En pleine mutation, Bart De Wever et la N-VA doivent faire face à une menace
Lors des festivités du 21 juillet, Bart De Wever et Theo Francken ont refusé de déclarer publiquement "Vive la Belgique". Est-ce étonnant de la part de la N-VA, un parti qui se veut pragmatique sans perdre son âme ?

- Publié le 22-07-2025 à 20h04
- Mis à jour le 22-07-2025 à 21h46
La Belgique est un pays étonnant : l'actuel chef du gouvernement fédéral, chargé de défendre les Belges d'Ostende à Arlon, est aussi un séparatiste qui rêve d'une prospère indépendance pour la Flandre. Ce paradoxe suscite des situations cocasses. Interrogés par RTL-TVI lors de leur arrivée au Te Deum du 21 juillet, sommés de crier "Vive la Belgique", Bart De Wever et Theo Francken s'y sont refusés. "Il faut respecter mes convictions, je ne vais pas me ridiculiser", a expliqué le Premier ministre.
Bart De Wever n'éprouverait donc que du mépris pour l'idée de nation belge ? Il n'y a rien de neuf sous le soleil. Comme lors de leur première participation au gouvernement fédéral de 2014 à 2018, les représentants du plus grand parti flamand doivent gérer la contradiction entre l'idéologie qui les anime et leurs responsabilités ministérielles.
La N-VA, pour rappel, est une formation confédéraliste. À ce titre, d'élection en élection, elle propose dans son programme une évolution du fédéralisme vers une construction institutionnelle dans laquelle l'étage "Belgique" serait vidé de ses meubles sans être tout à fait démoli. Selon ces desseins, seules la Défense, certaines fonctions diplomatiques, voire la monarchie, échapperaient à cette ample vague de régionalisations.
Le mur de la réalité parlementaire
Mais, pour Bart De Wever, ce projet de longue haleine ne peut entrer en concurrence avec l'attachement des nationalistes flamands au légalisme. Pas vraiment le choix : pour réaliser ne serait-ce que le début de ses ambitions institutionnelles, la N-VA a besoin de deux tiers des voix au Parlement, ce qui est politiquement hors de portée.
Confrontés au mur de la réalité belge, les nationalistes ont accepté de réformer le pays autrement, en mettant en œuvre via le fédéral la politique de droite que la Flandre, selon eux, réclamerait. Comme durant la "suédoise" dirigée par Charles Michel (MR), la N-VA veut peser dans les dossiers de fond : chômage, pension, fiscalité, assainissement budgétaire, immigration plus stricte, hausse des dépenses militaires…
Le pari "Arizona"
La population flamande semble d'ailleurs prêter davantage d'importance à ces réformes qu'aux vagues promesses d'un "grand soir" noir et jaune. C'est tout le pari de la majorité "Arizona" : un chapitre communautaire riquiqui en échange de mesures socio-économiques historiques (la limitation dans le temps des allocations de chômage, en particulier). Le bilan de Bart De Wever sera scruté à la fin de la législature. Lui qui réclamait le "16" durant la campagne électorale de 2024, aura-t-il remis le pays sur les rails ?
Cette mutation de la N-VA, passée du romantisme indépendantiste au nationalisme réaliste, est spectaculaire. Ses élus évitent désormais les petites humiliations adressées aux francophones et veillent à se faire comprendre par le sud du pays. Bart De Wever veut donner un destin à la formation qu'il a dirigée pendant vingt ans, celui de remplacer l'ancien CVP comme force structurante à l'échelle belge. À l'époque, on parlait de "l'État CVP" pour évoquer l'emprise déterminante du parti chrétien-démocrate sur la vie du Royaume. Bientôt l'"État N-VA" ?
La compétition du Belang
Mais le Premier ministre et sa formation font face à une menace. La compétition obsédante avec le Vlaams Belang rythme la vie politique flamande et belge. Certes, la N-VA se montre gestionnaire mais, par conséquent, elle doit assumer les compromis, les concessions, qu'exige l'exercice du pouvoir. L'extrême droite flamande, maintenue dans l'opposition, pourra aisément jouer les redresseurs de torts. Le "VB" aura de belles cartes en main aux élections de 2029 et rêve de détrôner De Wever et ses troupes.
En attendant, il faut faire mal à la N-VA. À ses ministres, le Belang reproche justement la trahison du credo flamingant. Lundi, Barbara Pas, la cheffe de groupe du parti d'extrême droite à la Chambre, a épinglé Theo Francken sur les réseaux sociaux. Sur X (ex-Twitter), la députée ironisait en publiant une photo du ministre de la Défense aux côtés du Roi lors du défilé du 21 juillet. Dans son post, Barbara Pas rappelait que Theo Francken avait pourtant assuré qu'il ne participait jamais aux festivités de la fête nationale belge.
Voir le Vlaams Belang incarner à lui seul le combat pour l'indépendance de la Flandre est naturellement un danger pour la N-VA. Une frange de ses militants reste séparatiste et pourrait être attirée dans les filets de l'extrême droite. Pour Bart De Wever, Jan Jambon, Theo Francken, il subsiste donc des tabous communautaires, comme celui de déclarer publiquement "Vive la Belgique" au micro d'un journaliste…