Bientôt éjecté du "16", son destin européen compromis : quelle sera la porte de sortie pour Alexander De Croo ?
Lorsque le gouvernement fédéral De Wever Ier sera mis en place, Alexander De Croo devra quitter ses fonctions de Premier ministre. Une dimension européenne pour la suite de sa carrière politique aurait été envisageable mais la débâcle électorale de son parti, l'Open VLD, ne va pas le servir.

- Publié le 21-06-2024 à 06h32

La Vivaldi… Alexander De Croo a dirigé cette majorité compliquée durant quatre ans. Et son parti, l'Open VLD, l'a payé dans les urnes. La déroute électorale des libéraux flamands a suscité un faisceau de conséquences politiques. Parmi les dommages collatéraux, la suite de la carrière d'Alexander De Croo s'en trouve hypothéquée.
Multilingue, très à l'aise dans les cénacles internationaux, disposant d'un épais carnet d'adresses, il aurait pu envisager un mandat européen après le 16, rue de la Loi. Fort de sa longue expérience de décideur public au plus haut niveau, la Commission européenne aurait pu être son havre naturel. Il se dit d'ailleurs qu'il envisageait cette porte de sortie très honorable et aurait noué des contacts avec Ursula von der Leyen à ce sujet. Si l'actuelle présidente de la Commission devait être reconduite dans ses fonctions, Alexander De Croo aurait aimé rejoindre son équipe.

Le "16" contre la Commission
Mais, donc, les élections du 9 juin ont réduit à néant ce scénario idéal. L'attribution du poste de Commissaire européen au niveau belge est, d'habitude, négociée au moment de la mise en place du gouvernement fédéral. Un équilibre entre les partis négociateurs est alors recherché à l'égard du poste de Premier ministre et du poste de Commissaire. En 2014, lors de la constitution de la coalition "suédoise", Charles Michel (MR) avait pu devenir Premier ministre parce que, au bout d'une éprouvante nuit de négociations, le CD&V avait souhaité obtenir le mandat de Commissaire.
Problème pour Alexander De Croo : cette fois-ci, l'Open VLD n'est pas convié à la table des négociations au fédéral… La future coalition "Arizona", recherchée par Bart De Wever, ne comprend pas les libéraux flamands. Si cette coalition voit le jour, les futurs partenaires ne se bousculeront pas pour offrir au futur ex-Premier ministre un destin européen. Si le MR, parti frère de l'Open VLD, avait la main pour la Commission, il est probable qu'il tentera plutôt d'y satelliser Sophie Wilmès. À moins que certains partis flamands souhaitent se débarrasser d'un adversaire très populaire en l'exilant à l'Europe, Alexander De Croo voit son avenir européen compromis.
Le futur super-diplomate européen ?
Autre possibilité qui, elle, ne dépend pas directement des palabres fédérales : le poste de Haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. La Première ministre estonienne, Kaja Kallas, est annoncée à cette place en vue qui fait partie des top jobs européens. Cette nomination n'obtiendrait toutefois pas les faveurs de Giorgia Meloni, la cheffe du gouvernement italien.
En cas de blocage durable, cela pourrait profiter à Alexander De Croo. Selon De Standaard, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz ont déjà sondé le Premier ministre belge afin de déterminer s'il pourrait être intéressé par le rôle de Haut représentant en cas d'échec de la piste "Kaja Kallas". Une démarche discrète qui, arrivée aux oreilles de la cheffe de l'exécutif estonien, lui aurait fortement déplu.
Las… En sursis, Alexander De Croo doit se contenter du 16, rue de la Loi, en tant que chef du gouvernement en affaires courantes, en attendant la constitution du prochain exécutif dont les libéraux flamands devraient être écartés.
Comme Al Gore ?
Puisqu'un avenir européen lui semble interdit, que pourrait-il faire ? Difficile pour un ancien Premier ministre de retourner sur les bancs de la Chambre en tant que simple député. Difficile d'incarner le renouveau dans un parti politique en déliquescence et qui va devoir se refonder. Alexander De Croo espérait poursuivre l'aventure au "16" - par exemple dans une Vivaldi II - mais l'arithmétique électorale en a décidé autrement.
Certains proches le verraient plutôt quitter la politique active et se lancer dans une carrière internationale sur le modèle d'Al Gore. L'ancien vice-Président des États-Unis, après avoir été battu par George W. Bush à la présidentielle de 2000, s'était investi dans la défense de l'environnement et la lutte contre le changement climatique. S'il devait suivre cette voie, Alexander De Croo pourrait, entre autres, épouser la cause des femmes. Un thème qui lui tient à cœur et sur lequel il a déjà écrit (Le siècle de la femme, éd. Luc Pire).