Pollution aux PFAS: la Wallonie va adopter "immédiatement" la norme européenne de 0,1 μg/l
Le gouvernement wallon a validé, jeudi matin, une note d'intention du ministre régional de la Santé et de l'Environnement, Yves Coppieters (Les Engagés), prévoyant notamment que la Wallonie adopte "immédiatement" - plutôt qu'au 1er janvier 2026 - la norme européenne de 0,1 ?g/l pour 20 PFAS dans les eaux de distribution.

- Publié le 26-09-2024 à 16h59
- Mis à jour le 26-09-2024 à 17h07

Un projet d'arrêté sera présenté au gouvernement en première lecture dans deux ou trois semaines, a précisé le ministre jeudi après-midi, au cours d'une conférence de presse.
"À ce jour, plus aucun dépassement de cette norme n'est constaté dans les eaux de distribution en Wallonie, grâce à un monitoring étendu sur l'ensemble des ressources en eau potable. Ce monitoring se poursuivra jusqu'en 2025, avec une surveillance accrue des zones à risque identifiées", a-t-il ajouté.
"En complément, une valeur cible supplémentaire de 4 ng/l pour les 4 PFAS les plus dangereux (notamment le PFOS et le PFOA) sera introduite d'ici 2028, conformément aux recommandations de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments", a poursuivi Yves Coppieters sans avancer d'échéance plus précise.
Parmi les autres mesures proposées par le ministre dans sa note - qui sera présentée aux parlementaires wallons mardi prochain en commission - figure aussi la mise en place de valeurs seuils temporaires pour les boues et les rejets des stations d'épuration.
"Les boues issues des stations d'épuration constituent un risque de contamination par les PFAS lorsqu'elles sont utilisées comme fertilisants en agriculture. Sur base d'une recommandation de l'administration, le gouvernement wallon a donc établi une valeur cible temporaire de 40 ?g/kg MS (masse solide) pour 6 PFAS dans les boues d'épuration", a détaillé Yves Coppieters.
La pertinence des seuils fixés sera évaluée si possible fin 2025 et au plus tard fin 2026. "L'idée n'est pas de stopper la filière mais de rejeter les boues qui ne rentrent pas dans les valeurs cibles. Celles-ci permettent d'éviter l'arrêt immédiat de la valorisation agricole des boues de nombreuses stations d'épuration et à la SPGE d'élaborer progressivement, et dans un délai raisonnable, des pistes alternatives durables pour la gestion des boues urbaines", a-t-il assuré.
Une campagne de caractérisation des rejets industriels sera par ailleurs lancée afin de mesurer la présence des 28 PFAS les plus préoccupants dans les rejets d'eaux usées industrielles. Cette campagne sera menée en collaboration avec les entreprises, selon un protocole défini, incluant des analyses régulières.
"L'objectif est de développer des valeurs limites d'émission pour les industries susceptibles de rejeter des PFAS, notamment dans les secteurs du traitement des déchets, de la chimie et de la métallurgie. En parallèle, une étude exploratoire sur les émissions atmosphériques de PFAS sera menée pour définir des normes de surveillance de l'air", a indiqué le ministre.
Selon ce dernier, la Wallonie s'engage en outre à défendre ses spécificités environnementales dans les discussions européennes sur la révision des directives concernant les boues d'épuration et les eaux souterraines.
Les mesures sanitaires ne sont pas non plus oubliées: les prélèvements sanguins dans les zones de Chièvres et de Ronquières sont relancés à la suite d'erreurs constatées dans les résultats d'analyses et le suivi médical et psychosocial sera renforcé pour les populations exposées. "Il y aura de la transparence dans la communication des résultats des biomonitorings", a promis Yves Coppieters à cet égard.
Les agriculteurs bénéficient quant à eux d'un biomonitoring spécifique se penchant sur une cinquantaine de molécules. Lancé en février 2024, soit avant la crise des PFAS, il est toujours en cours.
La Wallonie prévoit encore de travailler avec le gouvernement fédéral pour coordonner la surveillance des denrées alimentaires dans les zones potentiellement impactées par les PFAS.
Elle s'engage enfin à soutenir la recherche scientifique pour identifier des solutions durables aux problèmes posés par les PFAS, ce qui inclut la recherche sur les alternatives aux PFAS dans les processus industriels et agricoles, les techniques de réduction des rejets ou encore les voies de transfert de ces molécules dans l'environnement et vers les humains.
"Cette crise des PFAS prendra autant de temps que celle de l'amiante pour qu'on trouve des solutions. Mais, en adoptant une approche intégrée et proactive, reliant santé humaine, animale et environnementale, la Région se positionne comme un acteur majeur dans la lutte contre les polluants émergents", a conclu le ministre Coppieters.
