Les soucis de Bart De Wever
En Flandre, "on voit très bien qu'il se passe quelque chose du côté de la N-VA", confie Ivan De Vadder.

- Publié le 28-03-2024 à 12h02
- Mis à jour le 28-03-2024 à 14h17

Les derniers sondages n'ont pas dû rassurer les équipes de Bart De Wever. La N-VA voit encore l'écart se creuser avec son principal rival, le Vlaams Belang, dans le Grand Baromètre Ipsos-Le Soir-RTL Info-Het Laatste Nieuws-VTM. Avec 27,4% des intentions de vote, la formation d'extrême droite distancie les nationalistes flamands qui totalisent 20,4% des intentions en Flandre. De quoi se poser la question: que se passe-t-il avec la N-VA, qui a longtemps occupé la première place du classement ?
Un phénomène qui a commencé dès 2019
En réalité, cette perte de vitesse des nationalistes flamands ne date pas d'hier. "Cela fait des années que la N-VA perd du poids, de l'allure et la possibilité de peser politiquement", nous détaille le journaliste de la VRT, Ivan De Vadder. "Ça se remarque peut-être moins du côté francophone mais, au nord du pays, on voit très bien ce qui est en train de se passer avec le parti de Bart De Wever." Si la formation menée par le bourgmestre d'Anvers avait fini en tête en Flandre au scrutin de 2019, elle n'a pas tardé à être détrônée par le Vlaams Belang. "Dès le premier sondage qui a suivi les élections, le Vlaams Belang a pris la tête dans les intentions de vote", confirme l'expert politique. "Depuis lors, le parti de Tom Van Grieken n'a jamais cédé sa première place."
Pourtant, le président de la N-VA, lui, continue à être la personnalité préférée des Flamands. "Mais c'est la différence entre un parti et un homme politique. Bart De Wever est dominant. C'est dans sa personnalité. Il peut mener un débat comme personne d'autre. Mais ça ne veut pas dire que tout le monde vote pour sa formation politique", explique M. De Vadder.
Les tracas de Bart De Wever
La baisse de régime des nationalistes s'explique en grande partie par la montée en puissance de l'extrême droite au nord du pays. Le parti de Tom Van Grieken a su convaincre certains électeurs de la N-VA, que le projet nationaliste n'arrivait plus à rassembler. Comme le révèle le dernier sondage, 16% des personnes interrogées, qui ont indiqué vouloir voter pour le Vlaams Belang en 2024, avaient choisi la N-VA en 2019. Cela explique la prudence des nationalistes flamands quant à une possible alliance avec l'extrême droite: on ne dit ni oui ni non. Et on entretient encore et toujours le flou, histoire de ne pas froisser les électeurs qui voient plutôt d'un bon oeil un rapprochement avec le Vlaams Belang. Ou, à l'inverse, ceux qui y sont farouchement opposés. L'objectif: ne pas perdre davantage de plumes dans cette bataille, qui commencera réellement à l'issue du scrutin.
Mais un autre souci vient de la succession de Bart De Wever, qui dirige la formation nationaliste depuis 2004. "Il a commis une erreur, car il aurait dû se trouver un remplaçant", estime Ivan De Vadder. "Mais d'un autre côté, tout le monde dit qu'il est indispensable. S'il n'était pas là, le parti serait déjà scindé, avant même le pays. C'est lui qui unit les différentes fractions au sein de la N-VA."
Le président des nationalistes flamands a tout de même oeuvré à se trouver un successeur, mais sans succès. On pense notamment à Lorin Parys ou Valerie Van Peel, qui ont finalement tous les deux préféré quitter la scène politique. "Il s'est demandé plus d'une fois qui pourrait occuper ce rôle de président de la N-VA. Mais De Wever a tiré la conclusion qu'il était indispensable pour le parti et qu'il était mieux pour la N-VA qu'il reste. C'est un peu la quadrature du cercle", poursuit le journaliste politique de la VRT.
La N-VA va peut-être devoir revoir ses plans
La chute de la N-VA dans les sondages n'est pas sans conséquence. Le parti nationaliste pourrait être amené à revoir ses plans. La mise en place d'un accord historique avec le PS semble se compliquer. "La N-VA pourrait se retrouver en dessous du seuil de 20% en Flandre. Le PS flirte avec les 21% dans le dernier sondage. Les deux formations politiques ont le même problème: elles étaient dans le passé le parti dominant de leur côté du pays et, maintenant, il y en a d'autres. Même s'ils se mettent ensemble, ce ne sera jamais assez pour faire un accord", décrypte M. De Vadder. "Il faudra trouver un tas d'autres partis. Est-ce que tout le monde va accepter d'abord de gouverner, puis de faire un accord historique pour se séparer ? Selon moi, en ce moment, c'est très difficile, si pas impossible."
Les nationalistes flamands en Wallonie, une idée contre-productive ?
La semaine dernière, le parti de Bart De Wever a présenté sa tête de liste dans le Brabant wallon. Certains ne pensaient pas que la N-VA allait concrétiser son plan de s'installer au sud du pays et pourtant elle l'a fait. Et c'est Drieu Godefridi qui sera le porte-voix des nationalistes flamands en Wallonie. Mais, vu le recul de la N-VA au nord du pays, est-il est judicieux pour le parti de s'éparpiller davantage, plutôt que de se focaliser sur ses électeurs flamands ? Pour Ivan De Vadder, cette installation en Wallonie ne devrait pas affaiblir le parti de Bart De Wever. "Son objectif est de casser la Vivaldi. Or, s'il peut prendre quelques voix au MR, son but est réussi puisque les libéraux font partie de la Vivaldi. Et puis, si son objectif est d'embêter le président du MR, son coup est réussi vu la réaction de Georges-Louis Bouchez..."