Imam au parlement bruxellois : la prière, le péché et l'offrande
Un commentaire de François Mathieu

- Publié le 18-02-2024 à 14h30
- Mis à jour le 18-02-2024 à 15h24

Depuis des décennies, depuis les attentats de Bruxelles tout particulièrement, le débat sur la laïcité de l'Etat s'est enflammé. On l'a vu tout récemment encore lors des débats sur le port du voile dans l'administration... Nouvel épisode en date, cette vidéo montrant un imam récitant une prière depuis la tribune du Parlement bruxellois. Elle est évidemment choquante, puisqu'elle remet en cause le sacro-saint principe de la neutralité de l'Etat. Comme l'a fort bien dit Rachid Madrane, le président de l'assemblée bruxelloise, "le Parlement n'est pas le temple d'autre chose que de la démocratie". La neutralité de l'Etat est même l'un des piliers de notre démocratie, en ce sens qu'elle permet de garantir des droits et des libertés à chacun dans une société qui se veut pluraliste. Ce principe de base a été bafoué, peu importe la teneur du message véhiculée par cet imam pakistanais invité par un député socialiste, Hasan Koyuncu.
Chaque député, sans en prévenir le bureau du Parlement, peut organiser des visites. Le "temple", pour reprendre ce mot, doit rester ouvert à chaque citoyen. Mais l'invitation de cet imam, encore plus à quelques encablures des élections, jette un fameux doute sur la vision communautariste qu'elle laisse entrevoir. Le pluralisme ne doit pas être utilisé à des fins communautaristes, pratique détestable qui a refait débat lorsque la question des signes convictionnels a été remise sur la table fin de l'année dernière. Détestable parce qu'in fine, elle est en complète contradiction avec l'idée de pluralisme véhiculée par cette notion même de neutralité de l'Etat, qui garantit à chaque citoyen d'être traité de manière identique, quelles que soient notamment sa religion et sa couleur de peau... C'est, à chaque fois, une entorse au "vivre ensemble", dont le monde politique dit pourtant vouloir se prévaloir dès qu'il le peut. La vérité, c'est que cet activisme communautariste, au-delà d'être contraire aux principes de notre démocratie, fait encore plus le lit de l'extrême droite. Y compris parce que la récupération qui en est faite est parfois outrancière, voire incorrecte. Bref, ce sont encore une fois les seuls extrémistes qui se frottent les mains...