L'Arizona peut-elle chuter sur le budget ? Ceci n'est pas (encore) une crise
Un simple contretemps ou une véritable menace pour la survie du gouvernement De Wever ? Les prochains jours seront décisifs mais les partenaires de la coalition fédérale ne semblent pas prêts à débrancher la prise.

- Publié le 24-10-2025 à 06h32
- Mis à jour le 24-10-2025 à 09h50

Des mois de formation gouvernementale, des accords difficiles sur le chômage, la taxation des plus-values… Tout cela va-t-il finir aux oubliettes ? Lorsque surgit un blocage politique au sein d'une majorité aussi scrutée que celle de Bart De Wever, il est tentant de parler de "crise". Certains, dans l'opposition, caressent l'idée d'une chute du gouvernement. Cela s'est déjà vu. En 2018, la N-VA avait déjoué les analyses et débranché la prise de la "suédoise", sous le prétexte du pacte de Marrakech sur la migration. Mais la fin de la législature approchait et la coalition dirigée par Charles Michel était à bout de souffle. L'Arizona n'en est pas (encore ?) là.
Néanmoins, la question s'est invitée dans le débat public : le gouvernement De Wever peut-il s'effondrer sous le poids de ses difficultés budgétaires ? Rien n'est jamais exclu mais – osons un pronostic – ce n'est pas le scénario le plus probable. La dynamique politique reste inchangée, calquée sur celle qui a rythmé les longs mois de formation. Le MR et Vooruit s'opposent dans une dialectique classique gauche-droite, les centristes (Engagés et CD & V) tentent d'incarner le compromis, tandis que Bart De Wever s'efforce de se poser en arbitre au-dessus de la mêlée… Rien qui ne rompe le cours connu des choses.
Des appels à la responsabilité
Autre élément à prendre en considération : les appels à la responsabilité des protagonistes se répètent. Jeudi matin, dans une interview sur Bel-RTL, Maxime Prévot, le vice-Premier ministre Engagés, n'a pas totalement écarté la possibilité d'une chute, mais il disait aussi croire en une issue. Il en a profité pour égratigner, à mots voilés, le président du MR, Georges-Louis Bouchez : "On ne peut pas aller sur des plateaux télé dire qu'il faut faire 20 milliards d'efforts, puis, autour de la table, décider de ne finalement pas accepter les mesures nécessaires pour y arriver."
Même tonalité de la part du locataire du "16". En marge du sommet européen, interrogé par plusieurs journalistes, le Premier ministre a lancé un avertissement clair à ses partenaires : "Le budget doit maintenant être mis en ordre. Ce sont des décisions difficiles, mais si vous ne savez pas prendre de décisions difficiles, vous n'êtes pas apte à gouverner un pays."
Un double dilemme
La suspension des négociations budgétaires relève davantage d'un passage à vide, certes profond, que d'une grave crise gouvernementale. Les partis sont sous pression et cela se ressent. La N-VA, le MR, Les Engagés, le CD & V et Vooruit ne pourront sortir totalement indemnes d'un futur accord. Rappelons qu'il s'agit de trouver 10 milliards d'euros supplémentaires sur la législature.
Faut-il sabrer davantage dans les dépenses fédérales ou augmenter les impôts ? Le dilemme est à la fois idéologique et électoral. Car l'austérité à laquelle est contrainte l'Arizona risque fort d'être impopulaire. Il est toujours plus aisé de distribuer que de reprendre…
Pour autant, nul, au sein de la majorité, ne croit réellement en une implosion du gouvernement. Même sur les sujets les plus sensibles, des accords partiels ont été engrangés. Notamment dans le dossier du retour au travail des malades de longue durée.
Personne n'a intérêt à "débrancher"
Par ailleurs, quel parti prendrait le risque de faire tomber l'exécutif ? L'une des lois non écrites de la politique belge indique que celui qui provoque la crise gagne rarement les élections ensuite. Le MR, par exemple, a tout intérêt à poursuivre l'aventure fédérale. Débarrassé de la gauche francophone, il peut mettre en œuvre des parts importantes de son programme. Les libéraux se sont également rapprochés de la N-VA, avec laquelle ils pourraient constituer un axe politique majeur à l'avenir.
Quant à Vooruit, seule formation de gauche au sein d'une majorité dont le cœur bat au centre-droit, monter à bord de l'Arizona était un choix moins naturel. Toutefois, le parti flamand a revêtu depuis plusieurs années les habits de la sociale-démocratie et peut justifier les économies auxquelles il consent car elles visent à préserver le modèle social belge. Au sein du gouvernement De Wever, le vice-Premier ministre Frank Vandenbroucke incarne bien cette ligne plutôt centriste et gestionnaire que Vooruit s'est donnée.