À Bruxelles, le MR déploie sa stratégie pour conquérir l'électorat issu de la diversité
Sadik Koksal, député bruxellois, quitte Défi pour le MR. Ce transfert s'inscrit dans la tentative d'OPA du MR à Schaerbeek, mais aussi, et surtout, dans une stratégie visant à coller davantage à la réalité de la population bruxelloise.

- Publié le 30-06-2023 à 18h43
- Mis à jour le 01-07-2023 à 12h12

Le mercato politique est clairement ouvert, à moins d'un an des élections. Sadik Köksal, député bruxellois et conseiller communal à Schaerbeek a décidé de quitter Défi pour rejoindre le MR, annonce La Capitale.
Ce transfuge politique peut s'analyser sous deux angles, complémentaires.
D'une part, cela s'inscrit part dans une stratégie communale dans laquelle David Leisterh, président du MR bruxellois, fait de la cité des ânes une absolue priorité pour 2024. L'arrivée de Sadik Köksal est la première étape de la tentative d'OPA du MR sur la liste du bourgmestre en titre, Bernard Clerfayt. Elle renforce une liste libérale particulièrement squelettique (deux conseillers communaux), mais qui pourra compter en 2024 sur l'arrivée de la Schaerbeekoise Hadja Lahbib, pressentie pour pousser la liste communale. Le départ de Sadik Köksal déforce en outre encore davantage une majorité dont l'unité se délite.
Après Sadik Köksal, Sophie Querton
Le mercato n'est d'ailleurs pas clôturé à Schaerbeek, puisqu'il est pratiquement acquis que la présidente du CPAS, Sophie Querton (Liste du bourgmestre), rejoindra le MR pour les élections de 2024. "Si je continue la politique après 2024, la chance que je passe au MR est réelle, c'est même probable", nous indique l'intéressée.
Plus largement, l'arrivée de Sadik Köksal, élu d'origine turque qui a manifesté son hostilité au plan Good Move, s'inscrit dans une stratégie globale du MR qui souhaite renforcer son assise au sein des communautés d'origine immigrée.
Sadik Köksal" est quelqu'un de grande qualité et c'est aussi l'incarnation de la stratégie d'ouverture lancée par le MR bruxellois d'avoir aujourd'hui des élus beaucoup plus représentatifs de la population bruxelloise", a résumé Georges-Louis Bouchez dans Le Soir.
"Je ne me compare pas à une personnalité aussi brillante qu'Alexia Bertrand (secrétaire d'État fédérale au Budget, Open VLD). Mais il est clair que je vais toucher le même type d'électorat qu'elle. Le MR a déjà des élus comme moi", analyse Sophie Querton, présidente du CPAS de Schaerbeek. "C'est plus pressant pour le MR de recruter Sadik (Köksal) car ils n'ont presque pas d'élus et d'électeurs d'origine turque. Or, il y a dans cette communauté, qui se compose de beaucoup d'indépendants, un ras-le-bol, notamment vis-à-vis de la manière dont le PS court derrière le PTB. Il y a clairement une stratégie au MR une volonté de rendre les listes plus multiculturelles."
Cette stratégie s'est fortement accélérée avec l'accession de Georges-Louis Bouchez à la présidence du parti et de David Leisterh à la présidence de la Fédération bruxelloise, début 2020.
Elle s'est manifestée lorsque le député Bertin Mampaka, qui dispose d'un solide réseau au sein de la communauté d'origine congolaise, a quitté le CDH pour rejoindre le MR, en 2020, en même temps que la conseillère communale bruxelloise Mie-Jeanne Nyanga-Lumbala.
Ou lorsque la conseillère communale Zahour Loulaji, ancienne du… PTB, a rejoint les libéraux en avril 2022.
Sur le terrain, retourner les leaders d'opinion
Plus discrètement, les libéraux bruxellois s'emploient sur le terrain à retourner des leaders d'opinions issues de différentes communautés qui, jusque-là, adhéraient au Parti socialiste. Le pari des libéraux est simple : ces commerçants de Molenbeek, Schaerbeek, de la place Liedts ou du quartier Stalingrad, sont idéologiquement proches du MR et ils ne voteraient à gauche que parce que le MR ne s'est pas suffisamment investi dans ces quartiers.
Alors que le biotope de son prédécesseur Didier Reynders se trouvait davantage dans les communes vertes du sud-est de Bruxelles, David Leisterh vise clairement les communes du nord. Molenbeek, Koekelberg et Anderlecht étaient, il n'y a pas si longtemps, dirigées par le MR.
Au-delà de la communauté turque et congolaise, le MR s'emploie également à séduire la communauté d'origine marocaine. Amin El Boujdaini, conseiller communal MR à Anderlecht, joue un rôle clé au sein du parti pour lui ouvrir des portes.
C'est dans cette logique électorale qu'il faut analyser le très contesté voyage de quatre députés MR, dont David Leisterh, au Sahara occidental.
Cette stratégie n'est pas sans risque. Le MR pourrait se voir reprocher de verser dans le "communautarisme" et l'électoralisme ethnique qu'il reproche lui-même aux partis de gauche.
"Les transfuges, c'est très bien, cela renforce l'assise électorale. Mais le MR ne peut pas être une auberge espagnole", pointe Christophe Magdalijns. Le député Défi, dragué par le MR, ne se dit "pas encore mûr" pour arrêter son choix, tout en concédant qu'"avec Défi, le cordon est quasiment coupé".
Le MR ne peut pas être une auberge espagnole. Quand on recrute tout azimut, le risque est de le faire sans la cohérence politique qui doit l'accompagner".
"Quand on recrute tous azimuts, le risque est de le faire sans la cohérence politique qui doit l'accompagner", poursuit Christophe Magdalijns. "Sadik Köksal n'a pas par exemple pas voté l'interdiction d'étourdissement".
David Leisterh se dit bien conscient de cet écueil. "On nous a longtemps reproché d'avoir des listes qui ne reflétaient pas la normalité bruxelloise. Là, on s'ouvre et on reçoit les critiques… Mais notre projet, c'est l'inverse du communautarisme", assure le président du MR bruxellois. "Lors de chaque transfert ou ouverture du parti à un candidat, nos valeurs sont rappelées. Nous avons eu avec Sadik Köksal le débat sur la laïcité, l'abattage. Il connaît la position du parti et la respecte. Dans une série de quartiers assez large, la présence libérale n'était pas suffisante, voire inexistante. Moi, je me rends partout là où ne nous a pas assez vus. Et naturellement, cela a fait naître un intérêt chez certains élus et candidats".