dépendance interpelle.
Il n'existe sans doute pas un système établi visant à tenir les leviers de différents outils ; néanmoins, cette interconnexion, à laquelle il faut ajouter les autres mandats exercés par ces élus, donne le sentiment d'une consanguinité politique qui peut jeter une suspicion désagréable autour des mandataires, surtout lorsqu'ils ou elles n'ont rien à se reprocher.
Cet exercice est donc partiel et mériterait peut-être une enquête plus large sur l'ensemble des communes de Wallonie.
Le Borinage, une terre de fonctionnaires
Frameries est une commune où cinq des sept mandataires du collège ont, ou ont eu, un pied dans la fonction publique. Le bourgmestre, Jean-Marc Dupont, était, jusqu'en 2013, chargé de mission pour la Province de Hainaut. On pointera aussi Julien Donfut, président du CPAS, conseiller d'un député provincial et collaborateur du ministre wallon Christophe Collignon. À Colfontaine, le bourgmestre, Luciano D'Antonio, est courtier en assurances, mais au moins trois de ses édiles (sur six) sont liés à la fonction publique.
À Quaregnon, le bourgmestre, Damien Jenart, est délégué commercial, mais trois échevins sur cinq sont fonctionnaires. Une échevine travaille pour Mons expo. À Saint-Ghislain, le bourgmestre, Daniel Olivier, est retraité d'une haute école provinciale. Ils sont cinq sur sept à travailler dans la fonction publique. Ils sont trois à être liés à la Province du Hainaut.
Directeur général et ancien bourgmestre
À Dour, le bourgmestre, Carlo Di Antonio (CDH), est un ancien ministre - il travaille dans le privé - et trois échevins (CDH) sur six sont fonctionnaires, tous dans l'enseignement. À Jurbise, c'est la députée-bourgmestre et ancienne ministre fédérale Jacqueline Galant (MR) qui dirige la commune. Trois de ses échevins sur six sont issus de la fonction publique.
À Boussu, le bourgmestre, Jean-Claude Debiève, est retraité (sans précision) et quatre échevins sur six viennent de la fonction publique (SPF Pension, SNCB, enseignement et CPAS). Le directeur général de la commune, Philippe Bouchez, est un ancien bourgmestre socialiste de Seneffe. Il fut également conseiller au groupe PS du Parlement wallon.
À Hensies, Éric Thiébaut est bourgmestre et député fédéral, mais aussi agent provincial, tout comme l'une de ses échevines. À Honelles, où la majorité est CDH, le bourgmestre, Mathieu Lemiez, est enseignant, tout comme l'une de ses échevines. Un échevin travaille pour Ores et un autre est fonctionnaire à l'Inasti. À Lens, Isabelle Galant, la bourgmestre MR (sœur de Jacqueline), est fonctionnaire, tout comme un de ses échevins (MR), au SPF Pension. À Quévy, la bourgmestre PS, Florence Lecompte, est technicienne en laboratoire, mais ses trois échevins MR viennent du public (Tec, SNCB et directeur général d'une commune).
Enfin, à Quiévrain, la bourgmestre MR, Véronique Damée, est employée communale à Jurbise et deux autres échevins (MR) sont fonctionnaire (enseignement et SPF Affaires étrangères).

Autour de Charleroi, presque un sport national
À Fontaine-l'Évêque (trois sur sept), l'actuel bourgmestre, Gianni Galluzzo, est fonctionnaire à l'Aviq (Agence wallonne pour une vie de qualité), tout comme son échevin Philippe D'Hollander, qui y est directeur.
À Châtelet, on compte deux ou trois personnes passées par la fonction publique (certaines déclarations de mandats ne sont pas claires). À Fleurus, le bourgmestre, Loïc D'Haeyer, travaille pour l'intercommunale ISPPC, une échevine est employée à l'ONE, un échevin est pensionné de l'Office national des pensions et un échevin (Défi) est informaticien dans un organisme d'intérêt public. Ils sont quatre sur sept.
À Chapelle-lez-Herlaimont, ils sont cinq sur sept au sein du collège à avoir un lien avec un organisme public, mais pas le bourgmestre, qui travaille dans le privé. Les autres sont employés au CPAS de Mons, conseiller au Forem, retraité du SPW, fonctionnaire à la Province de Hainaut ou employée à la Wallonne du logement.
À Morlanwez, ils sont six sur sept, dont plusieurs sont actifs à la Province du Hainaut. À Seneffe, où la majorité n'est plus socialiste depuis 2012, on trouve trois personnes passées par la fonction publique, dont deux MR et un Écolo. À Manage, le bourgmestre, Bruno Pozzoni, était employé, mais sa déclaration de mandats ne précise pas où. À ses côtés, deux élus viennent de la fonction publique. À Pont-à-Celles, ils sont trois sur sept. Enfin dans les communes de Montigny-le-Tilleul, Gerpinnes et Ham-sur-Heure/Nalinnes, les bourgmestres sont kiné (Marie-Hélène Knoops, MR), architecte à la retraite (Philippe Busine, CDH) et chef d'entreprise (Yves Binon, MR). Dans ces trois communes, sur 21 bourgmestres et échevins, sept sont passées par la fonction publique ou y sont toujours.
À Aiseau et Farciennes, 10 sur 14
À Aiseau-Presles (majorité PS-MR), ils sont quatre sur sept. Le bourgmestre, Jean Fersini, vient de l'Awex (Agence wallonne aux exportations), un échevin vient du SPF Finances, un autre travaille à la Ville de Charleroi et un dernier pour la commune de Farciennes. À Farciennes, justement, ils sont aussi cinq sur sept (tous PS). Le député-bourgmestre, Hugues Bayet, a travaillé dans des cabinets ministériels. Parmi les échevins, on trouve notamment un employé de la Ville de Charleroi et une gestionnaire administrative de la commune d'Aiseau.
À Courcelles, qui n'est plus PS depuis 2012, on trouve trois édiles, dont la bourgmestre, Caroline Taquin (MR), venant de la fonction publique. Enfin aux Bons Villers, ils sont deux sur six, dont le bourgmestre, Mathieu Perin (CDH), qui vient du SPW et qui fut chef de cabinet d'un ministre CDH.

La Province de Liège est un employeur très prisé
Dans la banlieue liégeoise, il y a Ans, la commune où Stéphane Moreau (Nethys) et Michel Daerden furent bourgmestres PS. Leur successeur, Grégory Philippin, en plus de sa charge maïorale, est renseigné comme receveur régional au SPW. Walter Herben, ancien proche de "Papa", est échevin. Auparavant, il fit une longue carrière de directeur général de la commune. Trois autres échevins travaillent ou ont travaillé dans un organisme public. Sur les huit membres du collège, ils sont cinq en tout.
À Saint-Nicolas, la bourgmestre, Valérie Maes, est secrétaire dans une intercommunale. Son premier échevin, Jérôme Avril, fils de l'ancien bourgmestre Patrick Avril, est employé au Tec Liège-Verviers. Quatre membres du collège sur sept travaillent pour un organisme public. À Seraing, le bourgmestre, Francis Bekaert, est un ancien pharmacien. Par contre, cinq de ses échevins (sur huit) sont passés à un moment ou à un autre dans le public. Citons, par exemple, l'échevine Laura Crapanzano, qui est aussi première attachée de la cellule supracommunalité de la province de Liège.
À Herstal, ils sont quatre ou cinq sur huit - certains mandats déclarés ne sont pas très précis - et le bourgmestre faisant fonction (il remplace Frédéric Daerden devenu ministre à la Fédération Wallonie-Bruxelles), Jean-Louis Lefèbvre, est employé chez Resa. On trouve aussi une échevine employée comme bibliothécaire pour la commune d'Ans et un fonctionnaire de la Province de Liège.
La province de Liège
À Grâce-Hollogne, ils sont seulement deux sur sept, dont le bourgmestre, Maurice Mottard (ancien député wallon), qui est retraité du SPF Pension. À Beyne-Heusay, ils sont trois sur six, dont le bourgmestre, Didier Henrottin, qui est directeur en chef à la Ville de Liège. À Awans, ils sont deux sur six. Le bourgmestre, Thibaud Smolders, est avocat.
À Fléron, on ne trouve qu'un fonctionnaire sur les sept membres du collège et il n'est pas socialiste, il est MR. Enfin, à Juprelle, où la bourgmestre CDH (Christine Servaes) est gérante de société, à part une ancienne enseignante, on ne trouve pas de fonctionnaire. Parmi les employeurs ou anciens employeurs de ces élus, on retrouve un grand nombre de structures liées à la province de Liège - la Province elle-même, l'intercommunale Resa, Voo (Nethys), des hautes écoles, le Forem, l'office des pensions ou encore d'autres communes.
