Négociations bruxelloises : face au blocage du PS, le MR étudie la piste d'une coalition avec Défi et Écolo
David Leisterh (MR), formateur francophone, a rencontré les responsables bruxellois de Défi et d'Écolo. Défi ne ferme pas la porte, moyennant certaines balises. Le MR s'emploie désormais à convaincre les verts francophones de rejoindre la majorité.

- Publié le 12-12-2024 à 16h46
- Mis à jour le 12-12-2024 à 21h53

Six mois après les élections du juin, la Région bruxelloise se cherche toujours un gouvernement bruxellois. Un tel blocage est inédit dans l'histoire de la capitale.
Les négociations pour former un gouvernement bruxellois sont à l'arrêt depuis qu'Ahmed Laaouej et le PS ont refusé d'entamer des discussions avec les partis flamands, et avec la N-VA en particulier. "Les conditions pour la participation aux négociations actuelles pour la formation d'un gouvernement bruxellois ne sont plus réunies", a annoncé début décembre Ahmed Laaouej, au sortir d'un bureau du PS.
Les relations entre le PS et le MR sont, depuis cette annonce, rompues. Au MR, la perspective d'un revirement du PS est jugée de plus en plus improbable.
Selon nos informations, David Leisterh a dès lors pris des contacts avec les responsables bruxellois d'Écolo et de Défi en vue de travailler sur une coalition alternative, composée du MR, des Engagés, d'Écolo et de Défi, sans le PS.
David Leisterh, Georges-Louis Bouchez, président du MR, et Christophe De Beukelaer, chef de file des Engagés à Bruxelles, ont rencontré Défi, puis Écolo, la semaine dernière, en vue de discuter de la perspective d'une coalition bruxelloise à quatre, côté francophone.
Défi ne ferme pas la porte
Selon les informations de la Libre, la porte de Défi n'est pas fermée à la perspective de monter dans une majorité bruxelloise, à condition que certaines balises soient soigneusement placées "dans l'intérêt des Bruxellois", nous confie une source interne. Pas question par exemple de fusionner les zones de police, comme le réclament les partis néerlandophones, ou d'avancer vers le confédéralisme.
Sophie Rohonyi, présidente de Défi, semble d'ailleurs soucieuse de sortir la Région bruxelloise de la crise budgétaire et politique qui lui pend au nez. Elle a envoyé mardi un mail aux présidents bruxellois du MR, du PS, des Engagés et d'Écolo les appelant à "prendre ensemble leurs responsabilités et à fixer le cap que suivra la Région bruxelloise pour les grands projets qu'elle doit proposer". L'objectif est clair : mettre tout le monde autour de la table et fixer, à l'instar de ce qu'on fait les partis néerlandophones, des lignes rouges sur les demandes francophones.
Numériquement, l'apport de Défi ne suffit toutefois pas à remplacer le PS pour former une majorité. Écolo serait nécessaire. Or, les verts campent pour l'heure sur leur position et se montrent nettement moins ouverts que les verts à la perspective de remplacer le PS.
La clé pour le MR : convaincre Écolo
Ce 4 décembre, Zakia Khattabi, députée bruxelloise, s'est prononcée contre la perspective de rejoindre la majorité bruxelloise, après une cinglante défaite électorale. "Remplacer le PS dans la formation du gouvernement, ce n'est pas à l'ordre du jour, avait-elle indiqué sur BX1. Je connais les velléités de la N-VA, ce n'est pas le premier choix. Notre premier choix est de respecter le choix des électeurs et de rester dans l'opposition. Je ne vois pas de scénario dans lequel Écolo négocierait une participation en majorité."
David Leisterh va désormais s'employer à tenter de convaincre les écologistes, et Zakia Khattabi en particulier, d'embarquer dans la majorité, au vu de l'urgence budgétaire régionale.
Écolo semble toutefois très réticent à participer à la prochaine majorité, souhaitant se reconstruire depuis l'opposition. Le sommet du parti est meurtri par la défaite électorale, et ne se juge pas légitime à rester au pouvoir. "Nous avons fait 8 % et on sait ce que ça signifie", nous indique un député écologiste.
"Écolo préfère l'opposition, mais il y aurait une certaine cohérence à ce que ce parti rejoigne Groen au gouvernement, pointe une source politique néerlandophone. Une frange du parti trouve aussi que le scotchage au PS, sous la précédente législature, ne leur a pas rapporté grand-chose…"
Ahmed Laaouej et le PS ont tout fait pour gagner les élections, avec des méthodes parfois limite durant la campagne. Et bien maintenant, qu'ils gouvernent, c'est leur responsabilité".
"Ahmed Laaouej et le PS ont tout fait pour gagner les élections, avec des méthodes parfois limites durant la campagne. Eh bien maintenant, qu'ils gouvernent, c'est leur responsabilité", ajoute une source Écolo.
Pour rappel, en Région Bruxelles Capitale, les négociations se déroulent séparément dans chaque groupe linguistique, et les partis francophones et néerlandophones se réunissent ensuite pour former ensemble un gouvernement bruxellois.
Un axe MR-PS-Engagés s'était dessiné quelques semaines après les élections, mais l'axe néerlandophone a mis de longs mois à se former. Fin novembre, les partis néerlandophones de Bruxelles se sont enfin entendus pour former une coalition à 4, composée de Groen, la N-VA, l'Open VLD et Vooruit.
Les socialistes se sont opposés à la perspective de gouverner la capitale avec la N-VA. Ils estiment qu'une coalition néerlandophone dans laquelle le CD&V remplacerait la N-VA est encore possible. Or, ni David Leisterh ni Elke Van den Brandt ne jugent cette piste encore crédible.
Ce blocage pourrait difficilement plus mal tomber, alors que les finances de la Région sont dans une situation très problématique. La commission finances du Parlement bruxellois doit d'ailleurs se pencher ce jeudi sur l'adoption d'un budget en douzième provisoire.