A Bruxelles, les informateurs forcent la main du MR qui se retrouve confronté à plusieurs difficultés
Les informateurs tentent de forcer la main du MR et de l'Open VLD en proposant un gouvernement bruxellois à sept, sans la N-VA.

- Publié le 14-03-2025 à 20h45
- Mis à jour le 14-03-2025 à 21h20

Un coup de poker. Une manœuvre audacieuse. Un coup de com' précipité. Ce vendredi soir, les qualificatifs variaient fortement, d'un parti à l'autre, pour qualifier la proposition de sortie de crise mise sur la table ce vendredi par les informateurs bruxellois, Christophe De Beukelaer (Les Engagés) et Elke Van den Brandt (Groen).
Leur mission, en effet, s'est terminée ce vendredi, sans toutefois livrer son verdict.
Christophe De Beukelaer et Elke Van den Brandt, qui avaient repris la main il y a trois semaines après la démission du formateur David Leisterh (MR), avaient un grand objectif : mettre en place une coalition en vue d'entamer enfin les négociations pour former un gouvernement bruxellois, et rendre la main à David Leisterh, futur ministre Président.
Les négociations ne leur ont pas, à ce stade, permis d'y parvenir. Alors que certains les invitaient à prolonger leur mission, les informateurs ont préféré forcer la main des libéraux (MR et Open VLD), en demandant à tout le monde de se positionner.
Ce vendredi, en conférence de presse, Christophe De Beukelaer et Elke Van den Brandt ont fait part de leur conviction qu'une seule piste de solution est envisageable : une coalition à sept partis, avec le CD&V, mais sans la N-VA. Ils ont ainsi invité "les sept partis (MR, PS, Les Engagés, Groen, Open VLD, Vooruit, CD&V) pour une réunion plénière lundi soir afin de déterminer la suite du processus". La N-VA n'a pas été invitée. En d'autres termes, les informateurs proposent aux sept partis de se prononcer sur leur participation au gouvernement bruxellois, dès ce lundi, et d'entamer des négociations. Bémol de taille : certains partis, le MR et l'Open VLD, n'ont pas marqué leur accord. Ils sont placés devant le fait accompli.
"Malgré les réelles ouvertures acquises et exprimées autour de la table, nous sommes conscients que cette solution ne suscite pas encore la pleine adhésion de chacun", ont résumé De Beukelaer et Van den Brandt.
Le valet noir pour le MR et l'Open VLD ?
La manœuvre, sans surprise, a été fort peu appréciée par les libéraux.
Car, en pratique, ceux qui ne répondront pas à l'invitation se désigneront eux-mêmes comme les nouveaux responsables du blocage bruxellois. Et hériteront du fameux valet noir, qu'Ahmed Laaouej, président du PS bruxellois, gardait au chaud depuis son refus, en novembre, de négocier avec la N-VA.
Le MR se trouve confronté à plusieurs difficultés. Le parti, à l'instar de Maxime Prévot (Les Engagés), de Conner Rousseau (Vooruit) et de Sammy Madhi (CD&V) subi la pression de Bart De Wever (N-VA), Premier ministre et partenaire fédéral, qui entend ne pas se faire mettre de côté à Bruxelles. Les libéraux francophones voyaient en outre d'un bon œil le renfort de la N-VA, en vue d'appliquer une politique de droite dans la capitale. Par ailleurs, et c'est moins glorieux, ils n'ont guère envie d'offrir une victoire symbolique à Ahmed Laaouej, en se pliant à la piste d'un gouvernement sans la N-VA que défend le socialiste depuis des mois, tout en refusant de prendre la main.
Le MR, pour l'heure, ne semble pas encore avoir défini de stratégie. L'absence de réaction de David Leisterh et de Georges-Louis Bouchez indique une volonté de temporiser, et de ne pas renverser la table.
Les deux ténors libéraux se trouvent dans une position inconfortable. Le MR s'est positionné comme le parti responsable qui fait tout pour que la capitale soit gérée, et que cesse le naufrage budgétaire. Il peut donc difficilement décliner l'invitation, lundi, et donner l'impression de ne pas être du côté des solutions.
Le MR pourrait donc répondre à l'invitation, tout en refusant de s'engager plus en avant. En effet, tant que David Leisterh n'accepte pas de reprendre formellement la main comme formateur, le blocage restera entier.
De nombreuses discussions et réunions doivent avoir lieu ce week-end, entre le PS et le MR notamment. Les libéraux feront probablement monter les enchères, en tentant d'obtenir du PS des garanties que le futur accord de gouvernement penchera le plus à droite possible.
"Groen, CD&V et Les Engagés cèdent sans résistance. Ils brisent la majorité flamande. Ils se laissent dicter par le PS et mettent ainsi en péril les équilibres institutionnels à Bruxelles."
Un autre point de blocage, plus radical, risque de venir de l'Open VLD. Vendredi matin, Frédéric De Gucht a opposé sur LN24 un non catégorique à la perspective de gouverner sans la N-VA. "Notre position n'a pas changé depuis ce matin", indiquait-il à La Libre vendredi soir. "Nous n'avons pas encore entendu le MR et Vooruit dire qu'ils étaient prêts à se libérer de la N-VA."
La pression risque toutefois de devenir de plus en plus forte sur les libéraux flamands et leurs deux maigres sièges. Surtout si Benjamin Dalle (CD & V) et Ans Persoons (Vooruit) répondent ce lundi, comme le prévoient les informateurs, à l'invitation à négocier qui a été adressée.
La N-VA et "les diktats du PS"
Une chose est certaine : la N-VA pèsera de tout son poids pour faire pression sur ses partenaires flamands.
"Groen, CD & V et Les Engagés cèdent sans résistance. Ils brisent la majorité flamande. Ils se laissent dicter par le PS et mettent ainsi en péril les équilibres institutionnels à Bruxelles", a réagi vendredi soir la cheffe de la N-VA bruxelloise et ministre flamande Cieltje Van Achter.
"Le PS Bruxellois répondra favorablement à l'invitation adressée aux sept partis pour une réunion plénière ce lundi soir", a déjà fait savoir Ahmed Laaouej, qui a salué "l'ensemble du travail accompli par les informateurs".
Derrière l'écume formée par les tensions et les ressentiments divers, certains faits s'imposent, toutefois. Elke Van den Brandt (Groen) a fait voler en éclat l'axe flamand qu'elle formait avec la N-VA, Vooruit et l'Open VLD. La piste d'un gouvernement bruxellois, sans la N-VA, est désormais sur la table.