À Molenbeek, Catherine Moureaux est menacée de perdre son mayorat
La bourgmestre socialiste est prise en tenaille entre, à gauche, la montée en puissance du PTB et de Fouad Ahidar, et, à droite, la bonne forme du MR. À moins qu'elle ne s'allie au PTB pour former la première majorité PS-PTB de Belgique francophone ?

- Publié le 26-08-2024 à 07h15
- Mis à jour le 26-08-2024 à 14h51

Molenbeek, concentrée des dynamiques politiques en cours en Région bruxelloise, constituera l'un des enjeux centraux des élections communales du 13 octobre.
Les résultats du scrutin fédéral et régional du 9 juin ont donné une indication de l'évolution du rapport de force dans cette commune de 100 000 habitants, dirigée par une coalition PS-MR-Vooruit. La liste PTB/PVDA y a obtenu, au niveau fédéral, le meilleur score (26,23 %), devant le PS (25,52 %), le MR (12,56 %) et la Team Fouad Ahidar (12,37 %).
"Si on prend les 19 communes bruxelloises, on peut espérer prendre le mayorat à Forest, voire à Schaerbeek. Par contre, là où la probabilité que le PS perde le mayorat est la plus forte, c'est à Molenbeek, analyse une source socialiste locale. Nous avons sauvé les meubles à la Région et au fédéral car la figure de la bourgmestre Catherine Moureaux (PS) n'était pas présente. Mais la défiance de la population vis-à-vis de la majorité locale est de plus en plus forte. Le PTB ou le MR peuvent prendre le leadership à Molenbeek… "
Catherine Moureaux marginalisée au PS
La section du PS de Molenbeek est en proie à une guerre intestine entre le clan de la bourgmestre et celui du député Jamal Ikazban et d'Abdellah Achaoui, échevin de la Mobilité, avec qui Catherine Moureaux avait eu une altercation physique en novembre.

L'avis rendu par la commission de vigilance du PS, saisi par Catherine Moureaux, avait été relativement favorable à cette dernière. La commission avait relevé des incohérences dans les propos de l'échevin, sans pour autant appliquer de sanction effective.
L'affaire, toutefois, a laissé des traces. La bourgmestre a été en arrêt maladie durant près de trois mois. "Je suis la femme à abattre", avait-elle déclaré sur LN24, en janvier. La situation, depuis lors, ne s'est guère apaisée.
Le clan Ikazban
Les rangs socialistes sont souvent clairsemés lors des conseils communaux, qui se déroulent sous haute tension. Jamal Ikazban, deuxième score PS aux communales de 2018, n'y assiste plus depuis que Catherine Moureaux a obtenu qu'il soit démis de ses fonctions de chef de groupe. Celui qui s'était un temps profilé comme le successeur de l'ancien bourgmestre Philippe Moureaux (père de Catherine) ne figure pour l'instant même pas sur la liste communale PS-Vooruit. La dernière place, qui reste ouverte, pourrait toutefois lui revenir.
Pour ne rien arranger, Catherine Moureaux, marginalisée au sein de la Fédération bruxelloise du PS, entretient des relations difficiles avec son président Ahmed Laaouej.
Toutes ces difficultés internes risquent d'affaiblir la liste socialiste à Molenbeek, tandis que la concurrence est renforcée.
Il y a le MR qui compte surfer sur la dynamique positive des élections de juin, avec le duo formé par Gloria Garcia Fernandez et Michaël Vossaert, transfuge de Défi, tandis que l'ex-bourgmestre Françoise Schepmans pousse la liste.
Une tentative de liste PS-Ahidar
Il y a aussi la Team Fouad Ahidar qui chasse sur les terres socialistes et a cartonné à Molenbeek en juin. Les socialistes ont bien tenté de circonscrire sa progression en proposant une liste commune PS-Vooruit-Ahidar – Catherine Moureaux le confirme à La Libre – en vue des élections d'octobre.
"Mais ils nous proposaient la 4e place, donc un poste d'échevin, et cinq places au total sur la liste. Nous en voulions plus car nous avons déjà une vingtaine de candidats à Molenbeek, indique Fouad Ahidar à La Libre. Ce sera aussi sans Ahmed El Khannouss. Je l'apprécie, mais on a assez de candidats." L'ex-échevin, exclu des Engagés il y a deux ans, pourrait lui aussi grignoter des voix au PS.

Enfin, il y a la concurrence très étouffante du PTB, qui menace le leadership du PS (allié à Vooruit). Et préfigure une majorité PTB-PS ?
Catherine Moureaux, marxiste et PTB compatible
Catherine Moureaux, dont l'ADN politique est davantage marxiste que social démocrate, est sensible à la possibilité d'une convergence des gauches. Après sa victoire éclatante aux élections communales de 2018, elle avait entamé des négociations sans faux-semblant avec le PTB dans sa commune. Au point d'inquiéter le boulevard de l'Empereur, siège du PS… Les appels de Laurette Onkelinx, alors présidente de la Fédération bruxelloise du PS, étaient même restés sans réponse, nous dit-on.
Notre ambition de monter en majorité à Molenbeek en 2024 est sérieuse."
L'histoire n'est pas allée plus loin. Le PTB local, sous tutelle du parti national, a fini par se retirer des négociations à Molenbeek, comme à Charleroi, Herstal ou Seraing…
Six ans plus tard, la stratégie du PTB a évolué. Le parti ambitionne à présent de monter au pouvoir dans plusieurs communes. "Notre ambition de monter en majorité à Molenbeek en 2024 est sérieuse", nous assure Dirk De Block, chef de file du PTB local.
"Si le PS perd la première place, tout est remis en jeu", résume Emre Sumlu, conseiller communal Écolo.
À moins que la composition de l'attelage final ne soit décidée par les leaders régionaux du MR et du PS ?" Traditionnellement, des coalitions communales peuvent se négocier au niveau régional, mais cela n'implique pas du tout que la coalition qui verra le jour sera la même qu'à la Région, tempère un bourgmestre bruxellois. Les négociations se font souvent en liant le sort de communes entre elles. Cela dépend aussi fortement du relationnel entre politiques."
Au soir du 13 octobre, l'actualité politique molenbeekoise risque de valoir le détour…