Formation flamande : "Cela ressemble à une guerre des tranchées qui pourrait être de longue haleine"
Les négociations entre les 3 partenaires de la future coalition en Flandre devraient reprendre jeudi. Le nouveau rejet de la note du formateur par le CD&V n'aura donc pas tout bloqué. Mais restaurer la confiance entre les partenaires ne sera pas facile, explique le politologue Peter Van Aelst (UAntwerpen).

- Publié le 11-09-2024 à 19h11
- Mis à jour le 11-09-2024 à 21h42

Quand la confiance est rompue, tout se complique. Mardi soir, on craignait le pire. Mais le blocage n'a duré que le temps d'une nuit. Ce mercredi midi, les contacts entre négociateurs flamands ont repris. Ce qui ne signifie pas que l'on est sorti de la crise. Il faut bien le reconnaître, la N-VA, très en colère, a du mal à digérer le "niet" de Sammy Mahdi, le président du CD&V, qui, la veille, avait recalé une nouvelle fois la note de synthèse rédigée par le formateur Mathias Diependaele (N-VA). Selon Peter Van Aelst, professeur en sciences politiques à l'université d'Anvers, il y a très peu de chances qu'un nouveau gouvernement flamand voie le jour avant les élections communales du 13 octobre.
Sammy Mahdi (CD&V) a rejeté la troisième note du formateur Mathias Diependaele (N-VA), cela vous a surpris ?
L'échéance du 13 octobre (les élections communales, NdlR) approche à grands pas et pèse manifestement sur les partis politiques, le CD&V n'y échappe pas. Au fédéral aussi, en août, les négociations ont calé parce que le document de Bart De Wever semblait trop porter les couleurs des nationalistes pour les autres partenaires. Depuis lors, la confiance entre N-VA, Vooruit et le CD&V a baissé sévèrement. Ces derniers se sont repliés sur leurs positions. Cela ressemble à une guerre des tranchées qui pourraient être de longue haleine.
Le président du CD&V n'a prévenu personne de sa sortie médiatique, mardi soir. Pourquoi avoir ainsi jeté de l'huile sur le feu ?
L'angoisse du CD&V est d'être enfermé dans le moule nationaliste. La N-VA met la barre très haut. Le CD&V, lui, veut tenter de contredire les électeurs qui lui reprochent d'être trop flou et trop mou sur les thématiques qu'il défend. Sammy Mahdi a fait le pari de renverser la vapeur. Il veut faire bouger les lignes. Sur des sujets chers au CD&V, il se montre désormais intraitable : les crèches, les soins aux aînés, l'accord azote où il défend les intérêts des agriculteurs, la vie à la campagne… Mais le CD&V n'a évidemment pas le monopole sur ces thématiques que l'on retrouve aussi chez Vooruit.
Pourquoi Conner Rousseau, le président de Vooruit, a-t-il été le premier à inviter les partenaires à reprendre les négociations ?
Vooruit veut aussi peser, mais à sa manière, sur les négociations en cours. En revanche, Conner Rousseau estime qu'étaler ses états d'âme dans les médias, y compris les médias sociaux, comme l'a fait Sammy Mahdi mardi soir, n'est pas une bonne façon de faire. Bien sûr, Vooruit n'est pas toujours sur la même longueur d'onde que la N-VA sur le plan du contenu. Mais sur la forme, Rousseau privilégie la discrétion plutôt que les sorties publiques pour exprimer son point de vue. La bonne entente entre Conner Rousseau et Bart De Wever y est sans doute aussi pour quelque chose aussi. Entre Sammy Mahdi et Bart De Wever, le courant passe en revanche mal.
Un gouvernement flamand avant les élections communales, est-ce réaliste ?
Je ne le pense pas. Mais en politique, on ne peut jamais rien n'exclure. Je dirai que les chances que l'on ait un gouvernement avant cette échéance électorale sont minces.
Alors que la Wallonie a son exécutif depuis un bout de temps déjà…
C'est un fait (rires). La Wallonie a ici une longueur d'avance sur la Flandre. Ce virage à droite de la Wallonie, c'est nouveau pour nous.