La Wallonie abandonne son idée de mettre fin au nourrissage des sangliers. À quelques encablures des élections…
Le ministre Borsus fait marche arrière. Officiellement, il entend évaluer d'autres mesures de réduction des populations de sangliers avant d'aller plus loin.

- Publié le 20-01-2024 à 07h26

En juillet 2023, La Libre annonçait l'intention du ministre Willy Borsus (MR) qui a la chasse dans ses attributions, de mettre fin, de manière progressive, au nourrissage des sangliers. Quelques mois plus tard, à quelques encablures des élections, cette intention se heurte-t-elle à la réalité électorale prochaine ? La question mérite en tout cas d'être posée, puisque le ministre libéral a décidé de laisser tomber son projet d'arrêté.
"Du gibier nourri comme du bétail !"
Le nourrissage est présenté comme une bonne solution permettant d'attirer les sangliers dans un espace donné afin de les chasser plus facilement. In fine, cela permet de réduire la population beaucoup trop importante dans les forêts wallonnes. Deuxième raison : limiter les dégâts occasionnés par les sangliers dans les cultures. Mais la pratique a tendance à dévier et par endroits, le nourrissage permet d'attirer d'importantes populations de sangliers qui enrichiront un tableau de chasse. Le collectif Stop aux dérives de la chasse qui regroupe de très nombreuses associations dénonce d'ailleurs ce nourrissage alimenté par les "chasseurs, principalement à l'origine des surpopulations de ce gibier nourri comme du bétail !".
Tellier et Borsus se neutralisent
Dans la DPR du gouvernement wallon, celui-ci s'engageait à réduire "significativement la densité de sanglier, partout où elle trop importante", par le biais d'objectifs de tirs discutés avec les acteurs du secteur de la chasse. Une prolongation de la chasse en battue en janvier et février était ainsi mise au programme du gouvernement ainsi qu'une réduction progressive du nourrissage pendant les périodes de chasse. Au final, seul l'arrêté visant à entériner le principe de la destruction de sangliers par des objectifs de tir sera passé. Les deux autres arrêtés (prolongation des battues et interdiction de nourrissage) sont mis de côté, les ministres Borsus et Tellier (Écolo), sur deux lignes opposées sur le sujet, se sont neutralisés. L'une bloquant la prolongation des battues et l'autre son propre arrêté sur le nourrissage.
Officiellement, au cabinet Borsus, on nous dit qu'il faut "d'abord mesurer l'impact des nouvelles mesures". Ces nouvelles mesures liées à l'arrêté destruction permettront "de tirer la nuit en plaines, les battues de destruction, le piégeage ainsi que les tirs au départ de matériel agricole pendant les récoltes", insiste le cabinet. Au moment de l'évaluation, la majorité aura changé et tout sera à recommencer.
Via les communes
Il semble utile de préciser que la commune de Stoumont (province de Liège) a, depuis 2022, via un arrêté communal, mis fin au nourrissage en se basant sur la loi pour la conservation de la nature. Une décision qui n'avait pas plu au ministre Borsus. Il l'avait qualifiée "d'audacieuse" mais aussi "d'illégale" et avait marqué son "désaccord" auprès de la commune de Stoumont. Il évoquait, entre autres, son intention de mettre sur pied un plan visant à limiter le nourrissage. Un plan qui aujourd'hui, n'existe plus.
"Le monde de la chasse cristallise les passions et les réactions, dès lors qu'il faut tenir compte d'un ensemble de paramètres qui se montrent parfois antagonistes… Il est donc essentiel que le travail mené soit réfléchi et posé", écrivait-il en 2022 à la commune de Stoumont. L'abandon de son arrêté sur le nourrissage en est manifestement l'illustration.
Quant à Stoumont, le Conseil d'État a refusé de suspendre le règlement attaqué par des chasseurs. La commune attend désormais la décision du même Conseil d'État sur le recours en annulation du règlement. Si l'autorité administrative devait aller dans le sens de Stoumont, nul doute que d'autres communes interdiront elles aussi le nourrissage.