Georges-Louis Bouchez, plus puissant que jamais au sein du MR
Le président libéral n'a plus vraiment de contrepoids en interne. Il a gagné les élections, a imposé sa ligne doctrinale, a placé ses pions dans les gouvernements. Georges-Louis Bouchez a désormais les mains libres pour poursuivre le remodelage de son parti.

- Publié le 14-03-2025 à 06h39
Charles Michel quitte la vie politique belge, il se consacrera à l'avenir à d'autres projets professionnels. Il l'a confirmé sur LN24, lundi soir. Au MR, un chapitre se tourne, celui du règne du "clan Michel". Dans les années 90, Louis, le papa, a marqué l'histoire de la formation politique en recentrant sa ligne doctrinale grâce au concept de "libéralisme social". L'ancien président, vice-Premier ministre et Commissaire européen aura marqué son époque. Charles a poussé l'aventure un peu plus loin. Après avoir mis la main sur l'appareil de parti suite à l'éviction de Didier Reynders, il s'est emparé du poste de Premier ministre. Un passage par le "16" peut être une belle vitrine : sa carrière internationale a ensuite explosé et il est devenu président du Conseil européen (de 2019 à 2024). C'est à ce moment qu'une nouvelle ère s'est ouverte au MR.
En 2019, avec la bénédiction de Charles Michel, Georges-Louis Bouchez lui a succédé à la présidence du parti. Adoubé par les "barons", il s'était imposé lors des élections internes face à Denis Ducarme. Après quelques fautes de goût et maladresses dans la gestion des susceptibilités libérales, "GLB" avait progressivement stabilisé sa position. Mais une ombre planait encore sur le grand immeuble vitré de l'avenue de la Toison d'Or abritant le QG du parti : celle de la galaxie Michel. Dans quelle mesure Georges-Louis Bouchez lui devait-il sa présidence ? Quelle était son influence réelle sur ses décisions ? La nomination de Mathieu Michel comme secrétaire d'État dans l'équipe d'Alexander De Croo était-elle un retour d'ascenseur ?
La fin de son mandat européen approchant, l'idée d'une reprise en main du MR par Charles Michel a commencé à circuler. On a souvent sous-estimé la capacité du Wavrien à rebondir… Après tout, le polonais Donald Tusk avait bien récupéré les rênes du gouvernement polonais en 2023 après avoir été, lui aussi, président du Conseil européen. Lors de la formation de la majorité Arizona, le nom de Charles Michel a, à nouveau, été chuchoté dans les couloirs du parti. Quelques articles soulevaient cette question : l'ancien locataire du 16, rue de la Loi, n'avait-il pas un CV en béton armé pour reprendre les Affaires étrangères dans le futur gouvernement De Wever ? En réalité, Georges-Louis Bouchez n'a jamais envisagé sérieusement ce scénario. L'hypothèse "retour de Charles Michel" a vécu.
Le chemin de "GLB" se dégage
La roue de la politique ne s'arrête jamais de tourner… Pour "GLB", les astres se sont alignés au fur à mesure que ses opposants s'envolaient sous d'autres cieux. Jean-Luc Crucke, très remonté contre le patron du MR, est passé chez Les Engagés et est même devenu ministre fédéral sous leur bannière. Après un mandat de secrétaire d'État au Budget dans la Vivaldi, Alexia Bertrand est devenue cheffe du groupe Open VLD à la Chambre (dans l'opposition, donc). Willy Borsus, l'un des "barons" les plus hostiles à Georges-Louis Bouchez, a lui aussi fait son temps : il occupe désormais le perchoir du parlement wallon et reste discret. Et Denis Ducarme, l'ancien challenger dans la course à la présidence, semble avoir trouvé un modus vivendi avec Georges-Louis Bouchez, qu'il tend à préserver dans ses expressions publiques.
Quant à Sophie Wilmès, elle reste la star adulée par les militants libéraux. Mais, pour des raisons familiales, elle a choisi le parlement européen plutôt que le poste de vice-Premier ministre qui lui était destiné dans l'Arizona. L'exil volontaire de l'ancienne Première ministre libère mécaniquement de l'espace pour le président libéral.
En outre, le casting des gouvernements Azur (MR-Engagés) en Wallonie et à la Fédération Wallonie-Bruxelles et celui du gouvernement De Wever ont été élaborés par un Georges-Louis Bouchez en majesté. Il a disposé à sa guise les pièces de son jeu : le fidèle David Clarinval est resté vice-Premier, Adrien Dolimont est devenu le n° 1 wallon, Jacqueline Galant a fait un retour remarqué comme ministre des Médias, Hadja Lahbib est devenue Commissaire européenne, la jeune Éléonore Simonet ministre fédérale, etc. Et lorsque le nouvel exécutif de la Région bruxelloise verra le jour, David Leisterh, patron du MR de la capitale et meilleur ami de Georges-Louis Bouchez, devrait en devenir le ministre-Président.

Le succès électoral a fait taire les critiques
Bien sûr, il ne s'agit pas que d'une question de personnes. Ce contexte favorable a été rendu possible par le triomphe que Georges-Louis Bouchez a offert au MR aux élections générales du 9 juin. Un succès historique, prolongé par les bons résultats aux scrutins locaux du 13 octobre.. En misant avec véhémence sur les concepts de la "droite populaire", souvent contre l'avis des poids lourds libéraux, il a permis à sa formation de dominer l'espace politique francophone en l'électrisant. Les critiques internes à l'égard du style du président libéral se sont tues, probablement pour un certain temps. Il faudra une grosse défaite aux prochaines élections ou un énorme couac durant son deuxième mandat présidentiel pour remettre en cause son pouvoir.
Jamais l'emprise du jeune montois n'aura été aussi forte. Georges-Louis Bouchez peut continuer à faire bouger les lignes. Par exemple, sans passer par une large concertation avec les cadres du parti, il a approuvé l'arrivée au MR d'anciens membres du parti d'extrême droite Chez Nous. Ces derniers se sont engagés à respecter les valeurs libérales, reconnaissant s'être égarés dans une radicalité passée. Mais le blanc-seing présidentiel a suscité de l'indignation, plusieurs mandataires de haut rang pestant d'avoir été mis devant le fait accompli. Finalement, l'émotion est retombée. Cette séquence qui, il y a quelques mois encore, aurait fait trembler les murs du MR semble déjà digérée.
Des transformations à venir
Depuis la présidence qu'il a choisi de conserver après avoir hésité à devenir ministre de l'Intérieur, Georges-Louis Bouchez veut poursuivre l'opération de remodelage de sa formation. Dans les prochains mois, notamment, un changement de nom pourrait être proposé aux militants. On sait que le président souhaite réintroduire le concept de libéralisme dans la dénomination officielle du parti, "MR" (Mouvement réformateur) étant trop flou à son goût. Il se pourrait également que le MR prenne une initiative en Flandre afin de permettre aux idées libérales de survivre au nord du pays, l'Open VLD étant en grande difficulté… Le libéralisme en Belgique n'en a pas fini avec Georges-Louis Bouchez.