Le formateur De Wever va effectuer un nouveau tour de piste mais avec des balises
Maxime Prévot, comme médiateur royal, a pu relancer la machine "Arizona". Bart De Wever redevient formateur et devra remettre un rapport au Roi dans trois semaines. Il reste toutefois beaucoup de travail…

- Publié le 02-09-2024 à 19h03
- Mis à jour le 02-09-2024 à 19h40
Maxime Prévot a réussi la mission que lui avait confiée le Roi : rabibocher les points de vue au sein de l'Arizona, la majorité fédérale (N-VA, MR, CD&V, Vooruit, Engagés) qui se dessine depuis les élections du 9 juin. Grâce à son sens relationnel et à de nombreux contacts discrets, le président des Engagés a permis au Palais de remettre Bart De Wever en selle, ce lundi. Le président de la N-VA va pouvoir poursuivre la formation du futur gouvernement dont il devrait prendre la tête comme Premier ministre. Le nationaliste flamand dispose de trois semaines avant de présenter au roi Philippe un nouveau rapport sur l'état des négociations fédérales.
Ce dénouement n'est pas une grande surprise. La démission de Bart De Wever, le 23 août, semblait relever davantage du contretemps que du début d'une grande crise politique. Malgré l'opposition entre les socialistes flamands et les libéraux francophones autour de la future réforme fiscale "arizonienne", il était clair que le souhait de tous les présidents de parti concernés était de continuer à discuter ensemble après un nécessaire apaisement. Vooruit et MR s'opposaient en particulier sur l'instauration d'une taxe sur les plus-values boursières, ce qui n'avait rien de vraiment étonnant idéologiquement.
Ce sera compliqué, mais…
Désormais, parmi les négociateurs, l'atmosphère est "respectueuse et bonne", comme l'a affirmé dimanche Samy Mahdi, le patron du CD&V. Ce n'est pas pour autant que la partie est gagnée. Bart De Wever a été prié par les autres formations de changer de méthode. Déjà en juillet, plusieurs sources fédérales s'inquiétaient du contenu des notes que leur soumettait le formateur. Ces documents partaient davantage du programme de la N-VA que d'une première proposition de consensus… Certains négociateurs fédéraux ressentaient la désagréable impression de devoir traquer en permanence des petites bombes disséminées dans les textes de De Wever.
Un exemple : La Libre avait pu révéler les velléités nationalistes visant à faire décoller les avions depuis Zaventem en les envoyant au-dessus du Palais de Laeken et de quartiers bruxellois afin de soulager les oreilles des habitants du Brabant flamand… Dans un dossier aussi sensible que le survol de la capitale, une telle légèreté ne pouvait que crisper. Dans les prochaines semaines, le formateur, pour son second tour de piste, devra chercher davantage le point de compromis dans les différents groupes de travail thématiques.
Revoir la "super note"
Par ailleurs, en matière socio-économique, Bart De Wever a été invité à remettre une fois de plus son ouvrage sur le métier. Concentrées dans une "super note", les mesures destinées à relancer le marché de l'emploi, à réformer la fiscalité, à équilibrer le budget vont devoir être revues afin de trouver un équilibre. Plus question que le nationaliste débarque soudain avec son projet de compromis : les chapitres de la future version de sa "super note" devront d'abord être discutés, un par un, dans les groupes de travail. Fini, la logique top down…
Si le parti de Conner Rousseau – Vooruit – a besoin d'un trophée politique à offrir à ses électeurs dans cette "Arizona" dont le cœur battra au centre-droit, le MR doit également y trouver son compte. Dans les coulisses, on entend des bruits plutôt encourageants : si les socialistes flamands et les libéraux francophones font chacun un petit pas dans la direction de l'autre, un accord sera à portée de la main. Y compris en matière de taxation des plus-values.
Pas d'accord avec les communales
Il reste toutefois du pain sur la planche… Dans les hautes sphères du pouvoir, on ne croit plus à la possibilité de mettre en place la nouvelle coalition avant les élections locales du 13 octobre. "Ce n'est pas impossible, mais ce serait vraiment surprenant", constate avec fatalisme un informateur haut placé. En effet, outre les accords à trouver en matière socio-économique, tout le reste du futur pacte de majorité doit être encore validé : Défense, migration, mobilité, police, justice… Et, surtout, la délicate question peu abordée jusqu'ici de la future réforme de l'État.