Comment éviter de nouvelles inondations en Belgique ? "Il faut sortir de l'idée qu'il faut dompter la nature"
Céline Tellier (Écolo) est ministre de l'Environnement en Région wallonne. Elle revient de Slovénie, où une réunion des ministres de l'Environnement européens a, entre autres, abordé l'adaptation au changement climatique. Les inondations au centre de l'Europe étaient, bien sûr, sur toutes les lèvres.

- Publié le 22-07-2021 à 20h49
- Mis à jour le 23-07-2021 à 17h35

Les Pays-Bas ont été fort impactés par les inondations, mais ont pu éviter les morts. Les responsables expliquent qu'ils "laissent plus d'espace aux rivières". Un exemple à suivre ?
Tout à fait. Il faut sortir de l'idée qu'il faut dompter la nature. Même dans nos façons de nous adapter au changement climatique, il faudra tenir compte de cela. Il faut laisser la possibilité à l'eau de pouvoir prendre sa place, mais dans des zones évidemment dédiées et éviter que cela touche des zones urbanisées. C'est toute la réflexion qu'on a déjà lancée dans le cadre du plan de relance, autour de la reméandration des cours d'eau ou de la création de zones d'immersion temporaire. Celles-ci permettent à la rivière, en amont des zones urbanisées, de sortir de son lit. Et on voit que cela fonctionne sur le terrain. Par exemple, il y a une très grande zone d'immersion temporaire à Leuven, qui a fonctionné. La ville n'a pas été touchée par les inondations alors qu'à quelques kilomètres de là, Wavre a été touchée de façon très importante. On a des solutions qui existent. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura plus d'inondations mais on va essayer de se doter des moyens suffisants pourmettre toutes les chances de notre côté afin de réussir à réduire les risques. Et faire en sorte qu'en cas d'inondations, on n'ait pas de morts, ou le moins possible, et le moins possible de dégâts. C'est aussi l'une des leçons qu'il faut tirer : en matière climatique, le coût de l'inaction - le coût humain, psychologique, financier est catastrophique aujourd'hui ! - est bien plus important que le coût de l'action. Qui est en fait un investissement en faveur d'une résilience plus importante et de notre capacité à éviter ce genre de crises à l'avenir.

Qu'entendez-vous exactement par reméandration ?
C'est renaturer les berges, recréer des méandres. Dans le passé, on a considéré qu'il fallait faire couler l'eau le plus vite possible en canalisant les rivières et retirant les méandres. C'est l'approche qui veut dompter la nature.On réalise à présent qu'il faut au contraire ralentir les rivières pour éviter que, lors d'une inondation, le débit s'accentue et inonde en aval une zone urbanisée. […] Pour cette reméandration et les zones d'immersion, complémentaires, on a prévu 19 millions d'euros dans le plan de relance actuel. Ce sera très certainement insuffisant par rapport à l'ampleur de ce qui est à faire aujourd'hui. On a d'autres projets dans le plan de relance qui mériteront aussi une amplification. Mon message, c'est oui, reconstruisons mais en nous adaptant, pour que ces millions ou milliards ne soient pas jetés parce que, dans dix ans, on revit la même situation. C'est clair que l'on devra repenser ce plan de relance et faire des choix pour dégager des moyens pour le plan de reconstruction. Mais pour moi, les deux sont liés.
Quid de l'aménagement du territoire, en particulier en zone inondable ? Faut-il des avis contraignants de la Région ?
À mon sens- je vous laisser interroger le ministre de l'Aménagement du territoire -, il y a deux éléments en aménagement du territoire : la prévention avec la réduction de l'artificialisation des sols, pour laisser l'eau percoler. On sait que le gouvernement wallon s'est engagé à mettre en œuvre le "stop béton". C'est un travail sur les permis d'urbanisme donnés, éviter l'étalement de l'habitat… En deux, il y a la problématique des zones inondables. Aujourd'hui, les services de la Région remettent un avis indicatif aux communes en précisant l'aléa d'inondation et en conseillant ou déconseillant la construction. Certaines communes ne suivent pas les avis. J'espère que ces événements vont sensibiliser les bourgmestres à être beaucoup plus stricts en matière de construction dans les zones inondables. Mais on sait qu'ici, des quartiers qui n'étaient pas en zones d'aléas inondations ont été touchés. C'est pour cela qu'il faut aussi travailler sur les autres leviers. Rendre l'avis régional contraignant ?C'est une des choses que nous sommes en train d'évaluer maintenant. C'est une chose que nous étudions mais ce serait précipité de me positionner là-dessus aujourd'hui.
On sait aussi que les modes de production agricole ont une influence sur la qualité et la perméabilité des sols. On a prévu dans le plan de relance dix millions d'euros pour soutenir les agriculteurs vers une agriculture plus extensive. Il y a aussi tout le volet végétalisation dans les centres urbains et ailleurs. C'est une manière de lutter contre l'érosion des sols. Il y a 62, 5 millions d'euros pour cela. Sans oublier nos projets de plantations d'arbres qui permettent de réduire les fuites d'eau et de sol entraînés par les inondations.