Sophie Rohonyi (Défi) : "Les conditions fixées par Écolo à Bruxelles ne sont ni raisonnables ni responsables"
La présidente de Défi égratigne le PS, Écolo et le MR.


- Publié le 19-04-2025 à 14h01

Les négociations pour former un gouvernement bruxellois patinent depuis dix mois. Le MR propose de vous embarquer dans un gouvernement minoritaire avec la N-VA. C'est un veto pour vous ?
Un veto, oui. Mais je ne mets pas tout le monde sur le même pied. Comme je l'ai dit, on trouve à la N-VA des libéraux-conservateurs et des personnes extrémistes comme M. Francken par exemple. C'est simplement cette nuance que l'on a osé apporter lors d'un bureau de parti il y a une dizaine de jours. Et cela, Fabian Maingain ne l'a pas accepté. Il n'a pas accepté qu'on ose penser autrement que lui sur cette question. Il aurait surtout dû retenir la conclusion de nos échanges en bureau : Défi n'ira pas au pouvoir avec le N-VA. Et la coalition Arizona au fédéral nous a encore plus confortés dans cette position.
Est-ce exact que les libéraux ont essayé de siphonner vos députés au parlement bruxellois ? Le MR semble vouloir utiliser cette technique pour trouver une majorité régionale.
Oui, il y a une campagne de débauchage, depuis le départ. Mais ce gouvernement, si le MR arrive par exemple à débaucher des députés du PTB – ce que je trouve d'ailleurs assez particulier de la part du MR – n'aura pas de légitimité démocratique. Il dépendra d'un appui extérieur de députés, ce qui est problématique.
Quelle est la proposition que vous avez mise sur la table lors de ces discussions avec le MR ?
J'ai proposé un gouvernement bruxellois sans le PS et sans la N-VA. Sans le PS pour aller vers une gestion plus rigoureuse des finances publiques bruxelloises, et sans la N-VA pour nous mettre à l'abri du chantage institutionnel de ce parti. On aurait donc quatre partis francophones (MR-Engagés-Écolo-Défi), quatre partis néerlandophones (Groen, Vooruit, Open VLD, CD & V), une majorité simple de 48 sièges sur 89, et une majorité dans chaque groupe linguistique. Il faudrait toutefois, ce qui peut être ennuyeux, créer deux postes de secrétaire d'État supplémentaires. Mais les partis pourraient alors se serrer la ceinture, réduire les effectifs dans les cabinets, pour que ça ne coûte pas un euro de plus aux contribuables bruxellois.
Écolo a dit qu'il refuse de gouverner avec la N-VA et sans le PS, tandis que l'Open VLD refuse d'y aller sans la N-VA. Votre proposition ne nous amène pas à une solution…
Je peux comprendre qu'on puisse avoir un problème avec un parti. Mais je m'interroge sur le veto très tardif du PS contre la N-VA. Pourquoi ne pas l'avoir signifié plus tôt ? Cela nous aurait fait perdre beaucoup moins de temps. Quant à Écolo, ils disent 'finalement on veut bien y aller, avec le MR', alors qu'ils ont toujours dit que cela leur posait un problème après la Vivaldi, et qu'ils se réfugient derrière le PS. Le fait de fixer autant de conditions n'est ni raisonnable ni responsable.
Alexia Bertrand a évoqué dans La Libre la perspective d'une tutelle de fait du fédéral qui s'imposerait à Bruxelles, via l'aspect financier. Avez-vous la même lecture alarmiste ?
Plus la situation de blocage perdure, plus cela sert la N-VA, qui pourrait exercer une tutelle financière sur la Région bruxelloise, laquelle ne serait plus une région autonome. On peut aussi se poser la question de la responsabilité des partenaires de la N-VA qui veulent, coûte que coûte, travailler avec elle. Une tutelle financière fédérale est possible et on doit tout faire pour l'éviter. Il faudra pour ce faire mettre en place des mesures qui feront mal. Plus tôt on les opère, moins elles seront douloureuses. Mais cette mise sous tutelle financière est en fait déjà prévue dans l'accord de gouvernement : quand on réduit drastiquement les places d'accueil pour les demandeurs d'asile, ce qui va augmenter l'insécurité à Bruxelles, quand on réduit la dotation de Beliris, quand on considère l'impact de l'exclusion des chômeurs, on met en fait Bruxelles encore plus en position de faiblesse par rapport à son autonomie financière.
Parlons du niveau fédéral. Plus de 100 000 personnes vont être exclues du chômage au 1er janvier, selon David Clarinval, vice-Premier ministre MR et ministre de l'Emploi au sein du gouvernement De Wever. C'est le résultat de la mise en œuvre de la limitation dans le temps des allocations de chômage. Quelle est votre réaction ?
Le timing est inquiétant : on ne laisse même pas le temps aux organismes qui vont suivre ces personnes de s'adapter. Défi assume être un parti libéral. Nous avons donc toujours dit qu'il est urgent de réformer le marché du travail et de mettre fin aux pièges à l'emploi, de responsabiliser les demandeurs d'emploi comme les autorités. Les abus sont inadmissibles. Mais ce qui ne va pas dans ce que propose l'Arizona, c'est qu'ils sortent un bazooka pour tuer une mouche. Cela va faire beaucoup de dégâts chez les personnes concernées mais aussi au niveau des communes et des CPAS, de l'État et des entreprises. Ce ne sont donc pas que les chômeurs de longue durée qui sont concernés par la mesure mais, potentiellement, nous tous. Défi propose une alternative : pourquoi attendre que le couperet tombe pendant deux ans sans se demander de quelle manière réinsérer la personne sur le marché de l'emploi ? On propose notamment de miser sur la formation : on veut une obligation de formation après six mois de chômage car c'est à partir de ce moment que les chances de trouver un travail sont nettement moindres. On veut aussi professionnaliser et renforcer l'accompagnement des demandeurs d'emploi que ce soit au Forem ou chez Actiris.