Plus de 60 % des Flamands en faveur de la limitation des allocations de chômage dans le temps
Une telle mesure pourrait cependant avoir un effet contraire à celui souhaité estime l'économiste Philippe Defeyt.

- Publié le 27-04-2024 à 08h02

Parmi les propositions défendues par certains partis, on trouve la limitation des allocations de chômage à deux ans. Avec, il faut le préciser, une augmentation de montants octroyés pendant cette période. En Flandre, une large partie de la population (63 %) est favorable à cette mesure. Ils sont un peu moins nombreux en Wallonie (49,9 %) et à Bruxelles (47,5 %), selon le Baromètre la Libre-RTBF.
Et qu'en pensent les partis ? Le MR propose que cette limitation s'applique jusqu'à l'âge de 55 ans. Les Engagés sont aussi pour une limitation dans le temps des allocations de chômage, en assortissant la mesure de la garantie qu'un emploi soit proposé dans le secteur public ou associatif après deux ans de chômage. Les quatre autres partis francophones – le PS, Écolo, Défi et le PTB – sont opposés à cette limitation. Ils avancent qu'une telle mesure n'a aucun impact et estiment qu'il faut améliorer l'accompagnement des chômeurs vers le retour sur le marché de l'emploi.
Les partis flamands catalogués à gauche – Groen, Vooruit et le PTB/PVDA – sont aussi opposés à une limitation des allocations de chômage dans le temps. A contrario, les partis situés à droite ou au centre – le CD&V (mais après 3 ans), la N-VA, l'Open VLD et le Vlaams Belang – y sont favorables. Ils argumentent qu'un chômage illimité "compromet le caractère abordable de la sécurité sociale" et n'incite pas le demandeur d'emploi à retrouver du travail.

Quelque 141 000 chômeurs sont concernés
Pour l'économiste Philippe Defeyt (ancien co-président d'Écolo), cette proposition permettrait probablement à l'État fédéral de faire quelques économies. Il précise que "141 000 chômeurs (la moyenne annuelle de 2023) ont 2 ans ou plus de chômage au compteur. Contrairement à une intuition largement partagée, les hommes y sont majoritaires, soit 57 %". Toutes ces personnes ne se retrouveraient pas à la charge du CPAS. "Une personne exclue des allocations de chômage n'a en effet pas automatiquement droit au revenu d'intégration, explique Philippe Defeyt, ancien président du CPAS de Namur. Pour les cohabitants, cela dépend de la hauteur des revenus des autres membres du ménage. On peut estimer que plus ou moins 30 % des 141 000 personnes concernées n'auraient pas droit à un revenu d'intégration." Mais certaines personnes pourraient, même en changeant de statuts, se retrouver avec un revenu d'intégration sociale (RIS) plus élevé que leur ancienne allocation de chômage. Philippe Defeyt vise ceux qui "deviendront chef (fe) de ménage suite à la suppression de l'allocation de cohabitant".
L'économiste s'interroge sur l'efficacité d'une telle mesure. "Pense-t-on vraiment que les 46 000 chômeurs et chômeuses qui le sont depuis plus de 8 ans vont tout d'un coup retrouver un job ? Pense-t-on vraiment que les personnes, en particulier les parents seuls, qui, tous effets confondus, se retrouveront financièrement "aussi bien", voire "mieux" au CPAS seront plus facilement activés ? Pense-t-on vraiment que toutes les personnes concernées sont en capacité d'accéder à un métier dit en pénurie ? etc.". Des questions qui méritent en effet d'être posées.
Fiche technique
Cette enquête d'opinion a été réalisée par l'institut Kantar via un sondage en ligne du 8 au 18 avril auprès de 1004 électeurs habitants en Wallonie, 1016 électeurs habitants en Flandre et 807 électeurs habitants à Bruxelles ayant le droit de vote aux élections nationales de 2024. Leur représentativité a été pondérée en fonction de la population belge selon l'âge, le niveau d'éducation, le statut professionnel et la province. La marge d'erreur maximale est de 3,1 % en Wallonie et en Flandre et de 3,5 % à Bruxelles.