Le PS met en place une cellule de médiation pour "faire appliquer les décisions du parti" au sein d'un PS de Molenbeek aux allures de poudrière
La commission de vigilance du PS a décidé en mars d'annuler la nomination de Mohammed Kalandar en tant qu'échevin. Mais la décision n'a pas été suivie…

- Publié le 06-05-2025 à 21h06

La nouvelle est tombée ce lundi matin, au lendemain d'incidents racistes à Molenbeek, en marge de la finale de la coupe de Belgique de football.
La bourgmestre de Molenbeek, Catherine Moureaux (PS), absente depuis le début du mois de février pour maladie, a fait savoir qu'elle le resterait jusqu'à la fin du mois de juin. L'évolution de son état de santé, marqué par un épuisement important, nécessite un temps de repos plus long que prévu.
Cette absence s'inscrit dans un contexte politique bien particulier. La section locale du PS à Molenbeek, traversée par les rivalités, a des allures de poudrière. À plusieurs reprises, le conseil communal n'a même pas été en mesure d'obtenir le quorum de présence, en raison de l'absence de conseillers socialistes.
Ces tensions, nous dit-on, inquiètent jusqu'aux partenaires de majorité molenbeekois du PTB.
Une mise sous tutelle du PS molenbeekois ?
La Fédération bruxelloise du PS, consciente de la situation, a décidé de mettre en place une cellule de médiation. Elle se compose de la députée bruxelloise Karine Lalieux et du député fédéral Khalil Aouasti.
Ils ont pour mission de rencontrer les différents acteurs du PS bruxellois, afin d'apaiser les nombreuses tensions qui traversent la section molenbeekoise. Plusieurs membres ont déjà été entendus. Catherine Moureaux, nous dit-on, ne sera convoquée qu'après sa convalescence.
Les médiateurs pourront ensuite remettre leurs conclusions.
Au sein du PS bruxellois, certains évoquent la possibilité d'une mise sous tutelle de la section du PS molenbeekois par la fédération bruxelloise.
Mohammed Kalandar ignore la décision du PS
L'élément déclencheur de la mise en place de cette cellule réside dans la non-application d'une décision de la commission nationale de vigilance du PS. La commission avait en effet décidé en mars d'annuler la nomination de Mohammed Kalandar en tant qu'échevin des Sports, après une procédure de désignation interne entachée d'irrégularités.
Cette décision aurait dû, en théorie, s'appliquer immédiatement. Khalil Boufraquech, conseiller communal PS et ancien chef de groupe, aurait ainsi récupéré le poste d'échevin. Plusieurs semaines se sont écoulées, toutefois, et Mohammed Kalendar est toujours en place.
L'échevin des Sports, dont les inquiétantes prises de position passées ont ressurgi récemment, n'a pas souhaité suivre la décision du parti. La nouvelle loi communale, en effet, ne l'oblige pas à rendre son mandat, qui lui a été confié par un vote du conseil communal.
Au sein du PS molenbeekois, le malaise est palpable… "Il y a eu une décision de la commission de vigilance, et des facilitateurs ont été désignés pour faire appliquer la décision du parti", se borne à commenter Amet Gjanaj, bourgmestre FF de Molenbeek.
Il ne semble guère y avoir de pression excessive, au sein du Collège communal de Molenbeek, pour faire démissionner Mohamed Kalandar. Catherine Moureaux pourrait peut-être avoir le poids politique pour l'y contraindre… Mais la bourgmestre, on l'a dit, est absente pour cause de maladie.
En se séparant de Mohammed Kalandar, la fille de Philippe Moureaux perdrait en outre un soutien politique qui serait remplacé par un nouveau rival (Khalid Boufraquesh).
La manœuvre comporte en plus des risques. Mohamed Kalandar pourrait décider de quitter le PS et de siéger comme échevin indépendant. Le PS serait déforcé, tandis que le PTB disposerait d'autant de sièges que les socialistes au conseil communal…
Ce dossier, au fond, illustre une nouvelle fois l'intensité de la guerre intestine qui se déroule au sein du PS de Molenbeek, depuis la succession mal digérée de Philippe Moureaux, et son remplacement par sa fille.
Le pari avait pourtant semblé réussi, dans un premier temps. Catherine Moureaux avait remporté l'élection communale de 2018 de manière triomphale.
Mais la situation s'était rapidement dégradée, jusqu'aux élections communales de 2024 où les socialistes n'avaient gardé la première place que d'un fifrelin.
Les poids lourds tombent comme des mouches
La législature écoulée fut, il est vrai, d'une violence rare. Les poids lourds du PS molenbeekois sont tombés comme des mouches.
Le rival de Catherine Moureaux, Jamal Ikazban, a été démis de ses fonctions de chef de groupe PS.
Jamel Azaoum, écarté de l'échevinat des Sports, a claqué la porte du PS molenbeekois.
Yassine Akki, annoncé au collège communal, a vu sa désignation annulée après la découverte d'une condamnation pour viol.
Quant à l'ancien chef de groupe du PS molenbeekois Khalil Boufraquech, il s'est vu doublé comme échevin par Mohammed Kalandar.
"Catherine Moureaux a géré la commune d'une manière de plus en plus autoritaire, au fur et à mesure de la législature. Elle a fait le vide autour d'elle et a fini par être lâchée par la première ligne de ses lieutenants du PS molenbeekois", résume une source bien informée.
Ces départs successifs, loin de renforcer la bourgmestre, ont eu paradoxalement pour effet de l'isoler encore davantage.
La situation de Catherine Moureaux, qui entretient des relations difficiles avec Ahmed Laaouej, n'est guère meilleure au sein du PS bruxellois où elle est marginalisée.
Catherine Moureaux, de toute évidence, aura fort à faire pour reprendre la main sur la section socialiste et poursuivre la législature, un fois qu'elle aura recouvré la santé.