Retournements, suspense, petits secrets… Fin de la saga libérale à la Cour constitutionnelle : ce sera Kattrin Jadin

Après plusieurs rebondissements internes, le MR va proposer son nom.

Retournements, suspense, petits secrets… Fin de la saga libérale à la Cour constitutionnelle : ce sera Kattrin Jadin
©Photo News

Retournements, suspense, petits secrets… Ce feuilleton made in MR avait tout pour plaire. L'intrigue est désormais dénouée. Plutôt que Jean-Luc Crucke, plutôt que Philippe Goffin, c'est la députée Kattrin Jadin, 41 ans, qui deviendra juge à la Cour constitutionnelle sur le quota libéral.

Cette information, dévoilée mercredi dans la matinée par La Libre, a été confirmée l'après-midi lors d'une conférence de presse au siège du parti. Dans les prochaines semaines, elle remplacera Jean-Paul Moerman (un ex-parlementaire libéral), qui y siège depuis 2001. Cette année, il atteindra l'âge de 70 ans et sera admis à l'éméritat.

Germanophone et quadrilingue, Kattrin Jadin a démarré sa carrière politique en 2006 en devenant conseillère communale à Eupen. Elle devient membre de la Chambre des représentants après les élections de 2007. Judokate d'élite, elle a fait partie de l'équipe nationale belge pendant plusieurs années.

Piques de Zakia Khattabi

La Chambre doit encore approuver cette candidature du MR par un vote aux deux tiers des voix. En principe, il ne s'agit que d'une formalité. Seule l'ancienne coprésidente d'Écolo, Zakia Khattabi, avait vécu une farouche opposition contre son nom (en particulier, de la N-VA et du Vlaams Belang) qui l'avait conduite à renoncer en 2020 à devenir juge.

Parmi les arguments utilisés à l'époque contre Zakia Khattabi, le fait qu'elle ne soit pas juriste revenait très régulièrement. Il ne s'agissait pourtant pas d'une exigence légale conditionnant l'accès à la haute juridiction. Bien qu'elle ait passé ses candidatures en droit, Kattrin Jadin n'est pas juriste non plus (elle est licenciée en science politique).

Mercredi, l'ancienne patronne des verts francophones n'a pas manqué de dénoncer sur Twitter ce qu'elle perçoit comme une injustice. On aurait exigé davantage d'elle pour mieux la contrer. "Le privilège des biens nés…", a-t-elle publiquement déploré sur les réseaux sociaux.

Lors de la conférence de presse au MR, Georges-Louis Bouchez a répondu à ces critiques en dénonçant "la victimisation permanente" de l'écologiste. "Zakia Khattabi n'avait pas de licence juridique, mais pas de candidature non plus. Donc notre candidate est déjà un peu plus juriste que Mme Khattabi", a déclaré le leader libéral.

Ce dernier a également rappelé qu'il ne s'était pas opposé à la candidature de Zakia Khattabi en raison de son absence de diplôme en droit mais en raison de l'insistance d'Écolo à pousser son nom malgré une forte hostilité politique (venue essentiellement de Flandre). Par contre, off the record, certains ténors du MR soulignaient auprès des journalistes le "problème" que posait le fait que l'ancienne coprésidente d'Écolo n'était pas juriste. On les entend moins désormais…

Mais passons. Kattrin Jadin espérait obtenir les fonctions de juge à la Cour constitutionnelle. Ce mandat lui est toutefois offert par son parti à la suite d'un concours de circonstances. Pour rappel, Jean-Luc Crucke, qui avait démissionné du gouvernement wallon, avait accepté de finir sa carrière à la Cour. Le départ de ce contestataire arrangeait Georges-Louis Bouchez, qui le neutralisait politiquement.

Politiquement proche de Bouchez

Ce plan a échoué. La semaine dernière, Jean-Luc Crucke a pris son président de court en annonçant son come-back politique et sa volonté de créer un courant progressiste et environnementaliste au sein du MR. Georges-Louis Bouchez s'était alors tourné vers Philippe Goffin, député et ancien ministre fédéral. Celui qui est aussi bourgmestre de Crisnée a presque immédiatement rejeté cette proposition. Proche de Bouchez sur le plan idéologique, plutôt ancrée à droite, Kattrin Jadin était la suivante sur la short list présidentielle…

Effet domino lié au départ de Kattrin Jadin pour la Cour constitutionnelle : Mathieu Bihet, délégué général du MR, va retrouver les bancs du Parlement fédéral en remplacement de la future juge. Il pourra cumuler ce mandat avec ses fonctions d'échevin à Neupré (région liégeoise). Le MR doit désormais s'accorder sur le nom du futur délégué général. Encore une saga en vue ?

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