"Des erreurs d'appréciation ont été commises au CPAS d'Anderlecht, mais il n'y a pas eu la volonté de ne rien contrôler"
Le bourgmestre d'Anderlecht, Fabrice Cumps (PS), admet que des aides sociales ont été octroyées sans la vigilance nécessaire. Mais il justifie cela par un manque de moyens humains et budgétaires, pas par du clientélisme.


- Publié le 11-01-2025 à 14h07
- Mis à jour le 11-01-2025 à 14h08

Une enquête de l'émission Pano de la VRT a montré, en novembre, que le CPAS d'Anderlecht accordait des aides sociales sans réel contrôle. Comment est-ce possible ?
Pour les deux dossiers pointés dans l'émission (deux journalistes ont obtenu une aide sur la base d'un dossier monté de toutes pièces, NdlR), les personnes étaient techniquement des sans-abri et relevaient de la compétence du CPAS d'Anderlecht, même s'ils étaient domiciliés à Ranst et Alost. Cela paraît étonnant, mais la loi est ainsi faite. Ensuite, je réfute la thèse selon laquelle il n'y aurait pas eu de contrôle et que les agents auraient pris ses dossiers par-dessus la jambe. Ils ont eu des échanges avec les demandeurs. Est-ce qu'ils ont été trop naïfs ? Probablement. Mais il n'y a pas eu la volonté de ne rien contrôler. Qu'il y ait eu des erreurs d'appréciation, certainement. La preuve, c'est que les deux dossiers étaient faux. Mais dire qu'il n'y a aucun contrôle au CPAS et que les dossiers passent crème, ce n'est pas vrai.
Des éléments complémentaires, parus notamment dans La Libre, ainsi qu'un rapport du SPP Intégration sociale ont tout de même montré de graves problèmes de gestion, non ?
Évidemment. J'y viens. Le plus gros problème révélé par le SPP Intégration sociale, c'est le délai de gestion des dossiers. On est dans l'illégalité parce qu'on ne respecte pas le délai de 30 jours pour rendre un avis. C'est cela qui est inquiétant, et qui fait probablement que les assistants sociaux ne peuvent pas aller aussi loin qu'il le faudrait dans l'analyse des dossiers. Je parlais de naïveté, mais il y a une question de temps. Et là, on en revient à la difficulté de recruter des assistants sociaux et au problème de moyens budgétaires. Anderlecht est la troisième commune la plus pauvre de Belgique. On a dû faire passer la dotation de CPAS de 25 à 40 millions d'euros en quatre ans… Et on vient encore de dégager un million complémentaire. Ça explose.
La surcharge de travail justifie la légèreté avec laquelle certains dossiers sont traités ?
Justifier, non. Je n'excuse pas. Mais cela explique. Les assistants n'ont pas le temps de pousser l'analyse des dossiers très loin parce qu'ils sont submergés. Mais si on ne respecte pas le délai de trente jours, le SPP Intégration sociale nous a signifié qu'il ne nous rembourserait plus la part fédérale de l'aide accordée (soit 70 %, pour 30 % à charge de la commune).
C'est le CSSS (le conseil spécial du service social), composé de mandataires politiques, qui décide en dernier ressort de l'octroi des aides. Est-ce que ces conseillers de l'action sociale ne devraient pas être plus sévères, rejeter davantage de dossiers insuffisamment étayés ?
Oui. Mais ça renvoie à la mission des conseillers. Est-ce leur mission de lire des milliers de dossiers ? C'est un débat. L'émission Pano parlait de clientélisme. Mais les assistants sociaux critiquent justement le fait que leurs décisions sont trop souvent réformées par les mandataires.
Vous vous en sortez à bon compte en rejetant l'accusation de clientélisme par le fait que des décisions sont réformées. L'ancien président du CPAS, Mustapha Akouz (PS), assumait à la VRT une forme de clientélisme.
Ce qu'il a dit, c'est qu'il aidait les gens, et que si on appelait cela du clientélisme, il en était fier. Personne ne nie que cette formulation était malheureuse.
Des dossiers n'ont-ils pas reçu du CSSS un traitement de faveur ?
Le problème, c'est quoi ? Comme le CPAS traite les dossiers avec retard et qu'il y a une attente forte des gens concernés, ceux-ci interpellent les mandataires s'ils n'ont pas de réponse des services. Quand on rencontre des gens, on essaie de les aider, de les orienter. Mais leur dossier ne passera pas plus vite pour autant. Aucun mandataire ne va jamais demander qu'on octroie une aide sans respecter les règles d'attribution.