Une fusion des communes de force en Wallonie? Le sujet qui pourrait fâcher
Les fusions de communes sur une base volontaire ne soulèvent pas les foules en Wallonie

- Publié le 22-01-2025 à 06h41

Sous la législature précédente en Wallonie, les fusions de communes sur une base volontaire étaient encouragées par le gouvernement wallon. Un incitant de 500 € par habitant était même proposé pour encourager les communes wallonnes à fusionner. L'opération se soldera par un échec presque total. Presque, parce les communes luxembourgeoises de Bastogne et Bertogne ont fusionné. Depuis l'installation des conseils communaux issus du scrutin du 13 octobre 2024, ces deux communes ne font plus qu'une, sous le nom de Bastogne. Les deux bourgmestres issus du même parti (Les Engagés) avaient réussi à trouver un terrain d'entente, malgré certaines critiques locales.
L'étude du professeur d'Économie de l'UCL Jean Hindriks sortie en 2022 révélait que pour réaliser des économies la taille critique d'une commune devait se situer entre 15 000 et 30 000 habitants. Il évoquait "une économie totale de 136 millions d'euros au niveau des communes wallonnes en cas de fusion pour 195 d'entre elles", selon ses calculs. L'apport financier émanant du fonds des communes serait dans certains cas plus intéressant pour les communes fusionnées. La rationalisation des structures et la diminution du nombre de mandats permettraient d'autres économies.
L'Union des villes et communes de Wallonie encourage les fusions. Mais à condition que ce soit "sur une base volontaire", explique la présidente, Anne Barzin (MR) qui considère que des initiatives de supracommunalité sont aussi des "pistes intéressantes".
Les fusions sur une base volontaire ne fonctionnent cependant pas. Ce n'est en rien un ressenti, c'est un constat. "Peut-être que les incitants n'étaient pas suffisamment convaincants", explique encore Anne Barzin. Cette dernière jette par contre un œil bienveillant sur la déclaration de politique régionale (DPR) signée par le MR et Les Engagés qui siègent désormais dans la majorité wallonne et qui souhaitent encourager les fusions. Ladite DPR ne dit pourtant pas grand-chose puisqu'il est seulement écrit que le gouvernement "accompagnera et soutiendra les fusions volontaires de communes".
"Toujours pas digérée" ?
À se demander si une fusion des communes de force comme celle qui a été menée en Belgique dans les années septante ne serait pas nécessaire ? À l'époque, la Belgique n'était pas fédérale et la fusion s'est organisée sur l'ensemble du territoire belge. La Wallonie était passée de 1 326 communes à 262. Cette fusion menée par le ministre Joseph Michel n'avait pas toujours été bien vécue. Il a été reproché au ministre (PSC) de l'Intérieur d'avoir organisé la fusion des communes basées sur des accointances politiques. Il n'est pas rare d'ailleurs d'entendre encore aujourd'hui, certains élus locaux considérer qu'il n'est pas question de refaire une fusion des communes "parce que celle de 1976 n'a toujours pas été digérée".
D'ailleurs, un ancien ministre wallon des Pouvoirs locaux nous confiait lorsqu'il était en fonction que pour mener une telle opération, "il faut un ministre qui n'a rien à perdre électoralement et surtout il faut le faire en début de législature". Sous entendant par là qu'une telle manœuvre aurait inévitablement un impact négatif du point de vue électoral pour celui qui s'y collerait. Certaines communes craignent aussi de fusionner avec une voisine plus pauvre.
Un ancien président de l'Union des Villes qui était aussi bourgmestre de sa commune expliquait, en off, il y a quelques années, qu'il avait sondé les bourgmestres des communes voisines de la sienne. Il expliquait clairement qu'un "esprit de clocher" rendait difficile une telle approche. Et puis, répétons-le, les fusions induisent une réduction du nombre de mandataires politiques (bourgmestres, échevins et conseillers communaux) et c'est non négligeable pour certains. À l'heure, où le monde politique au niveau régional et fédéral estime qu'il est nécessaire de simplifier les structures publiques, ces réticences peuvent sembler d'un autre âge.