Une majorité alternative va-t-elle se constituer sur le nucléaire ? Un scénario explosif pour la Vivaldi
Sur papier, il y a une majorité pour aller au-delà de la prolongation de deux réacteurs nucléaires pendant 10 ans.Il faudrait se passer des écologistes et faire appel à des partis d'opposition.

- Publié le 16-09-2022 à 09h35
- Mis à jour le 16-09-2022 à 12h52

Au fédéral, certains se plaisent à imaginer un passage en force sur le nucléaire. Après l'invasion russe de l'Ukraine, les Européens ont compris à quels périls ils s'exposaient s'ils ne reprenaient pas de toute urgence leur indépendance énergétique. En Belgique, deux réacteurs ont été prolongés mais ce n'est pas assez, entend-on. Si la famille écologiste - l'un des piliers du gouvernement De Croo - ne voulait pas aller plus loin que le maintien en activité de Doel 4 et Tihange 3, il faudra aller chercher en dehors de la coalition les voix manquantes.
Le jeu de l'opposition
Naturellement, ces appels à une majorité alternative destinée à prolonger plus de deux réacteurs proviennent de l'opposition. La N-VA, Les Engagés… ont beau jeu de tester la cohésion de la coalition dont ils sont exclus. Même si plusieurs partis vivaldiens souhaitent aller beaucoup plus loin en faveur de l'atome (le MR, en particulier), chercher sur les bancs de l'opposition les appuis nécessaires à ce projet est une solution très, très théorique. Et dangereuse pour la stabilité de l'édifice vivaldien…
Imaginons qu'une prolongation de réacteurs supplémentaires soit faisable techniquement et que les libéraux et le CD&V (dans la majorité) s'associent à la N-VA, aux Engagés, à Défi et au Vlaams Belang pour forcer la main aux écologistes. Arithmétiquement, et à supposer qu'ils acceptent l'appui de l'extrême droite flamande, ces quelques partis disposeraient d'une majorité suffisante pour pousser plus loin le retour du nucléaire en Belgique. Politiquement, toutefois, il est probable que ce coup de canif dans la solidarité gouvernementale entraîne la chute de toute l'équipe dirigée par Alexander De Croo. Comment les verts pourraient-ils poursuivre l'aventure fédérale dans ces conditions ?


"Politique-fiction", répond Rajae Maouane
Interrogée à ce sujet, Rajae Maouane, la coprésidente d'Écolo, balaie d'un revers de la main cette hypothèse. " P our Écolo, il est plus qu'urgent et nécessaire de protéger les citoyennes et citoyens , explique-t-elle. Il faut également accélérer la transition, ce qui nous rendra indépendants énergétiquement. C'est cela qui nous mobilise et mobilise notre temps et notre énergie ; pas de faire de la politique-fiction. "
Prudence libérale
Parmi les autres partenaires de l'équipe fédérale, la prudence domine. Egbert Lachaert, le président de l'Open VLD, refuse de se prononcer sur la possibilité d'une majorité alternative sur le nucléaire. " Je ne réponds pas aux questions hypothétiques ", tranche-t-il. Bien entendu, le patron des libéraux flamands n'allait pas risquer de fragiliser le pouvoir du Premier ministre, qui est issu des rangs Open VLD.
Au MR, même modération. Georges-Louis Bouchez s'oppose depuis longtemps à l'abandon du nucléaire mais le président des réformateurs veut préserver l'actuelle coalition : " Une majorité alternative ? Non, on n'est pas là-dedans. Le MR veut trouver une solution dans le cadre de la Vivaldi mais j'appelle tout le monde à être raisonnable et à abandonner ses dogmes. On doit se donner les moyens de réussir. "
Le grand écart de Groen
L'histoire politique peut se révéler ironique. En 2017, Groen, alors dans l'opposition face au gouvernement Michel (MR, N-VA, CD&V, Open VLD), avait suggéré une majorité alternative afin de confirmer, par une résolution, la sortie totale du nucléaire en 2025. Les écologistes flamands tentaient de déstabiliser la majorité "suédoise" qui connaissait quelques hésitations dans le dossier. À l'époque, les quatre alliés de la coalition fédérale de centre-droit ne s'étaient pas laissés piéger par cette main malicieusement tendue par Groen.
Renversement des rôles : désormais, les verts sont au pouvoir et disposent du portefeuille de l'Énergie, placé en 2020 entre les mains de la ministre Tinne Van der Straeten. À ce titre, c'est Groen qui a dû opérer récemment un virage idéologique à 180 degrés et organiser la prolongation de deux réacteurs. Cette liste s'allongera-t-elle ? Cela se décidera au sein de la Vivaldi.


Loi de 2003 : calendrier de sortie du nucléaire
Réacteur de doel 3 : 1er octobre 2022.
Tihange 2 : 1er février 2023.
Doel 1 : 15 février 2025.
Tihange 1 : 1er octobre 2025.
Doel 2 : 1er décembre 2025.
Tihange 3 et Doel 4 : le gouvernement fédéral a décidé de prolonger de dix ans la durée de vie des réacteurs de Tihange 3 et Doel 4. Cette prolongation ne sera effective que si un accord entre Engie et le gouvernement intervient. Si tout se passe bien, Tihange 3 sera arrêté le 1er septembre 2025, et Doel 4 le 1er juillet 2025, et ensuite, en cas d'accord avec Engie, redémarrés fin 2026, pour une durée de dix ans.