Céline Tellier, ministre wallonne de l'Environnement, revient sur les inondations: "On ne peut pas dompter la nature"
La ministre wallonne de l'Environnement Céline Tellier (Ecolo) répond à nos questions sur les inondations.
- Publié le 23-08-2021 à 11h47
- Mis à jour le 25-08-2021 à 21h15

Nous sommes un peu plus d'un mois après les inondations qui ont frappé la Wallonie. Que reste-il encore à faire sur le terrain pour réparer les dégâts ?
"On en est encore au stade de la gestion de l'urgence. Il y a encore de l'aide à apporter pour reloger des personnes, leur fournir de l'aide alimentaire dans certains cas. On est aussi fortement mobilisés sur la question de la gestion des déchets et de la pollution liée aux hydrocarbures. Il y a aussi toute la question des cours d'eau : comment les dégager ? Au début de la crise, on a dégagé des marchés publics pour faire en sorte que l'eau puisse continuer à circuler."
Peut-on déjà mesurer l'impact des inondations sur la biodiversité et l'environnement ?
"Au niveau de la biodiversité, on n'a pas encore la possibilité de le chiffrer. On a demandé aux services de l'administration d'estimer les dégâts, notamment au niveau des cours d'eau et aussi pour tout ce qui concerne la pollution aux hydrocarbures. On a par contre des estimations plus précises concernant les déchets. On estime qu'il y en a à peu près 155 000 tonnes aujourd'hui. Pour vous donner une idée, ça équivaut presque à la quantité de déchets amenés chaque année par les Wallons dans les recyparks au niveau des encombrants."
Comment la région compte-t-elle s'y prendre pour gérer ces déchets ?
"Forcément, ces 155 000 tonnes ne vont pas être traitées du jour au lendemain parce qu'on veut trouver le meilleur équilibre entre la préservation de l'environnement et celle des riverains et la question de la rapidité, si on ne veut pas partir pour des années de traitement des déchets."
Le rôle des politiques est aussi d'anticiper ce genre d'événement. Que comptez-vous mettre en place pour éviter qu'un événement de ce type fasse à nouveau autant de victimes et de dégâts ?
"C'est une drôle de période puisqu'on assiste au même moment à deux manifestations claires des changements climatiques : les inondations en Allemagne et en Belgique et de l'autre côté, des feux de forêt en Grèce, en Turquie et en France maintenant. Il y a aussi eu il y a quelques semaines le dôme de chaleur au Canada. Mon ambition est de pouvoir anticiper toutes les problématiques d'adaptation au changement climatique dans tous les milieux qui nous concernent : l'eau, la forêt et les milieux urbains. Il y a notamment tout ce qui est plantation de haies, d'arbres. Il y a d'autres mesures qui font partie du plan de relance, notamment la reméandrisation des cours d'eau. Auparavant, on avait tendance à vouloir canaliser les cours d'eau pour que les flux aillent le plus vite possible de l'amont vers l'aval. nous devons faire l'inverse ; ralentir l'eau en créant des méandres. En freinant l'eau, on obtient des débits moins importants. On va aussi créer des zones d'immersion temporaire, qui permettent à l'eau de sortir de son lit avant les zones urbanisées. L'idée c'est de se dire qu'au lieu de dompter la nature, on essaye de lui donner plus de place et de s'adapter à son mode de fonctionnement. Il y a plusieurs projets qui existent. Je ne dis pas que ces éléments vont être la solution miracle mais les changements climatiques sont là donc on doit partir du principe que des inondations vont encore se produire. Par contre, on doit réduire le risque et faire en sorte de se prendre le mur à 60 kilomètres par heure au lieu de 120."

"Il y a des jours où je perds un peu espoir"
Céline Tellier ne cache pas son inquiétude face aux rapports du GIEC.
Comment faites-vous pour rester optimiste face à des nouvelles inquiétantes comme le dernier rapport du GIEC ?
"Je ne suis pas tous les jours optimiste. Je suis un être humain comme tout le monde. Il y a donc des jours où je perds un peu espoir. Mais les projets que je mène, avec mon équipe, me permettent d'être dans l'action, d'essayer d'amener des solutions face à ces changements climatiques et cette crise de la biodiversité. Ça donne du sens au travail. Mais c'est sûr qu'on préférerait qu'il n'y ait pas de catastrophe de ce genre."
La Belgique a rejoint fin juillet la Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples. Qu'est-ce que ça implique pour la Wallonie ?
"On veut que la Belgique puisse retrouver une place au niveau international sur l'enjeu de la biodiversité. L'idée de la coalition est de pousser l'Europe à adopter une politique plus ambitieuse en matière de biodiversité. C'est un peu l'équivalent pour la biodiversité de la COP pour le climat. On va devoir définir en Chine des objectifs jusqu'en 2030. C'est essentiel car sans nature, il n'y a pas de vie sur terre. Ce que vous avez dans votre assiette, l'air que vous respirez, l'eau que vous buvez, tout ça est offert par la nature. Par ailleurs, des études montrent qu'en ayant une biodiversité plus riche, on s'adapte mieux aux changements climatiques. C'est évident mais on a tendance à l'oublier : climat et biodiversité sont liés."

