C'est l'heure de vérité pour la coalition Arizona: comment chaque parti appréhende le dernier round de négociation
Une réunion (a priori) au finish entre les 5 partis de la possible majorité fédérale commence ce mercredi. Accord ou crise en perspective ? L'incertitude règne. Vendredi, on devrait être fixé.

- Publié le 29-01-2025 à 06h36

Avec le recul, la formation du gouvernement flamand n'annonçait-elle pas la longueur et les difficultés des négociations fédérales pour la constitution d'une coalition Arizona ?
Plusieurs parallélismes apparaissent entre les deux niveaux de pouvoir. D'abord, les partenaires de coalition ont tout de suite été identifiés sur la base des résultats électoraux : N-VA, Vooruit et CD&V en Flandre, complétés du MR et des Engagés au fédéral. Le formateur N-VA du gouvernement – Matthias Diependaele en Flandre, Bart De Wever au fédéral – a ensuite présenté une note de négociation teintée du noir et du jaune de son parti et fait le forcing pour atterrir rapidement. Mais il a été contraint par ses partenaires de gauche et du centre de retravailler le document à de multiples reprises.
Lorsque l'on sait qu'il a fallu trois mois et demi pour aboutir en Flandre, les sept mois et demi de négociations fédérales ne surprennent qu'à moitié compte tenu de la sensibilité des dossiers (fiscalité, migration, institutionnel…) et de la présence de deux partis en plus.
"Tout est déjà connu et discuté depuis des mois. Il est temps de boucler", a toutefois jugé Bart de Wever, lundi. Ce dernier a donné rendez-vous aux présidents des partis de l'Arizona ce mercredi pour une négociation – a priori – au finish, d'ici à vendredi. Pour chaque parti, le chemin vers un accord sera plus ou moins difficile à appréhender.
1. Bart De Wever joue sa crédibilité
Hormis le court interlude du président des Engagés Maxime Prévot, Bart De Wever est le seul à avoir eu la main sur le processus de formation du gouvernement. Il deviendra Premier ministre en cas d'accord. Un échec des négociations serait, en revanche, un échec personnel et entacherait sa crédibilité. Sa méthode de travail fut un moment critiquée. Il a accepté de la revoir. À plusieurs reprises, il a dit remettre la "best and final offer" ("la meilleure et dernière offre") de sa note socio-économique, avant de quand même revoir sa copie.
Le président de la N-VA se démène pour trouver un accord. Mais pas n'importe lequel. Il lui faut un accord de centre droit qui permette, selon son point de vue, de remettre le pays en état de marche sur le plan financier, économique, migratoire, sécuritaire… Il est là le paradoxe : un flamingant pourrait devenir un facteur de stabilité d'une Belgique qu'il souhaite désosser. Si la N-VA a accepté de mettre la grande majorité de ses revendications institutionnelles au frigo, elle ne pourra pas reculer indéfiniment sur le socio-économique.
2. Vooruit paie le prix de son rapprochement avec la N-VA

Les socialistes flamands sont les plus mal à l'aise dans cette coalition qui penche au centre droit. Vooruit et son président Conner Rousseau ont fait des concessions importantes pour mettre de l'ordre dans les comptes publics et améliorer le taux d'emploi. On pense à la réduction des dépenses publiques, au durcissement des conditions de départ à la retraite anticipée, à l'activation du marché du travail, à la non-indexation des revenus d'intégration sociale et des allocations de chômage de longue durée…
Ce prix, c'est celui du rapprochement entre Conner Rousseau et Bart De Wever remontant à cinq ans pour assurer aux socialistes une participation au pouvoir à peu près partout (Flandre, fédéral et un maximum de communes). Mais ce prix, il est aujourd'hui jugé excessif par certains cadres et militants de Vooruit. C'est la raison pour laquelle M. Rousseau a exigé que les "épaules les plus larges" prennent leur part du fardeau. La taxe sur les comptes-titres devrait être augmentée et une taxe sur les plus-values, instaurée.
Sera-ce suffisant ? Pas sûr. Le bureau de parti de Vooruit a mandaté son président pour préserver l'indexation automatique des salaires, dont le calcul pourrait être réformé. M. Rousseau doit avoir en tête la manière dont la section locale de son parti à Gand avait retoqué un accord de majorité communale conclu avec la N-VA. Les militants socialistes ont enfilé leurs atours de frondeurs. Conner Rousseau est sous pression.
3. Maxime Prévot face à ses promesses électorales

Maxime Prévot est le chef incontesté des Engagés. Heureusement pour lui car certaines mesures qu'il s'apprête à faire avaler à l'aile gauche de son parti ne passeront pas facilement, notamment la non-indexation des allocations sociales les plus basses. De même, certaines mesures visant à durcir les règles d'asile en Belgique heurteront les héritiers de l'humanisme politique. Tandis que la norme de croissance du budget des soins de santé sera loin de la promesse de campagne (3,5 % par an) des Engagés.
Mais Maxime Prévot veut un accord et est prêt à assumer chaque mesure devant ses troupes. Il a fait campagne sur un discours de responsabilisation, sur la nécessité de s'attaquer frontalement à des défis tels que la résorption du déficit public, l'augmentation du taux d'emploi ou l'amélioration de la sécurité du pays. Quitte à accepter des mesures douloureuses pour les plus faibles.
4. Le CD&V et le mythe de la réforme fiscale

Encore raté. Le CD&V et son ministre des Finances, Vincent Van Peteghem, s'étaient démenés, sans succès, pour obtenir une "grande" réforme fiscale sous la précédente législature. Ils ont remis le couvert durant les négociations gouvernementales actuelles, sans plus de réussite. Il devrait bien y avoir une série de mesures visant à réduire les impôts des travailleurs, mais ce ne sera pas la remise à plat espérée du complexe système fiscal belge.
Sammy Mahdi, le président du CD&V, se dit de droite sur le plan socio-culturel et de gauche sur le socio-économique. Sa droite devrait trouver satisfaction en matière de migration ou de sécurité. Ce sera moins évident pour sa gauche, qui réclamait, elle aussi, une "juste" contribution des épaules les plus larges. Le CD&V, à l'image des Engagés, ne sera néanmoins pas l'élément de blocage des négociations, lui qui voit dans le renvoi du PS dans l'opposition une occasion unique de réformer le pays.
5. Le MR et le syndrome de l'orange bleue

Si ça ne tenait qu'à Georges-Louis Bouchez, le gouvernement serait déjà en place depuis six mois. Le président du MR ne veut pas faire revivre à son parti le syndrome de la coalition "orange bleu". Après les élections de 2007, une majorité de centre droit (cartel CD&V/N-VA, Open VLD, MR, CDH), renvoyant le PS dans l'opposition, aurait pu voir le jour, sans l'échec des négociations. Le MR n'était pas parvenu à concrétiser sa victoire électorale et le PS était resté au pouvoir.
Georges-Louis Bouchez juge qu'une politique de centre droit a été plébiscitée dans les urnes et doit prendre forme dans l'accord de gouvernement. Cela explique la réticence qu'il a à accepter les demandes de Vooruit. Quitte à aller jusqu'à la rupture ? Réponse dans deux jours.