Près de 20 millions d'euros en 2 ans : à Bruxelles, le coûteux fléau des bonbonnes de gaz hilarant
Bruxelles Propreté est forcé de trier quotidiennement 250 tonnes de déchets pour éviter, parfois sans succès d'ailleurs, les explosions dans ses incinérateurs, à cause de la présence de ces bonbonnes inhalées à des fins récréatives. Cela représente un coût colossal.

- Publié le 24-01-2024 à 06h53

Les ballons de plastique qui s'élèvent dans le ciel de Bruxelles, et qu'aperçoivent parfois les fonctionnaires nichés dans les tours qui enserrent la gare du Nord, ont des airs presque poétiques.
L'explication est moins romantique. Il s'agit de ballons de protoxyde d'azote – dit gaz hilarant – consommé de manière récréative en tant que psychotrope, pour son effet euphorisant. Cette consommation a des conséquences néfastes pour l'espace public, en raison de la malpropreté qui en découle et de possibles comportements imprévisibles adopté par ceux qui y ont recours. Elle entraîne aussi de dommages collatéraux aux coûts colossaux pour les pouvoirs publics, et en particulier les services de Bruxelles Propreté (ABP).
"Le coût pour Bruxelles Propreté s'élève à 9 millions d'euros pour 2023. Et pour 2024, le gouvernement a doté l'agence de moyens supplémentaires à hauteur de 8 millions d'euros", nous indique le porte-parole d'Alain Maron (Écolo), ministre bruxellois en charge de la Propreté.
"La présence de ces bonbonnes s'est encore accrue depuis début 2024", note le ministre, dans une réponse parlementaire à la députée bruxelloise Els Rochette (Vooruit).
En pratique, les cartouches métalliques de ce gaz, utilisées notamment pour faire émulser la crème chantilly, sont transférées dans des ballons avant d'être inhalées. Ces contenants en acier d'un 1,5 à 3 kg échouent dans la rue, puis dans les poubelles publiques.
"Les bonbonnes se retrouvent ensuite dans nos incinérateurs et provoquent des explosions, qui entraînent à leur tour des casses dans ces incinérateurs. Cela nous impose de réparer ces casses et de mettre en place des dispositifs préventifs. Il y a aussi une perte des recettes liées à l'incinération, comme la vente d'électricité et de chaleur", reprend le cabinet d'Alain Maron.
Pour tenter d'éviter ces explosions, Bruxelles Propreté trie quotidiennement 250 tonnes de déchets issus de tournées identifiées comme à risques, soit 20 % du total traité chaque jour. Plus de 70 tonnes de bonbonnes ont ainsi été captées avant leur arrivée dans les fours au cours de l'année 2023.
Ces précautions ne suffisent toutefois pas à évacuer à 100 % le risque d'explosion, au vu des quantités astronomiques de bonbonnes qui colonisent les poubelles bruxelloises.
"Nous disposons d'une liste de coins à risques, à proximité de campus universitaires, dans le centre-ville, près de certains bars à chichas, ou encore à la gare du Nord".
"Nous disposons d'une liste de coins à risques, à proximité de campus universitaires, dans le centre-ville, près de certains bars à chichas, ou encore à la gare du Nord. Ces sacs sont détournés du trajet ordinaire et nos agents les fouillent manuellement. C'est très fastidieux. Un nouveau dispositif, qui fonctionne avec des bandes aimantées, est actuellement en test, souligne Adel Lassouli, porte-parole de Bruxelles Propreté. Quand une panne est constatée, cela nécessite de réduire la température de l'incinérateur pour effectuer la maintenance, avant de le relancer. L'opération peut prendre trois à quatre jours. Le coût de chaque panne atteint entre 150 000 et 175 000 euros."

Actuellement, une règle fédérale interdit la vente de protoxyde d'azote aux mineurs et des règles communales interdisent l'usage et la détention détournés de ce produit, mais les infractions doivent être constatées avec un flagrant délit. Les bourgmestres bruxellois, avec le soutien du ministre bruxellois Alain Maron, réclament une interdiction plus efficace de la vente de protoxyde d'azote dans certains commerces (magasins de nuit, librairie etc.) Pour les finances publiques bruxelloises, sans parler des questions de santé, l'enjeu est de taille.