Frédéric Daerden : "Il vaut mieux une majorité alternative au Parlement pour aider les étudiants qu'un blocage. Mais ce n'est pas un objectif en soi"
Pour le vice-Président PS du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fef a exprimé le scénario du pire en avançant que 70 000 étudiants sont menacés d'être éjectés de l'enseignement supérieur en septembre. Mais elle est dans son rôle, explique-t-il.

- Publié le 06-04-2024 à 07h04
- Mis à jour le 06-04-2024 à 07h06

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles se déchire sur la réforme du décret paysage. D'un côté, PS et Écolo se montrent sensibles aux arguments de la Fef (la Fédération des étudiants francophones) qui craint de voir de très nombreux étudiants être exclus de l'enseignement supérieur à l'issue de septembre. Une conséquence de la réforme du décret paysage voté par les partis de la majorité en 2021. Le MR, de l'autre côté, ne veut pas modifier cette réforme qu'il a portée, arguant qu'on ne sait pas combien d'étudiants seront concernés. Le vice-Président de l'exécutif, Frédéric Daerden (PS) espère trouver une solution dans les jours qui viennent.
Vous négociez entre partenaires du gouvernement, il y a une réunion des ministres jeudi matin. Toujours pas de fumée blanche ?
Non, pas de fumée blanche. Nous avons discuté et c'est une bonne chose. Pour la première fois, nous avons pu tenter de voir ce qu'il y avait moyen de faire. L'objectif du PS est de trouver une solution. Un blocage ne sert à rien ni à personne.
Parmi les solutions, envisagez-vous toujours le recours à une majorité alternative sans le MR ?
Si à un moment donné, il n'y a rien moyen de faire, il vaut mieux une majorité alternative pour aider les étudiants qu'un blocage total. Mais ce n'est pas un objectif en soi, c'est une des solutions possibles. Nous sommes dans une situation où on ne sait pas ce que les examens de juillet et de septembre vont donner. On ne sait pas quelles sont les conséquences précises de ce décret pour des étudiants, en termes de financabilité.
Mais alors pourquoi ne pas attendre les résultats des secondes sessions ?
On ne sait pas combien de temps va durer la période post-électorale, de formation d'un nouveau gouvernement. On risque d'être trop tard et d'avoir des étudiants qui subissent certains effets pervers du décret. Ne pourrait-on pas assurer pendant une année la finançabilité d'étudiants qui seraient en porte-à-faux par rapport au décret ?
Ce texte a été voté en 2021. Pourquoi ne pas avoir dénoncé ces effets pervers à ce moment-là ?
Nous avions des zones de doute. C'est d'ailleurs pourquoi nous nous sommes battus pour laisser dans le texte des éléments de tolérance pour étudiants. Et au fil du temps, on a constaté qu'un certain nombre d'étudiants risquent de se retrouver dans une situation d'échec. Personne au mois d'avril ne peut avoir la conviction de sa réussite ou de son échec. Nous sommes dans une période particulière avec des élections qui ne permettront pas une gestion optimale.
La situation aurait été différente s'il n'y avait pas d'élections en juin ?
Quand le gouvernement est de plein exercice, cela apporte une autre sérénité et le problème peut être pris plus facilement. Dans ce cas-ci, il vaut mieux l'anticiper. Ce que nous demandons, ce n'est pas un win for life, c'est juste d'éviter à un certain nombre d'étudiants d'être victimes d'un couperet.
Les chiffres avancés par la Fef qui dit que 70 000 étudiants sont concernés paraissent énormes. Quelle est la position du PS ?
Chacun joue son rôle. La Fef qui défend les intérêts des étudiants attire l'attention, en forçant peut-être un peu le risque, en faisant comme si tous les étudiants vont rater leurs examens. De mon côté j'espère que tout le monde va réussir, hein. Mais on sait que ce n'est pas comme ça. Quel sera le pourcentage d'échec et de réussite ? C'est impossible à dire. J'ai le sentiment que les chiffres avancés par la Fef sont une version particulièrement négative et je suis convaincu qu'on n'arrivera pas à ce taux d'échec. Mais on ne sait pas encore qui va réussir et qui va rater.
Le ministre-Président (MR), Pierre-Yves Jeholet dit la même chose pour justifier le fait de ne pas modifier le décret…
… il dit avec des nuances "Ne changeons pas le décret". Moi ce que je dis : "Ayons une année où on assure la finançabilité de tous les étudiants, une forme de moratoire, une année où on analyse la situation".
Le MR est-il intransigeant dans ce dossier ?
Je ne peux pas préjuger de leur attitude finale…
…Oui mais aujourd'hui ?
J'ai le sentiment qu'ils ont une position plus fermée que la nôtre, mais je continue à penser qu'il y a moyen de travailler ensemble pour les convaincre de mettre en place cette année de transition.
Pour le MR, il n'est pas normal de faire ses études en 8 ans, en traînant des examens à réussir depuis de longue année. C'est d'ailleurs cette situation qui a motivé la réforme. Vous ne partagez pas cet argument ?
L'objectif, c'est que ces jeunes puissent s'insérer dans la vie d'après, la vie professionnelle. On constate que pour y parvenir, c'est mieux d'avoir un diplôme que de ne pas l'avoir, même si on met un an de plus pour l'avoir. Il y a des gens qui ont eu des problèmes au démarrage pour des raisons diverses et variées et qui ont bien réussi dans leur vie professionnelle. Lorsqu'on dit que huit ans pour faire cinq ans de Master c'est trop, je ne suis pas d'accord.