La colère de Theo Francken, les pommes et les citrons
Le ministre de la Défense, Theo Francken, est revenu en commission sur un accord social qui n'en est pas vraiment un.

- Publié le 26-09-2025 à 06h42
- Mis à jour le 21-10-2025 à 14h05
Sur votre droite, un escalier, majestueux, recouvert de son tapis vert, au-delà des colonnades et des statues. À gauche, lui faisant face, son jumeau, recouvert de rouge. Vous êtes dans le "péristyle" du Palais de la Nation, le bâtiment qui accueille le Parlement fédéral et ses deux chambres législatives : la Chambre des représentants, caractérisée par sa couleur verte, et le Sénat, de rouge vêtu.
On prend à droite. Direction la salle des séances plénières de la Chambre, où se réunissent les 150 députés fédéraux tous les jeudis pour voter les lois, interroger les ministres, et mener les principaux débats politiques. Mais, en ce mercredi matin, l'hémicycle est occupé par la commission de la Défense. C'est au sein de ces commissions parlementaires que les députés, en petit comité, effectuent leurs travaux préparatoires et mènent les débats techniques.
Ce mercredi-là, le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), est censé réponde à près de… cent questions des députés. Impossible de vider l'ordre du jour, malgré les trois heures d'échanges. Il est question des incursions russes dans l'espace aérien de l'Otan. Du déploiement de militaires en rue. Du Scaf, ce peut-être futur avion de combat européen. Ainsi que d'accord social, de pommes, poires et citrons…
Un accord qui n'en est pas un
Le 25 juillet, Theo Francken annonçait la conclusion d'un accord social pour le personnel de la Défense. Celui-ci prévoit une revalorisation des militaires, en échange d'un allongement de leurs carrières.
Dans la majorité, le député Stéphane Lasseaux (Les Engagés) considère que "l'accord comprend de réelles avancées". "Tous, majorité comme opposition, nous devrions reconnaître que ce que le ministre a fait est un copier-coller du mémorandum des organisations syndicales", appuie Axel Weydts (Vooruit).
La majorité salue. L'opposition dénonce. Mais tous s'interrogent sur la valeur réelle de cet accord social.
Mais en politique, comme en astrophysique, tout est relatif. Dans l'opposition, Christophe Lacroix (PS) estime que "les militaires sont devenus une variable d'ajustement budgétaire". "La compensation de 300 millions d'euros prévue par l'accord social est faible en regard des 435 millions d'euros que la suppression des régimes de retraite préférentiels (prévue par la réforme des pensions, NdlR) rapportera à l'État."
"Vous sapez le moral de vos propres militaires. Ce ne sont pas mes propos mais ceux du syndicat SLFP-Défense", lance Robin Tonniau (PTB) au ministre.
La majorité salue. L'opposition dénonce. Classique. Mais tous s'interrogent sur la valeur réelle de cet accord social, alors que seul un syndicat sur quatre l'a signé, et que le ministre des Pensions, Jan Jambon (N-VA), rechigne à valider certaines mesures.
On dit ça en français ?
"Mi-octobre, on va se réunir une nouvelle fois avec toutes les organisations syndicales. On devra jouer carte sur table et dire qui accepte l'accord", clarifie le ministre de la Défense. Avant de s'emporter contre les "fausses informations".
"Je ne trouve pas intellectuellement honnête de comparer" les 300 millions prévus pour les seuls militaires avec les économies de la réforme des pensions qui touchent tous les fonctionnaires. "On doit comparer les citrons avec les citrons, les pommes avec les pommes. On dit ça en français ? En néerlandais, bien."
"Il y a beaucoup de fausses informations, martèle-t-il. Les militaires ne vont pas devoir travailler jusqu'à 67 ans. Beaucoup pourront prendre leur retraite à 59-60 ans, peut-être à 62 pour certains."
Un homme "super correct"
"Vous parlez de fake news, réplique le député Lacroix. Mais, moi, j'ai entendu le ministre des Pensions et j'ai lu l'accord de gouvernement. Tous deux évoquent un âge de 67 ans." Et de constater qu'en France et aux États-Unis, les militaires ont des droits à la pension après seulement vingt ans de service.
"M. Lacroix, je vous connais comme un homme super correct. Mais il faut comparer des pommes avec des pommes et des citrons avec des citrons", insiste le ministre, notant que le montant de la pension est bien plus élevé en Belgique.
"Pour être clair, après 20 ans, le militaire en France peut demander une retraite. Cela ouvre des droits. C'est ça que je voulais dire, se défend le député PS. Je suis d'accord : il faut comparer des pommes avec des pommes et des poires avec des poires, c'est comme ça qu'on dit en français, mais comparer des citrons avec des citrons, on avait bien compris." Au fond, ce que craint surtout le socialiste, c'est que les militaires soient pressés comme lesdits citrons.
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